Préface du Dictionnaire géographique
d'arts et de sciences, à savoir que la conception générale de l'ouvrage n'est ni régulière ni méthodique, que le seul hasard des lectures détermine l'importance des articles, que tous les renseignements, voire les contes les plus absurdes *, sont accueillis avec la même crédulité, que les extraits d'ouvrages, traitant d'un même sujet, sont juxtaposés à l'aventure et non point fondus, et qu'ayant eu la prétention de faire un livre sérieux, l'auteur n'a réussi à faire, suivant le mot de Bayle, qu'un curieux Index des voyageurs 2. Mais ce que l'on peut admirer sans réserve, c'est le courage de l'entreprise et l'effort prodigieux qui l'a pu mener à bout. Quand on parcourt ces trois énormes volumes in-folio, quand on songe que pour les remplir il a fallu lire et analyser plus de trois cents ouvrages différents : traités généraux, histoires des Etats et des villes, chronologies, biographies, recueils d'inscriptions, descriptions des terres, récits des explorateurs, relations ou lettres des missionnaires, rapports des ambassadeurs, dont un bon nombre étaient écrits en latin, en italien, en espagnol ou en anglais, qu'il a fallu aussi se renseigner auprès des sociétés savantes, interroger des particuliers, voyageurs français et étrangers, bibliothécaires de couvents, etc., entretenir dans toute l'Europe une longue et fatigante correspondance3, qu'un homme seul a suffi à cette tache et que cet homme avait déjà der-
1. On peut citer, entre autres naïvetés, l'histoire des sept cailloux de Naurouse, la description d'une statue de sel, qui est la feinine de Loth (article Achille), celle de l'homme-poisson (article Diamand),
2. « On peut en conclure que ce grand ouvrage n'est qu'une compilation de ce qu'il a ramassé ça et là de différentes relations, tant bonnes que mauvaises, et que c'est proprement un grand Index des voyageurs. Ce recueil n'étant appuyé que sur de semblables fondements, je doute fort qu'il surpasse de beaucoup, comme l'auteur l'assure, tous ceux qui ont été faits depuis quelque temps. » (Bayle, Nouvelles de la Rcp. des lettres, déc. 1708, p. 612.)