‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 44 sur 206 · La Bruyère n'eut même que sept voix · texte numérisé non relu

La Bruyère n'eut même que sept voix

appellent à l'autre siècle, ils attendent la fin de quelques vieillards qui, touchés indifféremment de tout ce qui rappelle leurs premières années , n'aiment peutêtre dans Œdipe que le souvenir de leur jeunesse ».

Thomas fut plus sensible à cette attaque que s'il avait été lui-même directement mis en cause : le Mercure, qui faisait pourtant profession d'être aimable pour tout le monde, même pour Racine et pour Boileau, se déchaîna avec une extrême violence contre le nouvel académicien. « L'ouvrage de M. de la Bruyère ne peut être appelé livre que parce qu'il a une couverture et qu'il est relié comme les autres livres — Il n'y a pas lieu de croire qu'un pareil recueil , qui choque les bonnes moeurs, ait fait obtenir à M. de la Bruyère la place qu'il a dans l'Académie. Il a peint les autres dans son amas d'invectives et, dans le discours qu'il a prononcé, il s'est peint lui-même et, après avoir tâché de prouver que les places de l'Académie ne se donnaient qu'au mérite, il a dit que la sienne ne lui avait coûté aucune sollicitation, quoiqu'il soit constant qu'il ne l'a obtenue que par les plus fortes intrigues qui aient

jamais été faites Je n'entre point dans le détail de

son discours, puisque toute l'assemblée a jugé qu'il était directement au-dessous de rien. 11 aurait tort de se plaindre de la manière dont j'en parle. Je me sers des propres termes dont il s'est servi, quand il lui a plu de se divertir à parler hors de propos du Mercure

calant Quand il calomnie toute la terre, il ne doit

pas vouloir empêcher une légère ébauche de ce qu'on lui répondra, s'il réplique ou s'il ajoute le moindre mot dans son livre à ce que sa vanité lui a fait dire de

gaîté de ca'ur contre moi Quand on insulte les

autres, il faut être préparé à tout et ne pas donner la comédie au public en se fâchant comme les enfants,

qui ont souvent peur quoiqu'on ne fasse que les regarder '. »

La Bruyère répondit à cette longue diatribe dans la préface qu'il mit en tête de son discours de réception,

quand il le livra au public : « Violant les lois de

l'Académie française, qui défendent aux académiciens d'écrire ou de faire écrire contre leurs confrères, on a lâché sur moi deux auteurs associés à une même gazette ; on les a animés, non pas à publier contre moi une satire fine et ingénieuse, ouvrage trop au-dessous des uns et des autres, « facile à manier, et dont les moindres « esprits se trouvent capables2 » , mais à me dire de ces injures grossières et personnelles, si difficiles à rencontrer, si pénibles à prononcer ou à écrire, surtout à des gens à qui je veux croire qu'il reste encore quelque pudeur et quelque soin de leur réputation. »

« En vérité , ajoutait-il , je ne doute point que le public ne soit enfin étourdi et fatigué d'entendre depuis quelques années de vieux corbeaux croasser autour de ceux qui, d'un vol libre et d'une plume légère, se sont élevés à quelque gloire par leurs écrits. Ces oiseaux lugubres semblent, par leurs cris continuels, leur vouloir imputer le décri universel où tombe nécessairement tout ce qu'ils exposent au grand jour de l'impression, comme si l'on était cause qu'ils manquent de force et d'haleine, ou qu'on dût être responsable de cette médiocrité répandue sur leurs ouvrages. »

Voilà qui était sans doute pour Th. Corneille.

Parlant un peu plus loin des critiques que certaines gens avaient faites de ses Caractères : « Qui sont ceux, ajoutait encore La Bruyère, qui osent répéter contre un ouvrage si sérieux et si utile ce continuel refrain :

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