‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 160 sur 206 · II, h · texte numérisé non relu

II, h

La devineresse s'appelle Mme Jobin (la Jobin ou la Voisin, c'est à s'y méprendre). Elle a, comme avait l'accusée, riche appartement, laquais et servantes : comme elle, elle a une femme de confiance, Mathurine, qui vaut bien la Vigoureux pour l'adresse et la discrétion ; comme elle, un associé, Duclos, qui partage les bénéfices. Et tous les gens qui se succèdent dans son cabinet, ne rappellent-ils pas d'assez près tous ces coupables ou ces imprudents qui sont enfermés à la Bastille?— Cette dame sur le retour, Mme de Clérimont, qui veut faire revenir son amant \ n'est-ce pas, avec l'odieux en moins et le ridicule en plus, quelque copie de Mme de Soissons? — Ce La Giraudière qui demande un philtre pour qu'aucune femme ne lui puisse résister2, n'est-ce pas une image affaiblie de M. de Luxembourg? — Cette Mme de Troufignac, à qui son vieux mari fait horreur et qui ne reculerait pas devant un crime : « Je hais mon mal bâti de mari, et si j'étais homme, j'en serais défaite 3 », ne fait-elle point penser à Mme de Soissons et à Mme de Bouillon? — Et cette pauvre duchesse de Foix, qui payait si cher son envie d'avoir la gorge bien faite, ne la retrouvons-nous pas sous les traits de cette innocente paysanne qui apporte une pièce d'or, « pour qu'on lui fasse avoir des tétons », et qui n'ose point dire d'abord pourquoi elle vient, et qui ne tient pas sa joie quand on lui promet le biscuit réparateur? « Quoi, j'en aurai? Que me v'ià aise! Je n'ai donc pas guère de temps à n'être point mariée ; car le fils du seigneur de not'village m'a dit qu'il m'épouserait dès (pie j'en aurais. Adieu, je vous remercie, je ne donnerai de mes biscuits à personne. Si mes compa-

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