Cf. aassi le Pe(U Maître corrigé, de Marivaux
Diana de Montera ayor, VAétrée de d'Urfé avaient été imités de cent façons : sans parler des innombrables romans {les Bergeries de Juliette^ le Palais d*Angèlie, etc.), qu'ils avaient suscités», on peut dire que le théâtre avait été, depuis 1610, inondé de pastorales : Alcéeou rinfidélité (1610), Corine ou le Silence (1614), r Amour victorieux (1618) de Hardy, les Amantes ou la Grande Pastorale (1613) de Chrestien des- Croix, YAr^ tènîce (1618) de Racan, Chriséïdeet Arimand (1620), la Sihie (1621) et la Sihariire (1625) de Mairet, VAmaranthe (1624) d'Ogier de Gombaud, YAminte (1631) du poète languedocien Rességuier, la Clorise (1631) de Baro, le secrétaire de d'Urfé, celui-lk même qui avait rédigé la cinquième partie de YAiStrée. A la fin une réaction avait eu lieu ; pendant vingt ans oh n'avait plus porté de bergerie sur la scène, et on pouvait croire que ce genre était tout à fait passé de mode, quand, en 1650, i^^vixiY Amarillis de Du Ryer, dont le succès fut prodigieux.
. Ce retour de faveur de la pastorale donna à Thomas Corneille T.idée de reprendre une excellente satire qui en avait été faite dans le temps de sa plus grande faveur, et.il mit en comédie un roman burlesque de Sorel, le Berger extravagant *, dont il conserva même le titre.
Le héros de la pièce est un certain Lisis, fils d'un bourgeois de Paris, que ses sottes lectures ont rendu à moitié fou * et qui, ne rêvant plus que houlettes et que
1. Le Berger extravagant de Sorel, oh parmi des fantaisies amoureuses on voit les impertinences des romans et de la poésie* Paris, chex T. du Bray, 1628, 3 vol.
2. Un de ses. cousins nous apprcnji au premier acte (se. m) com-^ ment cette folie lui est yenue :
Il ne lut que romans, en crut les impostures, Admira des berg:ers tontes les aventures, Et son faible cerveau fut bientôt démonté Par ces contes en fair d'amour et de beauté.
moutons, s'est décidé à quitter sa famille et à aller vivre dans une forêt de la Brie à la mode des bergers roma-* nesques. Il se trouve que le château voisin est habité par une compagnie joyeuse, qui, rencontrant notre extravagant, s'amuse à lui jouer mille tours. Tantôt c'est une jeune femme, Charité, qui se fait un jeu d'en* flammer le cœur du pauvre diable et qui, écoutant derrière un buisson ses plaintes amoureuses, se divertit à faire l'écho. Tantôt c'est un jeune cavalier du nom d'IIircan, qui se fait passer pour un druide et qui lui fait croire qu'il va le métamorphoser en femme.; Lisis y consent de grand cœur : il pourra, sous sa nouvelle forme, approcher de plus près Charité :
Ainsi jadis Astrée embrassant Alexis Méconnut Céladon caché sous ses habits ^
Dès que les paroles magiques ont été prononcées, Lisis est persuadé qu'il a changé de sexe et il prend l'air timide d'une jeune fille ; mais aussitôt parait une bande de satires, qui sont, on le devine, des jeunes gens du château : ils le poursuivent de leurs brutales galanteries, Lisis pousse des cris et défend comme il
En moins d*un an ou deiiz, il s'en coiffa de sorte
Que dès lors il youlat prendre l'habit qu'il porte....
Enfin de ces romans la mode ayant cessé,
Son esprit fort longtemps nous parut moins blessé
Et son ardeur sans doute eût été refroidie,
S*il n*eût point l'autre hiver hanté la comédie :
Son obstination & Yoir VAmarillU
Lui remit dans la tète et houlette et brebis;
Il me traina moi-même à ce vilain spectacle ;
Presque de vers en Tertf'il y criait miracle,
P*aîse à peine il pouvait se tenir dans sa peau,
Tout lui semblait chàrmftnt, tout lui semblait nouveau.
Jamais attention n'y fut plus assidue ;
Cent fois on l'a jouée et cent fois il Ta vue....
Si bien qu*tm beau matin ayant troussé bagage,
Il est ici venu jouer son personnage.