Ibid., II
3. Voici le titre exact de cette publication : Notes de M. Corneille sur les Remarques de M. de Vaugelas, suivant le sentiment du Père Bouhours et de messieurs Chapelain et Ménage, avec les Remarques mêmes, 2 vol. in-12.
4. On peut voir dans le Mercure de février 1687 (p. 289,) un intéressant récit de tout l'incident.
d'abord compromis par l'ardeur juvénile de son neveu Fontcnelle.
Fontenelle était fils de Marthe Corneille, avec laquelle Thomas avait été élevé et à laquelle il était resté lié d'une affection très tendre. Dès 1674, il était venu passer quelques mois chez son oncle, qui était aussi son parrain. Thomas avait encouragé ses premiers essais, il avait inséré dans le Mercure quelques pièces de lui, qu'il avait fait suivre d'éloges bien exagérés '; il l'avait même, comme nous avons vu, associé à ses propres travaux, en le chargeant de faire quelques scènes de l'opéra de Bellérophon. En 1681, il parut vouloir le diriger vers le théâtre, il lui donna le sujet d'une petite comédie, la Comète 2, et revit la tragédie dAspar. Mais après la chute piteuse de cette dernière pièce, il fut sans doute le premier à conseiller à Fontenelle de suivre son instinct, qui le portait vers les sciences. Nous le croirions d'autant plus volontiers que c'était justement le temps où lui-même se détournait de la poésie pour s'appliquer aux travaux d'érudition. Si cette hypothèse était vraie, ce serait un grand honneur pour Thomas Corneille que d'avoir révélé sa véritable vocation au premier des encyclopédistes et d'avoir ainsi donné à la France, au lieu d'un médiocre poète, dont elle pouvait se passer, un savant ingénieux, capable de rendre la science aimable. Les premiers pas
1. Ces pièces : l'Amour noyé, le Ruisseau amant (IC>~~), Poésie surce que M. le Prince ne vit plus que de lait (1678), ne sont que l'œuvre d'un petit précieux de province. Th. Corneille les loua avec un tel parti pris de bienveillance qu'il n'hésita pas, par exemple, à féliciter l'auteur du Ruisseau amant « d'avoir comparé un petit chien ù l'Amour et d'avoir donné à un ruisseau de la sensibilité pour une prairie ».
'2. Il porta lui-même la pièce aux comédiens et s'intéressa avec
tant de chaleur à son succès, que Lagrange, s'y tr pant, écrivit
sur son Registre : la Comète, comédie nouvelle du fils de .M. Corneille.
de Fontenelle dans cette nouvelle voie furent marqués par un éclatant succès : les Entretiens sur la pluralité des mondes (1686) le rendirent presque célèbre à vingt-neuf ans. Ce fut alors que, pour mieux jouir de sa réputation naissante, il vint se fixer définitivement à Paris, où son oncle lui offrait depuis longtemps un logement dans sa maison 1(1687).
Dans ses Dialogues des Morts, qui avaient paru en 1683, Fontenelle avait déjà marqué sa préférence pour les Modernes, avant même que la querelle éclatât. Au lendemain de la fameuse séance de l'Académie, à peine encore débarqué de sa province, il se jeta délibérément dans la lutte. Dans les salons, où il prit tout de suite pied, il mena en faveur de Perrault une brillante campagne et il acheva de gagner les femmes et les gens du monde, qui sont toujours par nature partisans du temps présent. Au mois de janvier 1688, à la suite d'un Essai sur Véglogue, il publia une Digression sur les Anciens et les Modernes, où il déclarait, d'ailleurs fort sagement, « que le goût des Anciens est un fort bon goût, mais qu'il ne doit pas être défendu de les examiner par soi-même, que ce serait une étrange servitude d'être obligé de les reconnaître sur la foi d'autrui pour gens qui ont atteint la perfection en toutes choses, que chacun est libre de ses jugements et peut s'en expliquer à ses risques 2 ».
Le Mercure galant, qui s'était d'abord promis de demeurer neutre, se laissa entraîner par cette belle ardeur3, et le bon Thomas Corneille se trouva avoir pris
1. Disons tout de suite qu'il ne resta pas très longtemps chez Th. Corneille : il alla bientôt habiter chez son ami intime, François Le Haguais, avocat général à la cour des Aides. (Trublet, Mémoires.)