MÉDITATIONS
Caritatem viventi eœhihuistis amico.
Flammïs eœurenda relinquis,
Sub grandi lapide firrnissime clausus.
Cecidit flos juventutis tuae in discrimine mortis
Vitam praestat et escam.
Inter fauces immohilis haeret,
Letifero pallàre velatur.
Cupienti dilecto loqui occurrit laetior ipse.
Or, Mgr Puyol affirme en toute assurance que les lois du rythme et de Tassonnance, finement observées dans V Imitation, sont grossièrement travesties dans les autres écrits. Il ne nous dit pas en quoi et garde pour lui sa technique qu'il eut été bien k, propos de mettre dehors en pareil cas. Aujourd'hui donc, s'il est un savant qui ait partagé ce secret avec Mgr Puyol ou qui lait hérité de lui, nous l'adjurons au nom de la science de ne le point retenir et celer plus longtemps.
En attendant, voici qui va prouver que si Cari Hirsche n'avait pas dans Mgr Puyol un perfecteur insoupçonné, il avait du moins dans Eusèbe Amort un précurseur évident. Voici ce qu'il dit à la fin du Scutum kempense (Bouclier d'A Kempis), édition de Cologne, 1759 :
« J'ai réduit les nombres du discours à certains mètres, dont je distingue les longues et les brèves, non selon la rigueur de la prosodie, mais au jugé de l'oreille, je distingue l'espèce de mètre d'après les syllabes initiales et finales des propositions, et je vois à quelle distance de la syllabe initiale ou finale le dactyle tombe ; je vois enfin quel genre de mètre prédomine et revient le plus fréquemment dans l'auteur; et tout considéré, j'ai trouvé dans tous
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les livres àe V Imitation un parfait accord avec les Opuscules de Thomas à Kempis. »
Qu'a trouvé de plus Cari Hirsche ? Encore croyons-nous qu'Amort n'a peut-être pas connu la Chronique d'Adrien de But. Mais voilà une autorité qui vaut bien celle de Mgr Puyol, "pour ne rien dire de plus.
Tout au rebours de Mgr Puyol et par un aveuglement contraire^ Tamisey de Larroque voit clairement les mètres des Opuscules et ne se doute pas de ceux de V Imitation. Pour l'un comme pour l'autre, il s'agissait d'éliminer Thomas à Kempis : Delenda Carthago : qu'importe que la ville soit détruite par l'eau ou par le feu? Pour Mgr Puyol, celui qui a fait les mètres grossiers des Opuscules n'a pu faire les mètres parfaits de V Imitation. Pour Tamisey de Larroque, celui qui a fait les mètres soignés des Opuscules n'a pu écrire la prose sévère et sans mètre de Vlmitation. D'une manière ou de l'autre, le but est atteint : Thomas est éliminé. Tous chemins vont à Rome.
Thomas est-il vraiment incapable et indigne ?
L'indignité et l'incapacité d'A Kempis, c'est pourtant le fort de la thèse qui anime la fin du gros volume et que la passion qui va toujours croissant porte jusqu'à l'éloquence quand il s'agit de montrer Yinéloquence (1) de Thomas. Sans égard à l'histoire
(1) Expression peut-être inélégante de Mgr Blampignon, Annales de Philosophie chrétienne, 1899.
de Windesheim, si curieusement et si consciencieusement étudiée durant des vies entières par les Cruise, les Becker, les Pohl, et d'autres encore; sans vouloir convenir de l'influence qu'exercèrent principalement sur Thomas des maîtres tels que Gérard Groot et Radewyn ; sans tenir compte de ce qu'il dut sans doute aux écrits souvent relus de Ruysbroek que le savant prélat cite souvent lui-même au bas des pages de sa traduction, comme s'il lui reconnaissait quelques relations avec les doctrines du livre ; sans se rappeler que tous les écrits de Thomas sont pleins de passages de l'Écriture, qu'il les unifie avec son propre style comme dans l'Imitation, qu'il n'a pu copier sa grande Bible impunément, qu'il a, comme ses maîtres immédiats, Jean Vos van Huesden et Jean à Kempis, fait de larges extraits de saint Bernard, si rempli des Pères de l'Église dont il est lui-même le dernier; sans comprendre qu'ildevaitavoir tout cela, en partie sous les yeux, en plus grande partie peut-être dans la mémoire, en traçant les mètres de l'Imitation, propres à en mieux introduire et graver dans l'esprit les hautes et profondes sentences; qu'il a trouvé nécessairement dans tout cet acquis le fond matériel du livre qui lui doit sa forme; sans admettre qu'il a pu faire de bonnes études à Deventer pendant sept ans et non cinq ans; qu'il a pu travailler encore au Mont-Sainte-Agnès depuis l'âge de vingt ans, jusqu'à l'extrême vieillesse ; sans vouloir lire seulement ticle que la Chronique de son monastère i consacre à son décès, et où il est dit lui-même par les peines intérieures, il i les consoler; sans tenir compte de la ecueillie par le dernier prieur du Mont
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Sainte-Agnès, Franciscus Tolensis (François de Toul), qui nous montre Thomas, lorsqu'on parie de choses profanes, « muet et sans langue », mutus et elinguis, mais dès qu'on le met à même de parler de' Dieu, «jaillissant comme une source et se répandant comme un fleuve en flots d'éloquence », récits bien antérieurs à la guerre de V Imitation, que nul ne pouvait prévoir ; sans égard, surtout aux témoins irrécusables que nous avons cités et à la foule des traducteurs -et des éditeurs du XV* siècle affirmant da^ns ieurs préfaces la qualité d'auteur de Thomas à Kempis; il ne veut voir dans le principal écrivain de l'école de Windesheim, écrivain déjà célèbre, et dont, honneur bien rare à cette époque, on faisait faire le portrait,'"qu'un bonhomme de plus dans cette communauté de rustres, sans distinction comme sans naissance, et qui n'étaient que six en tout pour faire leur gros ouvrage. Sans doute, il se retient de lui crier avec la comtesse des Plaideurs :
Bonhomme, allez garder vos foins I
C'est vrai qu'ils étaient six en commençant, à Windesheim, en 1386, quatorze ans avant l'arrivée de Thomas ; mais trois d'entre eux étaient des plus riches citoyens de Zwolle et de Kempen. Combien étaient-ils à Sainte- Agnès ? Ce qui est certain, c'est qu'ils allèrent toujours croissant, si Thomas à Kempis n'a pas prononcé ses sermons aux novices devant des escabeaux vides.
Le très érudit prélat trouve, d'ailleurs, ridicule de supposer que Thomas à Kempis ait jamais pu avoir le moindre rapport avec les grands ! cum magnatibtis ou, si l'on veut, cum magnatis ; comme s'il n'y avait pas au moins quelques hobereaux dans la Basse-