Mercure de février 1G88, p
3. D'ailleurs, tous les gazetiers du temps se déclarèrent pour les Modernes, et Bayle et Basnage et les journalistes de Trévoux.
parti dans la querelle, parce qu'on ne put pas supposer que son neveu s'y était engagé sans son assentiment. La grande bataille se livra en 1691, lorsque La Bruvère et Fontenelle se présentèrent l'un contre l'autre à l'Académie. Dans ses Caractères, qui avaient paru trois ans auparavant et fait tant de bruit, La Bruyère s'était déclaré très nettement en faveur des Anciens et avait fort malmené leurs adversaires. Perrault, dont les Parallèles avaient commencé de paraître en 1C88, avait été assez clairement désigné dans ce passage des Ouvrages de l'esprit : « Un auteur moderne prouve ordinairement que les Anciens nous sont inférieurs en deux manières, par raison et par exemple : il tire la raison de son goût particulier, et l'exemple de ses ouvrages. Il avoue que les Anciens, quelque inégaux et peu corrects qu'ils soient, ont de beaux traits; il les cite et ils sont si beaux qu'ils font lire sa critique. » Fontenelle avait été très méchamment ridiculisé sous le nom de Cydias : « Cydiàs est bel esprit, c'est sa profession II a un ami (De Visé probablement) qui n'a point d'autre fonction sur la terre que de le promettre longtemps à un certain monde, et de le présenter enfin dans les maisons comme homme rare et d'une exquise conversation; et là, ainsi que le musicien chante et que le joueur de luth touche de son luth devant les personnes à qui il a été promis, Cydias, après avoir toussé, relevé sa manchette, étendu la main et ouvert les doigts, débite gravement, ses pensées quintessenciées et ses raisonnements sophistiqués — Uni de goût et d'intérêt avec les contempteurs d'Homère, il attend paisiblement que les hommes détrompés lui préfèrent les poêles modernes; il se met en ce cas à la tête «le ces derniers, et il sait à qui il adjuge la seconde place (à Th. Corneille, sans doute. C'est,
en un mot, un composé du pédant et du précieux, fait pour être admiré de la bourgeoisie et de la province, en qui néanmoins on n'aperçoit rien de grand cpie l'opinion qu'il a de lui-même '. » Quant au Mercure galant, son compte avait été réglé en peu de mots : « Le H. G. est immédiatement au-dessous de rien — Il y a autant d'invention à s'enrichir par un sot livre qu'il y a de sottise à l'acheter; c'est ignorer le goût du peuple que de ne pas hasarder quelquefois de grandes fadaises 2. » Les Modernes, ainsi moqués en la personne de leurs chefs, n'attendaient qu'une occasion de prendre leur revanche ; Thomas Corneille avait à venger son journal, son neveu et même la mémoire de son frère (« Certains poètes sont sujets dans le Dramatique, etc. 3 ») ; il ne craignit point cette fois de se mettre en avant : il brigua lui-même les voix en faveur de Fontenelle, il réunit sur ce nom tous les partisans des Modernes, tous les ennemis de Boileau, qui étaient encore nombreux à l'Académie (Boyer, Leclerc , Charpentier, l'abbé Lavau, etc.), et il eut la joie de triompher Fontenelle fut élu à une grande majorité.
Quelques partisans de La Bruyère n'avaient pas pu prendre part au vote : Racine, en sa qualité d'historiographe de France, était retenu au camp devant Mons ; M. Rose, défenseur acharné des Anciens, avait également suivi le roi, comme secrétaire du cabinet. Boileau se chargea de leur annoncer la mauvaise nouvelle. Racine répondit qu'il était tout consolé, mais en des termes qui faisaient bien voir qu'il ne l'était qu'à moitié 4.