II. i
11 fallait, il fallait à plus de violence Contre cette rivale enhardir ma vengeance :
Ma douceur a nourri son criminel espoir
Je souffre tout pour elle.
Elle s'est fait aimer, elle m'a fait haïr.
Et c'est avoir plus fait cent fois que me trahir ' !
Ce mouvement n'est-il pas bien féminin ?
Dans l'entrevue qu'elle a avec le comte d'Essex, Elisabeth conserve encore sa majesté de souveraine ; elle ne peut supporter qu'un rebelle, qu'on a pris les armes à la main, vienne pour toute excuse entamer son propre panégyrique, et elle l'interrompt avec un grand air de hauteur :
— Eh hien ! comte, Il faut faire juger dans la rigueur des lois La récompense due à ces rares exploits. Si j'ai mal reconnu vos importants services, Vos juges n'auront pas les mêmes injustices. Et vous recevrez d'eux ce qu'auront mérité Tant de preuves de zèle et de fidélité 2.
Mais. à mesure que le danger grandit, sa rigueur
s'adoucit et la reine s'efface devant rainante :
Mon bonheur semble avoir enchaîné la victoire, J'ai triomphé partout, tout parle de ma gloire. Et d'un sujet ingrat ma pressante bonté Ne peut, même en priant, réduire la fierté!... Une reine, intrépide au milieu des alarmes, Tremblante pour l'amour, ose verser des larmes. () youSj Rois, que pour lui ma flamme a négligés, Jetez les yeux sur moi : vous ("tes bien vengés !
« Cours, dit-elle à sa confidente, cours vers sa prison » :