Mercure de mars 1683, p
vieille robe de médecin. Dans la comédie en vers, nos deux hommes ainsi équipés font la rencontre d'une jeune fille qui cherche dans le bois des simples pour sa tante malade : la jeune fille, qui s'appelle Léonor, leur confesse que cette tante est très dure pour elle, qu'elle la menace et la maltraite tous les jours pour la faire entrer au couvent.
c( Et pourquoi? » lui demande Don Juan :
LÉONOR
A cause de ma sœur qu*on aime plus que moi : On la mariera mieux quand on n'aura plus qu'elle.
DON JUAN
Vous êtes pour cela trop aimable et trop belle. Non, je ne puis souffrir cet excès de rigueur, Et, dès demain, pour faire, enrager votre sœur, Je veux vous épouser. En serez-vous contente?
LÉONOR
Hél mon Dieu, n'allez pas en rien dire à ma tante : Sitôt que du couvent elle voit que je ris.
Deux soufflets me sont sûrs, et ce serait bien pis Si vous alliez pour moi parler de mariage.
DON JUAN
Hé bieni marions-nous en secret : je m'engage, Puisqu'elle vous maltraite, à vous mettre en état De ne rien craindre d'elle....
SGANARELLE
Et par un bon contrat :
Ce n'est point à demi que monsieur lait les choses !
DON JUAN
J'avais pour fuir rhymen d'assez pressantes causes ; Mais, pour vous faire entrer.au ôouvent malgré vous, Savoir qu'à la menace on ajoute les coups I C'est un acte inhumain dont je me rends coupable Si je ne vous épouse!
SGANARELLE
Il est fort charitable !
Voyez ! Se marier pour vous ôter Tennui D*être religieuse! Attendez tout de lui.
LÉONOR
Si j'osais in*assurer....
SGANARELLE
C'est une bagatelle Que ce qu'il vous promet. Sa bonté naturelle Va si loin, qu'il promet, pour faire trêve aux coups, D'épouser, s'il le faut, votre tante avec vous ^ I
La tante arrive sur ces entrefaites : elle reproche violemment a sa nièce d'oser ainsi parler avec des hommes et veut la ramener chez elle : mais Sganarelle s'interpose et offre à la vieille de la guérir de Tasthme qui la fait souffrir. « Hélas ! » répond-elle, en regardant non sans respect la robe de médecin que porte Sganarelle,
... Là-dessus j'ai vu les plus habiles.
Leurs remèdes me sont remèdes inutiles.
SGANARELLE
Je le crois. La plupart des plus grands médecins Ne sont bons qu'à venir visiter les bassins ; Mais pour moi, qui vais droit au souverain dictame, Je guéris tous les maux, et je voudrais, madame, Que votre asthme vous tînt du haut jusques en bas : Trois jours mon cataplasme, il n'y paraîtrait pas I