Pcllisson, Histoire de l'Académie
218 THOMAS CORXKILLE.
essayé de varier dans une certaine mesure ses effets, en mettant successivement en face de chacun des autres personnages son prince d'une journée.
Par quelques côtés, par l'amusante vanité avec laquelle il s'étale et s'épanouit dans sa grandeur si passagère, par la verve et la fantaisie de ses tirades amoureuses *, par certaine façon d'imaginer des métaphores imprévues et de les continuer longtemps, surtout enfin par son aplomb, Jodelet fait penser au Mascarille des Précieuses, qu'il précède de quatre ans. Comme Mascarille, a lui tout seul, il réussit à animer la pièce entière. C'est grâce à lui que le Geôlier de soi-même se trouve être un des meilleurs ouvrages de Thomas Corneille, et aussi une des meilleures comédies françaises qui aient paru avant Molière.
Si l'on n'y trouve pas de ces inventions étourdissantes qu'on rencontre parfois dans Scarron, on n'y sent pas en revanche le pénible effort d'un bouffon qui veut faire rire toujours et à tout prix. Il semble que ce soit plutôt l'amusement d'un esprit assez délicat, qui s'abandonne pour un jour à la grosse gaité et à la folie. Mais n'est-il pas bien étonnant qu'un homme, dont le bon sens a été la qualité maîtresse, ait si bien réussi et presque du premier coup, dans un genre où il fallait avant tout se condamner à n'être pas raisonnable? N'est-il pas singulier aussi qu'il se soit justement exercé dans ce genre, dont on a dit qu'il a été l'antidote du romanesque et du précieux, dans le temps même où il fréquentait le plus assidûment les salons de Mme de Fiesque et de Mme de Noailles et où il préparait déjà Timocrate et Bérénice?