G THOMAS CORNEILLE
« Rien n'est plus doux et plus fort qu'un jeune amour, ni plus faible qu'une passion qui ne peut plus augmenter. L'amour ressemble à la lune : il diminue lorsqu'il ne saurait plus croître. Allons observer les lunaisons ! »
Et qui dit cela? Est-ce Ilortcnse? Est-ce Henriette? C'est Marton. Les soubrettes et les valets commencent à avoir plus d'esprit que les maîtres.
Veut-on du Marivaux? « Ah! Marton, Marton! dit Lisandre, quand il commence à aimer, les choses ont bien changé! Je sens des mouvements qui ne me sont point connus. J'ai du respect, j'ai de l'estime pour la beauté qui m'enchante. J'ai honte d'avoir soupiré pour d'autres. J'en aimais cent à la fois, et je sens dans ce moment que mon cœur suffit à peine pour en aimer une '. »
Y a-t-il rien de plus délicat, de plus vrai, de plus heureusement exprimé? Et cette déclaration-ci n'estelle point pressante et pathétique et d'un mouvement bien moderne ?
lisaxdre [à Ilortcnse).
« Ah! madame, considérez les bassesses où vous forcez mon orgueil. Je le sens, tout est contre mon amour. Ma mère et ma sœur s'en doivent plaindre. Votre frère me doit haïr, et je dois me vouloir du mal à moi-même, puisqu'on trouve de la honte à se démentir, même en se corrigeant. Je vois tout cela s'élever contre
moi, je me le reproche et cependant je vous aime. JV'avez-vous point pitié de moi ?
iiortense Eh! bien, Lisandre, je vous plains : que puis-je
davantage?