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COMMENT IL COMMANDE

Lorsque Thomas Bartlett, vêtu et guêtré de neuf, entra en secteur avec ses troupes nouvelles, il relevait des Français.

Son premier soin fut d’admirer Inorganisation défensive, le confort et la propreté des tranchées, des abris, des postes de commandement : ces Français, en vérité, travaillaient aussi bien de la pioche et de la bêche que de la baïonnette. Tout ce qu’il avait appris assez péniblement à l’école, il le trouvait réalisé là, et bien mieux qu’il ne l’eût imaginé. Sa première ligne passait à cinquante mètres des Boches et, le soir, du poste d’écoute, il les entendait marcher et parler. Ils l’entendaient aussi, naturellement, et chaque fois, il s’attendait à recevoir une volée de grenades. Mais les voisins étaient calmes : peut-être ménageaient-ils le nouveau venu. Cette pensée humiliait Thomas Bartlett.

Il défendait un petit village, au nom illustre, et maintenant perdu, où ne subsistaient plus qu’une cour de ferme, les éboulis d’un château et une chapelle en

ruines. Sur ces ruines, chaque matin, les Allemands, pour leur réglage, envoyaient quelques io5 et tous les jours la physionomie de la ruine changeait. On eût dit que les obus la sculptaient. Elle ne voulait pas mourir et toujours, sous une forme différente, elle vivait. C’était la nuit, au clair de lune ou à la lueur des fusées, qu’elle était la plus belle.

Thomas Bartlett aima cette chapelle. Il en détesta davantage la guerre.

Le château écroulé au milieu des pelouses lui rappela les verdures de l’Essex et le château de son père. 11 pensa qu’il n’y avait pas. autant de différence qu’il avait toujours cru entre la France et l’Angleterre et que s’il y avait eu dans l’Essex des tranchées et des io5, le spectacle eût été le même que celui de ce village picard. C’est pourquoi il était naturel qu’il eût pris la place des Français. La guerre faisait pareilles toutes choses et toutes gens.

Sa ligne principale de défense était formée par une route nationale, longeant le village et parallèle au front ; du côté des Boches, elle était camouflée à l’aide de quelques vieilles masures qui supportaient les filets ; de notre côté, s’étendait, toute droite, une longue ligne de remparts portant, à chaque extrémité, deux postes de mitrailleuses. C’était un promenoir charmant, que ce tronçon d’une grande route déguisée et fortifiée. Thomas Bartlett s’y promenait en fumant. Il suffisait de rentrer quand tapaient les io5. D’ailleurs, il n’avait jamais été

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