Mercure de mai 1691, p
2. « L'Académie, dit-il, pense avec plaisir que vous lui serez utile : je lui ni répondu de votre zèle, et j'espère que vos soins à dégager ma parole lui feront connaître qu'elle ne s'est point trompée dans son choix. »
3. « Ce que je vous suis me Fermant la bouche sur toutes les choses qui seraient trop à votre avantage, vous ne devez attendre de moi qu'un épanchement de cœur qui vous fasse voir la part que je prends au bonheur qui vous anime. »
Quelques jours après, on fit circuler dans les salons des couplets où l'on rendait compte de la séance de l'Académie et où Fontenelle et son oncle étaient particulièrement maltraités :
« Quand le novice académique Eut salué fort humblement, D'une normande rhétorique Il commença son compliment,
Où sottement De sa noblesse poétique Il fit un long dénombrement.
Corneille, diseur de nouvelles, Suppôt du Mercure galant, Loua son neveu Fontenelles, Et vanta le prix excellent
De son talent, Non satisfait des bagatelles Qu'il dit de lui douze fois l'an »
L'abbé Trublet, qui nous a conservé ces couplets, les attribue à Mlle Deshoulières , fille de la célèbre MmeDeshoulières, chez laquelle Thomas Corneille avait autrefois fréquenté1; mais, ajoute-t-il , Fontenelle ne lui avait jamais dit qu'ils fussent d'elle. Nous serions bien plutôt tenté de croire qu'ils avaient été faits en collaboration par des amis de Racine et de Boileau, sinon par Racine et Boileau eux-mêmes2. En tout cas,
1. S'il faut l'en croire, Mlle Deshoulières avait des raisons d'en vouloir à Fontenelle. Elle avait obtenu en 1687 le prix de poésie à l'Académie. Gomme Fontenelle avait eu cette même année le prix d'éloquence et un accessit seulement pour les vers, on avait fait courir le bruit qu'il s'était laissé vaincre par galanterie. Ce bruit était venu aux oreilles de « la Jeune Muse », qui s'en était montrée très offensée.
2. Mlle Deshoulières était en effet l'amie du Mercure calant, et ce journal, qui l'avait déjà fort vantée en 1687, n'aurait pas loué et même inséré ses vers, comme il fit plus tard (juin, oct. et déc. 1696), si elle avait été l'auteur de cette injuste et peu spirituelle satire. — Cf. aussi les éloges accordés à la mère et à la fille dans l'article : Paris du Dictionnaire géographique.
les Modernes n'y répondirent pas et l'on peut remarquer à ce propos qu'ils conservèrent, pendant toute la durée de la querelle, l'avantage de la politesse et de la courtoisie '; mais La Bruyère s'étant présenté une seconde fois à la fin de la même année, ils lui opposèrent un poète obscur, du nom de Pavillon, et Pavillon lut nommé 2.
Par l'effet de quelles puissantesprotections La Bruyère parvint -il deux ans après à forcer les portes de l'Académie, c'est ce qui n'a pas été encore éclairci. Ce que nous savons bien, c'est que ses adversaires ne désarmèrent pas et que lui-même n'oublia aucune de ses rancunes. Dans sa harangue, qui est d'ailleurs un fort beau morceau d'éloquence , il affecta de faire un choix entre ses nouveaux collègues et de ne louer que les partisans des Anciens, qui étaient ses propres partisans et qui étaient aussi, il faut bien le dire, ceux qui faisaient le plus d'honneur h la Compagnie, La Fontaine, Boileau, Segrais, Racine, Bossuet, Fénelon. C'est à peine s'il fit une allusion à Charpentier, qui devait lui répondre. Obligé de nommer le Grand Corneille et ne pouvant se dispenser de célébrer son génie, il le lit avec des restrictions qui purent sembler presque injurieuses : « Quelques-uns, dit-il, parlant de Racine, ne peuvent souffrir que Corneille lui soit préféré; quelques autres, qu'il lui soit égalé : ils en
1. On se souvient peut-être du madrigal de Perrault {l.ellre à M. Ménage sur les Anciens et les Modernes) :
L'agréable dispute où nous nous amusons Passera sans finir jusqu'aux races futures :
Nous dirons toujours des raisons,
Ils diront toujours des injures.
« Ce sont leurs manii res qui assurément ne sont pas modernes », disait le même Perrault de ses adversaires.