I. T. XII, p. f). On jeta à l'actrice une couronne de
laurier, entourée d'un rubanblancsurlequelon lissii : t Didon et Saint-Huberty sont immortelles. * En août 1785, elle donna plusieurs représentations à Marseille. Une féle digne de Cléopâtre couronna cette saison théâtrale. Saint-Hubcrty se promena dans la rade sur une gondole, armée de huit rameurs vêtus comme elle à la grecque. 200 barques, chargéeïde ses admirateurs, lui faisaient coriègel Arrivée à terre, elle se coucha sur un divan et reçut les hommages du peuple. Il y eut ensuite une représentation allégorique où Apollon la sacra dixième musc; enfin un souper de 60 couverts oCi l'actrice chanta en patois provençal. > Grimm trouve ces honneurs exagérés et dit que Paris ne fêta pas avec un pareil enthousiasme Lekain et M"* Claiton, t. IX, p. 407.
vices. « Jamais^ dit-il, l'Opéra l'exemple d'une pareille louve. »
désigne ses amants par leurs noi Abraham et le Breton ; il racont pour certain ami de M"* Duverg( avec le marquis de Loùvois/âvec Deformery, du Concert spirituel épître, adressée à lactrice par U tendus admirateurs avec ce titre .
que : « Épître du très soumis et très seigneur de la Complaisance à la tt très recherchée de Saint-Huberty, i nipotentiaire de TOpéra, distribu sions, les gratifications, formant 1 les divisions, de concert avec M"** partageant avec cette femme adroi des plus fortes entreprises. » C'é une satire assez fine du xviu*' siècle satire qui est bien dans le ton de$ a de Morande. « L'Hymen tourne ose à peine se montrer, écrit le pi en s'adressant aux actrices et aux lantes. Vous paraissez publiûuem
L'OPERA
leurs épouses. Vos petites maisons^ faites des débris dc^ grandes^ forment par leur nombre, dans les faubourgs de la capitale et sur les boulevards, une espèce d'enceinte de circonvallation qui^ la tenant bloquée, vous en assure à jamais Tempire... Oui, mesdemoiselles, vous êtes le véritable luxe nécessaire à un Etat; Tappât puissant qui lui attire un étranger, sa considération^ son goût et ses guinées. Vingt modestes citoyennes valent moins au trésor royal qu'une seule d*çntre vous : au$si étes-vous hors de tous les états, de tous les rangs, et les femmes, par excellence, de tous les hommes ^ >
En même temps que Saint-Huberty, d'autres cantatrices qui ont eu leurs moments de gloire figuraient dans la troupe de TOpéra. On peut jiomaijer d'abord Rosalie Levasseur, qui, en 1784, -se trouvait au déclin de sa carrière, prolongée pendant dix-huit ans. La Ferté songeait
I. Quoi qu'en dise Morande, Saint-Huberty n'était pas une vulgaire courtisane. Après 1789, elle épousa le comte d'Antraigues et parcourut la Russie, l'Autriche, l'Italie, Elle reçut du comte de Provence le cordon de Saint-Michel, conspira avec son mari contre Napoléon et mjt sur les dents la police de Fouché. Le ministre de l'empçrejLir finit par faire assassiner Saint- Huberty et le comte son mari par un de leurs domestiques vendu à la police. Ce tragique événement eut lieu en 181 2. Comediante, tragediante! .
seur est celle qui brille davantage auj En dehors du théâtre , Rosalie éta presque une puissance, par la passif qu^elle avait inspirée au comte de Me teau^ l'ambassadeur de l'Empire pi de France. L'actrice demeurait dans son contiguë à Thôtel du diplomate, pénétrer chez lui sans être aperçue^ t d'une porte de communication. Pe entrevues, l'ambassadeur était inac< s'occupait, disaient ses gens, d'affai:
de la plus haute gravité ^ La Chroni daleuse cite de l'ambassadeur un tendre : « Un beau soir d'été^ les plai laient au ciel, et surtout celle de Venu
I . Est-ce à Rosalie Lcvasseur que se rapp dote suivante, insérée dans la Chronique se t II s'est passé au bal de TOpéra une scène d celles dont la halle est souvent le théâtre, les suites ont été plus plaisantes. Deux c Rosalie et Sainte-Marie, se sont prises de { injures, les invectives ou les vérités dures^ à peu près synonyme entre ces demoisell prodiguées. Le lendemain, un jeune homme chez Sainte-Marie, qui était encore couchée
les autres par son éclat. — Mon Dieu ! dit la nymphe, que cette étoile est brillante I II n'y a point de diamant qui approche de cela. — Aht ma chère amie, dit l'ambassadeur, je vous le demande en grâce, ne vantez pas tant cette e'toile; je ne peux point vous la donner. »
Avec la Saint-Huberty et Rosalie Levasseur, M"° Duplant chantait les grands rôles. Tous les chroniqueurs du temps vantent la splendeur et la majesté de ses formes, bien que les sceptiques n*insistent que sur sa forte corpulence. Quoi qu'il en soit, après vingt-deux ans de services, elle plaisait encore au public. Les camarades de M'" Duplant la plaisantaient beaucoup à cause de sa liaison avec le boucher Colin, qui d'ailleurs se ruina pour elle. Un jour, le chien du boucher s'aventura jusque sur la scène de l'Opéra. 11 Tiens! dit Sophie Arnould, voilà un
Morphée. Alors il ferme les verrous, il ouvre kî rideaux avec fracas cl se fait reconnaître. C'était Rosalie elle-même qui venait demander raison à son adversaire. Elle tire deux pistolets et les présente à Sainte- Marie qui, à peine éveillée, saule de son lit en chemise et tombe aux pieds de Rosalie pour lui demander grâce. Celle-ci oflre l'arme blanche, également refusée. Rosalie, après avoir traité sa rivale de poltronne, lire une grosse poignée de verges qu'elle avait cachée soua
sa redingote fustige Sainte-Marie jusqu'au sang et
se retire, satisfaite de sa vengeance. > Chronique scan' daleuse, édi^ de 1791, 1. 1, p. 1731
sente-t-elle pas tout l'esprit léger, sceptique du xviii* siècle? Au mom raissait le Vol plus haut, c'est-à-dii la célèbre actrice avait la quarant débuts remontaient à Tan de grâo carrière se terminait presque au n Saint-Huberty débutait *. Mais qm suite de triomphes, depuis son rôle d
I. Cest en juillet 1775 que Sophie Arno faire un service régulier à TOpéra. Les d\ offrirent de la payer au cachet, à tant pa tation. Après avoir menacé de se retirer ment, Sophie accepta l'arrangement, au n Vembre de la même année. On lui accord£ par représentation, ce qui fut considéré con et provoqua la jalousie de Rosalie Leva!
Mii<: Châteauvieux. C'est à ces démêlés qu' buer la cause de la grande brouille de S< Rosalie, qui avait repris le rôle de sa can VAlceste de Gluck. Sophie joua encore dar opéras ; Euthyme et Lyris de Deformeri, et génie j mais sans grand succès. Dans Adi thieUf dès octobre 1775, on l'avait trouvée sans voix 1 (Mémoires secrets, 23 octobre), son jeu était toujours aussi noble. La reine fort dans Iphigénie (28 février 1777); mai sifflait toujours. En août 1778. elle fut h
d'Armide et dans l'Amour et Psyché (1762), jusqu'à celui de Castor et Pollux 1 Les pièces où elle brilla dans toute sa gloire sont notamment : Alphée et Aréthuse, Phiîémon et Baucts, Vertumne et Potnone, Dardanus et tant d'autres.
Au preirJer concert de l'Opéra dans la salle du Concert spirituel {avril 1 763), Sophie Arnould fait presque oublier que sa voix est faible par le charme incomparable de son jeu. < M"" Arnould joue plus qu'elle ne chante, disent les Mémoires secrets; sa voix anéantie n'a pas assez de force pour le lieu; mais elle répare cela par une âme prodigieuse, une expression de geste et d'yeux qu'elle ne peut contenir. ■ Tous les poètes lui tressent des couronnes. Dorât trace de son salon la plus séduisante peinture :
Chez toi, l'on biidine el l'on rit; La gûne y semble insupportable, El ('on y cache son esprit Alin d'en élre plus aimable.
Qu'ombrngent de légers festons, D'un vol errant el diaphane Volent les jeux et les baisers '.
Jamais reine n'eut plus d'adorateurs. Elle
t. Sophie récompensa Dorât de ses épîtres enflammées en disant de certains ouvrages du poile, asseï
traite d'égal à égal avec les princes. Un soir, au milieu d'une représentation d'Adèle de Ponthieu, le public trouva indécent qu'elle regarda: si familièrement le comte d'Artois, et la siffla. Une autre fois, elle offre au duc d'Orléans un feu d'artifice, en l'honneur de la naissance du duc de Valois. Le puissant duc de la Vrillière la menace du Fort-l'Evéque, si elle refuse de jouer, en prétextant des indispositions imaginaires. Elle ne faiblit pas et vient le soir dans la salle pour prendre, dit-elle, une leçon de M"° Beaumesnil qui doublait son râle « sans avoir l'àme nécessaire n. Le prince de Hénin est longtemps son fidèle ', et Voltaire, en 1778, va lui rendre hommage, lui le dieu et
insignifiants, mais ailmirablement illustrés : ( DornC se sauve par les planches, t
1. En août 1774, Gluck eut une altercation avec le prince de Hénin chez Sophie Arnould. Le prince, qui ne quittait pas Ec salon de l'aclrice, se plaisait à tenir des propos désagréables pour la musique et les musiciens. Il arriveun jour chez Sophie, alors que Gluck s'y trouvait. Le compositeur ne s'étanl pas levé: < L'usage en France, s'écrie le prince, est de ne pas rester assis quand on voit entrer un homme d'importance. — L'usage en Allemagne, répliqua Gluck, esl de ne se lever que pour les personnes qu'on estime. > Et Sophie ayant essayé de réparer cette impertinence, Gluck irrité lui déclara qu'il ne reviendrait plus chez elle, puisqu'elle n'y était pas la maiiresse et ne faisait pas respecter l'art.
l'idole du XVIII* siècle. Sophie Arnould n'était pas seulement une artiste merveilleuse, c'était aussi un cœur passionné, aimant, quoique traversé de caprices bizarres et de passions fougueuses. Elle aima successivement le comte de Lauraguais, Bellanger, le dessinateur des menus qui voulut l'épouser, et le comédien Florance qui supplanta Bellanger. Ce comte de Lauraguais est le même qui traita Theveneau de Morande d'une manière si cuisante et qui s'illustra par ses excentricités. N'est-ce pas lui qui, un beau jour, irrité de rencontrer constamment chez Sophie le prince de Hénin, appela gravement quatre docteurs de la Faculté et leur fit signer une consultation établissant par raison démonstrative qu'on pouvait périr d'ennui, et qu'une femme exposée à mourir d'ennui avait le droit incontestable de chasser de chez elle un homme qui la faisait bâiller à toute heure du jour? Puis, le comte adressa ladite consultation à son rival, par ministère d'huissier. Lauraguais avait, du reste, la passion bien tyrannique et l'actrice se révolta plusieurs fois. Voulant en finir avec le jaloux, elle profita d'une absence du comte, qui était allé à Genève montrer à Voltaire une tragédie de sa façon, et renvoya à M°" de Lauraguais tous les bijoux qu'elle tenait de la libéralité du gentilhomme.
lesse qm arrangea les cnoses ei maîtresse délaissée de son mai deux mille écus de rente. Elle se des deux enfants. Bertin, le rict des parties casuelles^ membre pa cadémie des belles-lettres , essa LauraguaisdanslecœurdeSoph gesses de Bertin ne servirent de et l'actrice oublièrent leurs, gr et restaurèrent leur ménage i Paris s'occupa de ces querelles ( Un autre adorateur de Sophii M. de Murville, son poète ordi a laissé tant de dithyrambes sui couplet qui se chantait en avi fin de la carrière artistique de la
En vain Tenvie aux triple
Voulut blesser Sophie :
Elle répand que ses talen
Semblent rose flétrie; Mais elle parut dans Cast
Si touchante et si belle Que chacun s'écria d'acco
f C'est toujours, toujou
au-dessous du buste de lobjet de son culte, comme on disait en ce temps-là :
Ce buste nous enchante. Ah! fuyez, mes amis, Fuyei! que de périls on court près du modèle! Je n'ai jamais vu d'homme eu sa présence admis Qui n'entrât inconstant et ne sortît Adèle.
Murville ' poussa le fanatisme pour Sophie jusqu'à épouser, en 1780, la fille de l'actrice qui n'était nullement jolie, et qui disait : « Ma mère a un an de moins chaque année : si elle continue, je deviendrai sa sœur aînée, n Sophie, à tout le moins, restait toujours jeune par l'esprit. Quand elle dut abandonner le théâtre, son salon lui resta, avec une pléiade d'hommes de génie ou de talent. Voltaire, Rousseau, Diderot, Sedaine, Beaumarchais, Dalembert.Duclos, Helvétius, toute la Reur du xviii' siècle, y brillèrent tour à tour. Et voilà ce que Morande, parlant d'un lieu illuminé par tant de rayons de gloire, appelle un sénat de tribades! Nous
I. En août 1785, les Mémoires secrets s qu'on va donner sous peu aux Français une comédie de M. André de Murville, le gendre de Sophie. Les trois personnages du drame étaient la belle-mère de l'auteur, Bellanger et Florance. On peut consulter sur la liaison de Sophie avec Bellanger la jolie élude des frères de Concourt : Sophie Arnauld, d'après sa correspondancE et ses mémoires inédits, Paris, 1 vol. in-iï,
aisances, empruniees pouria piupai anglais *, que sous bénéfice d'inv( pendant la liaison de Sophie avec M est trop bien constatée par les témoi temporains pour qu'on puisse la i doute.
Qu'était-ce donc que M"* Rauco la gloire de la Comédie-Française, acteur de province, elle avait joué, fant, de petits rôles sur le théâtre Plus tard, elle prit des leçons de B M"* Clairon. Grimm raconte av siasme ses débuts à la Comédie-Frar une pièce de Lefranc de Pompigna « Les jours que M"* Raucourt jouoi de la Comédie étoient assiégées dès du matin. On y étoufifoit ; les domesti envoyoit retenir des places couroien la vie... » Le roi donna 5o louis à la M"' Du Barry, les princesses de E de Guéménée, la duchesse de Villei voyèrent de magnifiques robes de t banquier Beaujon mettait son hôtel
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sition pour répéter ses rôles. Mais, hélas! tant de témoignages d'admiration avaient gâté Tactrice. Elle ne sut pas résister à Tentraînement de ses passions impétueuses et donna l'exemple de tous les scandales. En peu de temps, elle fit pour plus de cent mille écus de dettes, et, afin d'échapper à ses créanciers, s'enfuit sous un uniforme de dragon et gagna la frontière. Telle était la femme qui fut successivement l'intime amie et la violente ennemie de Sophie Arnould. Morande, dans la Ga:{ette noirCy appelle Raucourt « la grande louve ou la laye des bois ». Pourquoi? On le comprendra, sans que nous insistions, en lisant dans les Mémoires secrets * le récit de la grande querelle d'Arnould et de Raucourt, à propos des différentes manières de concevoir l'amour idéal *. Le marquis de