Courrier de l'Hiirnyc, n" du 24 août
MORANDK ET BEAUMARCHAIS. 239
sévères qu'on prête au marquis de Saint-Hurugue, elles sont invraisemblables, puisque le marquis n'a jamais eu 5oo guinées dans sa bourse. Morande dissimule son dépit sous une gravité d'emprunt et fait la leçon sans rire au pauvre Kornmann : ;< Il seroit ridicule de s'inscrire en faux contre une absurdité, mais il est à propos d'observer que c'est un malheur pour M. Kornmann, qui est sûrement étranger à tous les écrits clandestins publiés en sa faveur, depuis son premier mémoire, que des avocats anonymes adoptent des moyens a,ussi peu dignes de lui pour le défendre. »
Il y avait cependant une part de vérité dans les allégations ironiques de la lettre apocryphe de Morande à Beaumarchais. Le malheureux libellistc trouvait plus difticilement à gagner sa vie en Angleterre; et, après tout, puisqu'il était obligé de vivre à peu près honnêtement, mieux valait revenir sur la terre de France, où les événements pouvaient fournir à un homme de ressource comme lui bien des occasions de percer. Morande quitta brusquement le Courrier de V Europe^ le 14 mai 1791, et se rendit à Paris '. Quelques jours
I. C'est dans la Réplique à Drissot que Morande donne la date du jour où il se sépara de ses collaborateurs duCourricr de l'Europe. Rien dans les numé-
après, il fondait un nouveau journal : l'Argus patriote.
ros du mois de mai, et notamment dans ceux du loet du i3, n'indique le départ d'un rédacteur aussi important. Mais le passage de la Réplique à Brissot, p. 25, est très précis : « Je prie, dit-il, les personnes qui ont la collection du Courrier de l'Europe, depuis le 20 janvier i-/8^ jusqu'au 14 mai lygi, ce qui fait bien en effet sept ans et demi et donne, à deux volumes par an, quinze volumes '111-4.° faits par moi, de vouloir bien y jeter les yeux. Ces personnes verront que, quoique je ne donne pas comme Brissot une longue liste de pesants travaux, je pourrais donner à une immensité d'articles qui se trouvent dans le Courrier le titre de Mes Œuvres. »