‹ Thomas Bartlett en FranceChapitre 6 sur 15 · COMMENT IL COMMANDE · texte numérisé non relu

COMMENT IL COMMANDE

un chien fidèle ou à un cheval généreux. Parfois, involontairement, ceux qu’il préférait et qui l’écoutaient, il les caressait de la main sur leurs joues roses ou leurs cheveux frisés.

Sa coquetterie était la pratique du « sniping ».

Le sniping, dont l’usage s’est généralisé sur tout le front des deux côtés de la tranchée, fut une des originalités de l’armée britannique. Le sniper chasse la bécassine : il n’est pas seulement adroit tireur, mais surtout observateur diligent. Il faut commencer par bien connaître le gibier, bécassine ou Boche. Thomas Bartlett exigeait de ses hommes une étude approfondie et minutieuse du terrain qu’ils avaient devant eux, no maris /and. Quand il les interrogeait, il préférait une bonne observation à un riche tableau. La balle du tireur d’élite n’est qu’un moyen de mettre de la discipline chez l’ennemi, de le dominer, de lui montrer que rien de ses mouvements n’échappe, et que ses créneaux à mitrailleuse, ses observatoires, ses centres d’activité, ses postes d’écoute, les emplacements de ses engins de tranchée, tout est connu, et que, s’il bouge, il est mort. Thomas Bartlett disposait ses hommes deux par deux, un qui regardait, l’autre qui épaulait. Ces petits succès, qui énervent l’ennemi, distraient la troupe et entretiennent le moral.

Thomas Bartlett était très respecté et passait pour bien savoir la guerre. 11 inspirait la confiance dont a besoin le soldat de toute race, dont ne peut se passer le

soldat anglais. Naturellement brave, jeune, bien entraîné par ses sports, le jarret vif et souple, le fantassin anglais s’est révélé également capable du meilleur et du pire. On l’a vu d’un courage qui touchait à l’inconscience et il est si naturellement indifférent à la mort que l’article le plus délicat de son apprentissage a été la prudence et le défilement. Mais les difficultés le surprennent et l’imprévu le déconcerte : il exige qu’on le commande et il vaut au combat ce que vaut son chef. Chacun de ces hommes a trop l’habitude de diriger lui-même ses affaires, pour ne pas s’en remettre, dans celle-ci qui n’est pas la sienne, à celui qui est présumé la connaître.

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