‹ Theveneau de Morande; étude sur le 18e siècleChapitre 8 sur 55 · MORAXDE PEINTRE DE MŒURS · texte numérisé non relu

MORAXDE PEINTRE DE MŒURS

lui en ont demandé quittance et ont refusé l'argent qui leur a été offert pour garder le secret sur cette pâmoison. »

Morande n'affiche pas moins d'irrévérence pour les grands dignitaires ecclésiastiques. Il leur attribue des mœurs beaucoup plus grecques que romaines, bien que le nonce soit pris le premier à partie : « Le nonce de Sa Sainteté vient de recevoir du Sacré Collège un présent de douze pages qui seraient en état de faire le service du cardinal le plus difficile; le Souverain Pontife y a joint deux eunuques noirs pour veillera leur conduite et empêcher les seigneurs français d'envahir les privilèges de la cour de Rome. » A en creire le libelliste, — mais on ne le croira pas, — l'aimable cardinal de Bernis '. ambassadeur de France à Rome, celui que Voltaire surnommait Babet la bouquetière, « avait été naturalisé romain par les cardinaux Pallavicino et Acciaioli ». Morande s'égaye aussi sur le compte de l'abbé Grizel

I. « On ccrit de Rome qu'on a frappé une estampe allégorique et tout à fait plaisante. Elle représente le pape dans un berceau qu'agite doucement M. le cardinal de Bernis, et au bas il est écrit : // a beau faire, il me berce, mais il ne vi'cndormira pas. On a attaché cette pasquinade, suivant l'usage, à la statue de Marforio. Elle n'a pas besoin de commentaires. » Mcm. secrets, 1 2 nov. 1 769.

gS THEVENEAU DE MORANDE.

oc qui donnait autrefois des conseils à Saint- Billard pour de l'argent, et l'absolution à ses dévotes pour des confitures «. Il raconte la malencontreuse aventure dont Tévéque d'Arras avait été la victime : « M. Despinchal vient de donner une leçon à l'évéque d'Arras, dont nos prélats avaient besoin pour les avertir... qu'il est de leur devoir d'éviter le flagrant délit. M. de Gouzier aurait épargné 12^000 francs, s'il avait été moins voluptueux et qu'il se fût contenté d'une bergère. M. Despinchal, l'ayant trouvé au lit avec sa maîtresse, l'a forcé de lui rendre 5oo louis qu'elle lui avait coûtés depuis deux mois; après quoi, il lui a cédé tous ses droits de propriété, moyennant cet arrangement. )) Après avoir complaisamment mis en relief les scandales qui compromettaient l'Église et ses ministres, Morande constate qu'à ce relâchement des mœurs ne correspond pas un redoublement de tolérance à l'égard des incrédules. Il oppose le procès et l'exécution du malheureux chevalier de la BarrCj qu'il traite d'assassinat exécrable, il l'impunité qui, en des temps moins irréligieux^ était assurée aux attentats des frondeurs. « Ce qui eût été regardé avec indulgence il y a cinquante ans, peut attirer une mort affreuse cinquante ans après. Le cardinal de Retz prend séance au Parlement de

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