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aient plus de part clans vos discours cpie la raison. Entrecoupez vos paroles de sanglots et laites le possédé comme un financier qui trouve sa maîtresse en
faute Si tous vos empressements sont sans effet, allez
jusqu'à l'évanouissement : c'est une pierre de touche merveilleuse pour éprouver l'amour. Souffrez jusques au seau d'eau en homme tout à fait mort, pour faire voir que rien ne peut noyer votre amour. Enfin, en évanoui bien sensé, soyez sourd à toutes les voix qui vous appelleront. Que celle d'IIortense vous fasse seule entr'ouvrir les yeux, et dites-lui du ton d'un homme de l'autre monde que sa voix vous a fait revenir des portes du trépas. Si vous remarquez que vous soyez ressuscité trop tôt, redevenez mort et, selon que vous le jugerez à propos, soyez dans la suite sage, emporté, doux, mort ou vivant. Il ne s'agit que d'être bon comédien. Par là les plus fines sont dupées et les plus belles en tiennent *. »
Malgré quelques négligences, quelques faiblesses, qui trahissent un peu la précipitation, le morceau est vif et spirituel : on remarquera qu'il est absolument inutile. Dans sa carrière de séducteur, Lisandre a eu certainement recours à tous les stratagèmes : qu'a-t-il besoin que Crispin lui fasse la leçon? L'auteur, la chose est claire, n'a eu d'autre but que de composer une tirade à effet, où le comédien pût faire valoir son talent : il a volontiers sacrifié la vraisemblance et la logique à l'envie de faire de l'esprit de mots. Voilà ce que n'eût jamais fait Molière, qui estimait, on le sait, qu'un trait d'esprit n'est bon que s'il est en même temps un trait de caractère. Un art nouveau com-
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LES COMKDIES FRANÇAISES. 259
menée, superficiel, ne visant qu'à l'éclat, inférieur à coup sur, mais qui a eu une brillante destinée et dont il ne parait pas que nous nous soyons encore lassés.
Il faut se garder sans doute de trop exagérer cette originalité des Dames vengées. Il ne faut pas oublier, comme le font judicieusement remarquer les frères Parfaict, « les changements qui étaient arrivés au théâtre depuis vingt ou vingt-cinq ans l ». Tandis qu'après Racine l'art tragique « demeurait dans les grandes voies, mais sans produire d'effets nouveaux2 », Dufresny, Dancourt et même Baron avaient essayé de faire autre chose que Molière, ne pouvant, n'osant pas entrer à sa suite dans le ridicule de la nature humaine et exploiter à leur tour cette riche matière qu'il n'avait pas épuisée. Dans leurs petites études, sortes de crayons légers des travers du jour, ils avaient tenté de dissimuler sous des artifices extérieurs la faiblesse de leur observation. Thomas Corneille les avait vus à l'œuvre : cette évolution du genre, qui était sans doute une décadence, mais qui valait mieux cent fois qu'une gauche imitation de modèles inimitables, il n'a fait que la suivre, il ne l'a pas préparée; mais on peut bien dire qu'il a surpassé ses modèles. Pour le fond et surtout pour la forme, les Dames vengées sont incomparablement supérieures à V Homme à bonnes fortunes, à la Dame à fa Mode, au Négligent : elles méritent, je pense, qu'on leur fasse une place dans l'histoire de la comédie française, et il n'est pas peu curieux de constater que le plus applaudi des prédécesseurs de Molière s'est trouvé être, lui disparu, un de ses moins indignes successeurs.
« Et Boileau? dira-t-on, il semble qu'il est quelque