ORAISONS ET MÉDITATIONS
Priant sur la montagne et veillant dans la nuit, Jésus pleura souvent, mais jamais sur sa bouche Jamais le rire inepte et vain n*épanouit :
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Le silence y répond à Tinsulte farouche,
La vérité modeste à la déloyauté,
La douceur au forfait que nul remords ne touche.
Marie aussi pleura ce Fils persécuté.
Mais elle le suivit sans trembler au Calvaire
Où le traînait sanglant tout un peuple ameuté.
Et Magdeleine aussi pleura : la source amère De sa contrition lava ses jours pécheurs ; Elle pleura de joie à ta bonté de père,
Et de compassion, ô Christ, à tes douleurs ; Plus tard elle connut les larmes de l'extase Où les flots de l'amour ne débordent qu'en pleurs.
De l'Église de Dieu le sommet et la base,
Pierre, aussi lui, pleura : comme un breuvage amer,
Qui, l'emplissant toujours, use et ronge le vase.
Toujours renouvelé comme l'eau de la mer,
Sortait des profondeurs de sa vieille blessure
Le sang qui bouillonnait dans son cœur entr'ouvert.
Mais quoi ! ton premier pleur efl'aça ton parjure Dès l'instant où le coq eût chanté dans Sion, Et ce péché te tient toujours sous sa morsure !
Jour et nuit retentit son accusation
Et la fragilité d'autrui, comme la tienne,
Accroît jusqu'à la mort ta lamentation.
Saint Paul aussi pleura sur son erreur ancienne Et sur l'aveuglement de son cher Israël Et sur le faux éclat de la vertu païenne.
Et l'apôtre saint Jean pleura le jour cruel
Où, debout sous la croix, près de la Vierge Mère,
Il voyait expirer le Fils de l'Eternel.
Il pleura quand il vit de ce monde éphémère Des chrétiens abusés mendier les douceurs, Plaignant ses fils perdus, comme ferait un père ;
Il pleura dans sa joie au retour des pécheurs. Notre père Augustin par ses illustres larmes D'une ardente jeunesse expia les erreurs.
AUTEUR CERTAIN DE l'Imitation 79
A se les reprocher il a mis tous ses charmes, Son humble repentir en r»fralehii rareu ;
A Tennemi commun nous opposons ses armes.
pleurant avec David en ses hymnes de feu, Rien ne le touchait plus des choses de ce monde Depuis qu'au ciel volait et son cœur et son vœu.
Riche envers ceux pour qui la terre est inféconde. Il prodiguait à tous le miel consolateur D'un esprit que le ciel de sa lumière inonde.
Larmes, vous éteignez la décevante ardeur Des voluptés du corps et des querelles sombres, La superbe des yeux, l'orgueil de la grandeur ;
Vous cherchez le secret, la paix des saintes ombres
Où la prière obscure ouvre un calice d'or,
Vous fuyez le mensonge et ses pièges sans nombres.
Et le réveil impur des sens, où l'àme dort; Vous pesez l'heure sainte et la vie éternelle Et Téternel enfer, cette seconde mort,
Des rires et des jeux la gaîté criminelle ;
Vous bornez les rigueurs de l'expiation.
Vous donnez à notre àme une fraîcheur nouvelle.
Vous sauvez des périls de la tentation, Vous resserrez l'enclos de la douce cellule.
Par vous croît le paifum de la componction,
L'enfer déconcerté de toutes parts recule Et, répandue en nous, la grâce du Seigneur, Ainsi qu'un sang nouveau, dans les veines circule.
Heureux l'homme qui pleure et gémit dans son cœur. Heureux au dernier jour I Les larmes de la vie Sont le gage assuré du céleste bonheur.
O larmes de Jésus devant Marthe et Marie Et le tombeau fermé de Lazare endormi !
C'est ainsi que d'un Dieu l'âme s'est attendrie!
Larmes de son regret au trépas d'un ami, Larmes de tant d'amour, largement répandues, Ressuscitez mon cœur qu'a blessé l'ennemi.