‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 138 sur 206 · II, XI · texte numérisé non relu

II, XI

LISANDRE

Un mot de plus, un regard, un soupir de pitié me ferait mourir coûtent. Quoi! Je n'obtiendrai rien? Vous détournez les veux, vous cherchez à me fuir? Je voudrais vous imiter, mais je n'en ai pas la force. Tout m'est contraire : le repos me fuit, la raison me quitte, l'amour me demeure, votre cruauté me tue *. »

Croirait-on que cette tirade a été écrite par un auteur du xvii° siècle et, qui plus est, par un vieillard?

Et que de morceaux on pourrait encore citer, qui sont aussi bien composés, aussi brillants que celui-là ! Ecoutez, par exemple, Pasquin encourageant et conseillant son maître :

PASQUIN

« Hortense estfdle, elle est belle; sa mère la sacrifie : si vous savez bien vous y prendre, elle est à vous. Feignez seulement de vouloir vous tuer pour elle.

LISANDRE

Si la feinte ne peut réussir, je ne réponds pas de ne point passer aux effets.

PASQUIN

Si vous vous tuez pour Hortense, il est certain qu'elle vous aimera. Une fille nourrie en province ne doit pas être insensible à une pareille déclaration. Cependant un amant mort n'est pas longtemps préféré. Vivez, mais, si vous trouvez Hortense opposée à votre amour, abandonnez-vous au désespoir. Dites-lui qu'elle se plaît à vous voir souffrir, que c'est une cruelle, une

tigresse Jetez vos gants, enfoncez votre chapeau,

frappez du pied contre terre : que l'amour et la mort

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