‹ Thiers, Guizot, RémusatChapitre 9 sur 12 · TII I E R S , GUI ZOT, R K M U S AT · texte numérisé non relu

TII I E R S , GUI ZOT, R K M U S AT

atteindre le roi. Il ne s'agissait plus, dans les derniers temps, que de savoir lequel de ces deux partis serait la dupe et l'instrument de l'autre. M. Guizot résolut de tout refuser. « Qu'importe, disait-il, l'étendue de la concession? La vraie question, la seule, est de savoir qui l'a arrachée, et à qui elle est faite. » Or la concession serait faite, selon lui, à un parti qui ne demandait pas sa part, qui voulait tout, qui ne se regardait pas comme un des éléments de la société, qui croyait être la société tout entière ; elle serait faite h son ancienne et éternelle ennemie, qu'il détestait et abhorrait depuis son enfance, à la démocratie de 1793. 11 s'agissait bien, dans un tel combat, de concessions faites à propos ! Louis XVI avait fait des concessions : elles lui avaient coûté assez cher, et à nous tous ! Ainsi pensait, ainsi parlait M. Guizot dans ce moment redoutable. Ceux mêmes qui avaient toujours voté pour lui hésitaient et tremblaient; plus d'un, parmi les plus dévoués et les plus fidèles, lui conseilla de tenter un rapprochement. On lui

disait qu'au premier mot de rapprochement, la moitié de l'armée ennemie se débanderait, ou plutôt se joindrait à lui ; — faut-il dire qu'on le lui prouvait? — Mais il ne voulut pas descendre, même la première marche, persuadé qu'un gouvernement qui descend ne s'arrête plus. A la Chambre, où il fut plus éloquent que jamais, il réunit encore une forte majorité. L'opposition, changeant aussitôt de tactique, organisa la campagne des banquets.

M. Guizot n'en fut que plus résolu. Il pensa de plus en plus que les réformateurs monarchiques étaient dupes de leurs alliés, et que, si on allait dans la rue^, on n'y trouverait que des répubhcains. D'accord avec M. Duchatel, il interdit le banquet qui se préparait à Paris et auquel les députés de la gauche devaient prendre part. Survint la tempête : « Une tempête dans les ténèbres! dit-il. Cela ne s'était vu que dans Milton. » Quand il vit, le lendemain, la République proclamée, avec le suffrage universel et les revendications socia-

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listes qui surgirent de toutes parts, il se dit qu'il avait eu raison contre les organisateurs de banquets prétendus pacifiques; que l'adjonction des capacités n'avait été qu'un prétexte ; qu'on avait combattu d'un côté pour la République et le suffrage universel, de l'autre pour le salut de la monarchie; qu'il avait fait son devoir en résistant ; qu'il avait trente-six mille hommes de bonnes troupes à Paris, et qu'avec cette armée, il serait venu à bout de ce qu'il appelait une émeute, si on ne lui avait arraché sa démission pendant le combat. Il fut profondément affligé pour son pays ; il ne regretta rien de sa propre conduite. 11 a beaucoup écrit depuis sur ces événements; il a, pour ainsi dire, écrit à l'heure môme; nous avons ses lettres, ses Mémoires. Il lui est arrivé deux ou trois fois, en parlant d'autres époques, de dire : « Je me suis trompé. » Il ne l'a jamais dit et jamais pensé pour ce moment-là.

Il traite sévèrement le parti qui, après l'avoir longtemps poussé, longtemps suivi, avait

refusé de l'appuyer au dernier moment. Il écrit de Londres à M. Lenormant : « Vous voyez se former un nouveau et grand parti conservateur. Dieu vous entende! Je m'en réjouirai plus que personne ; car j'ai plus que personne porté le poids et la peine des défauts de l'ancien. Trop étroit de base, trop petit de taille, trop froid ou trop faible de cœur. Voulant sincèrement l'ordre dans la liberté, et n'acceptant ni les principes de l'ordre ni les conséquences de la liberté. Plein de petites jalousies et de craintes. Étranger aux grands désirs et aux grandes espérances ; les repoussant même comme un trouble ou un péril pour son repos. J'en dirais trop si je disais tout. » Il préfère, pourtant, à tout prendre, ce parti misérable au parti contraire, et il en donne la raison. « C'est qu'il obéit à la tête, et que l'autre obéit à la queue. »

Le succès de l'ordre, après les journées de Juin, le remplit de joie : « Sachez qu'ici l'effet est très bon. La France avait besoin de prouver qu'elle vivait, c'est-à-dire que le mal

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