THOMAS ET M. DE MOXTYON
Antoine-Jean-Baptiste-Robert Auget de Montyon est né à Paris le 26 décembre 1/33, mais il était briard de goût, car il passa les meilleures années de son enfance dans le petit village de Montyon, sur la route de Meaux à Senlis. Le château, avec la seigneurie et les prééminences et dignités y attachées, avait été acheté en 1709 par son grand-père, Jean Auget, et
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c'est seulement son pcre, Jean-Baptiste-Robert, chevalier, conseiller du roi, maître ordinaire en sa chambre dos comptes, qui joignit à son nom patronymique les lilres de « seigneur et baron de Montyon, Chambry et Marchémoret )) (i).
C'est là. dans la liberté des champs, sans morgue et loin de l'étiquette paiisiennc, que Curent élevés, entourés de fermiers, de régisseurs et de irardes-chasses, M. de Montyon, son jeune frère Jacques-Ghristophe- Louis de Chambry. et leur sœur aînée, Marie-TiOuise, devenue plus tard Mme Bouvard de Fourqueux.
Jamais, au milieu des charges publiques dont il sera investi, Auget de Montyon ne seia aussi heureux que lorsqu'il pourra vivre en repos dans son cher village de Brie. Il y revient chaque fois avec la plus intime satisfaction et gère ses intérêts et ceux de ses clients — officiers, fermiers, précepteurs et domestiques — avec le souci du détail et l'exactitude qui étaient les qualités dominantes de son esprit.
Son père meurt le 9 février 17-ii; il est élevé avec un soin pieux par sa mère, et apprend les premiers éléments avec un précepteur, l'abbé de Ségonne. Après avoir terminé ses études, il acquiert en 17.54 une charge d'avocat du roi au Châtelet de Paris, et, vers 1760, devient maître des requêtes au Conseil d État du roi. Il se révèle, en même temps que magistrat travailleur, probe et passionné pour la justice et l'équité, un homme du monde fort répandu parmi les beaux esprits et les Encyclopédistes. Il fréquente chez Montesquieu, le duc de Choiseul, Maupeou, la marquise du Deffand, Mlle de Lespinasse, Mme Necker. Dans le salon de celte dernière, il n'a pas tardé à faire con-
(1) Tous ces villages sont de l'dirou lisscuoiil de Me;iiix.
naissance avec Marmontel et Thomas, de même qu'il avait rencontré Dalembert chez JuHe de Lespinasse.
Mais ses succès mondains ne lui font pas oublier sa chère campagne, et, lorsqu'en 1761, un arrêté du Conseil d'Etat du roi institue à Meaux une Société royale d'Agriculture, il ne manque pas d'en faire partie.
Il avait trente-quatre ans quand, en 1767, suivant d'ailleurs la filière administrative ordinaire, le maître des reqfiêtes obtint la charge importante d'Intendant de la Généralité d Auvergne. Il venait en cette qualité habiter Clermont-Ferrand, la ville natale de Thomas; résidence intermittente d'ailleurs, car tous les hauts dignitaires de cette époque, magistrats, administrateurs ou évêques, se voyaient dans la nécessité de se montrer fréquemment à la cour et dans le monde des ministères, tandis que, trop souvent, des commis investis de leur confiance les remplaçaient au chef- lieu de leurs gouvernements, avec plus ou moins de bonheur et de talent.
Cependant, les premiers jours de l'an 1768, la présence de Montyon à Clermont nous est révélée par ce brouillon écrit par Thomas :
Monsieur,
Si j'étais à Clermont, je grossirais le nombre des importuns qui inondent votre antichambre dans ces premiers jours de l'année. J'ajouterais mon compliment aux compliments éternels dont vous êtes assommé, et je viendrais à mon tour ennuyer un philosophe qui se prête à certains usages par bienséance, et qui les méprise par raison.
Mais je vous fais ma visite de cent lieues, elle vous arrive en poste, et pour se faire pardonner, elle sera très courte. Je ne prétends seulement que vous renouveler le témoignage de mes sentiments. Ils ne sont point comme le temps, dont la procession rapide amène sans cesse des années nouvelles
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et indifTci entes. Ils simt loiijoiirs les mêmes, toujours fixes et immobiles.
Dans les premiers moments que j'eus l'honneur de vous connaître, je vis d'abord le magistrat respectable, et je lui rendis cette espèce d'hommage que Ton rend aux vertus réunies aux talents. Depuis, je yous vis de plus près et je reconnus l'homme iadorable. Cette connaissance fut suivie du tribut que l'on paie à tous les agréments.
Tous ceux qui vous approchent trouvent en vous ces deux hommes. C'est à tous deux que je m'adresse aujourd'hui. J'oflfremon respect à l'un et mon attachement à l'autre.
Je suis, etc
Ce 3 janvier 1768.
Dans l'automne qui suit, Thomas va passer plusieurs mois chez sa mère à Clermont-Ferrand pour régler des difficultés suscitées par un de ses beauxfrères, Rochefort, dans le partage de la succession de son père. Il se trouve être le voisin de l'hôtel de l'Intendance, sis rue des Gras, en face la cathédrale, et, tout naturellement, il fréquente assidûment « le magistrat respectable » et (( l'homme adorable », avec qui il s'entretient des aspirations générales de l'humanité et des besoins spéciaux à l'Auvergne. « Je n'ai ici, écrit-il à son ami Barthe le i3 octobre 1768, que des connaissances, et vous savez bien qu'elles ne valent pas l'amitié. J'en excopie pourtant M. de Montyon, notre Intendant, qui me donne les marques d'une amitié vraie et qui est bien fait pour l'inspirer. 11 est aussi aimable qu instruit; je le vois tous les jours, et tous les jours avec un nouveau plaisir ; il ne tient pas à lui que mes affaires ne finissent, ni à moi non plus, comme vous vous en doutez bien. »
M. de Montyon obtient dans l'intérêt de Thomas
un arrêt qui aplanira certaines complications de procédure et évitera des plaidoiries interminables devant le Parlement de Paris. Plusieurs semaines se passent à déchitTrer des contrats, des testaments, à élaborer une transaction, et ce travail agace le malbeureux Thomas. Il est nécessaire de le distraire de ses sombres pensées. Vite M. de Montyon prolite de sa présence à Glermont — certains auteurs sont prophètes dans leur pays — pour donner, le i3 novembre, une fête splendide aux dames et aux jeunes filles de la ville. Un chanteur de lOpéra, Chassé ( i), déclame des vers en l'honneur du philosophe* et lui ceint la tète de lauriers.
A cette démonstration un peu ridicule, et qui fait songer au pompeux couronnement de \oltaire à la Comédie française, Thomas devait une réponse. Il improvisa sur l'air d'une romance de Monsigny : Jusque dans les moindres choses, le petit compliment suivant à l'adresse de l'Intendant :
Que tout ici nous retrace De nos jeux l'aimable auteur.
Dans son esprit est la grâce, Les vertus sont dans son cœur.
Philosophe plein de charmes, Il prévient tous les désirs ; Il sait essuyer des larmes, Il fait naître des plaisirs.
Les droits d'un monarque auguste Sont déposés dans sa main.
Quoique puissant, il est juste, Quoique juste, il est humain.
(i) Chassé, célèbre basse-taille de l'Académie royale de musique, avait débuté en août 1721 et prit sa retraite en 1757.
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Son aimable caractère Fait pardonner son pouvoir.
Il possède l'art de plaire, Et lui plaire est un devoir.
Anne-Rose, la sœur de Thomas, après avoir lu ces vers, en félicite l'auteur, le 28' novembre 1 768 : « M. de Montyon doit être bien content de lui, car vous n'êtes pas adulateur, et vous le louez d'une façon bien noble et bien naturelle. Il se dira en pensant à vous : « La (( vérité dicta ses vers; je suis vertueux, puisqu'il le « dit. »
Les termes de cette chanson, pour flatteurs qu'ils soient à l'adresse de Montyon, traduisent sincèrement l'attachement de ses administrés, touchés de ses sentiments humanitaires et de son zèle ardent à se montrer juste envers tous. A son arrivée en Auvergne, l'Intendant avait été frappé de la pauvreté des populations des campagnes, sans roules ni moyens de communication ; il avait organisé aussitôt des distributions de grains et de riz pour les invalides, et confié aux valides des travaux de vicinalité. « L'aumône devenant le prix du travail, écrit-il, et le salaire étant médiocre, on est assuré qu'il ne sera rien donné que vu le besoin réel. » Partout, à Clermont, Riom, Aurillac, Mauriac, au Mont-Dore, à Saint-Blour, il réalise des améliorations et des embellissements considérables. « Dans la classe moyenne et éclairée, écrit M. Louis Guimbaud, à qui nous empruntons la plupart des renseignements biographiques qui concernent Montyon (i), on appréciait vraiment à sa valeur l'effort tenté par l'Intendant pour
(i) Augel de Monlyon (iy33-i82o), d'après des documents inédits, par Louis Guimbaud. — Paris, Emile-Paul, éditeur, 1909, in-8.
conserver la vie de ses administrés^ maintenir la paix sociale et améliorer le sort du pays. Mais ni le peuple, ni la noblesse locale n'avaient entendu grand'chose à Toeuvre administrative de Montyon » (i).
De plus, absorbé par le désir de réussir dans le plan généreux qu'il s'était tracé, M. de Montyon se montrait d'une indépendance hardie à l'égard du pouvoir central, au traditionalisme étroit; de sorte. qu'avec les meilleures intentions du monde et des capacités exceptionnelles, il finit par se faire mal voir de tous côtés. Le premier président de la cour des aides de Clermont, M. de Chazerat, qui avait su se rendre populaire, lui fut hostile. A ce moment, la faveur dont jouissait le duc de Choiseul était fort menacée (2). Montyon était un de ses protégés ; il ne se sentit plus en sécurité à Clermont, et demanda, le i" juillet 1770, à changer de province. Il avait sollicité une des intendances des environs de Paris ; c'est celle d'Aix en Provence qui lui fut assignée par un mot fort sec de l'abbé ïerray (mars 1771), et sa charge de Clermont échut à son rival, M. de Chazerat.
Est-ce à dire que tous les. Auvergnats avaient méconnu les intentions de Montyon et lui avaient tourné le dos.'^ Non pas. Certaines municipalités a^ aient compris son effort méritoire pour les tirer de la misère et leur assurer des livres, des voies d'accès, et réaliser quelque progrès d'hygiène. Les villes de Mauriac et d'Aurillac tinrent à lui exprimer publiquement leur reconnaissance; la première lui était redevable d'une
(i) Page 88.
(2) La disgrâce de Clioiseul est du 2^ décembre 1770.
place et des remparts; la seconde avait vu transformer en route un marais insalubre. Mauriac lui éleva une colonne, et les habitants, se souvenant que Marmontel, né à Bord (Corrèze), avait été élève de leur collège de Jésuites, lui commandèrent une inscription à la louange de Montyon (i).
Aurillac ne voulut pas rester en arrière ; une fontaine fut édifiée en Ihonneur du bienfaiteur, et une inscription demandée à Thomas. A cette occasion solennelle, s'établit entre les autorités locales, Thomas et M. de Montyon la correspondance suivante :
Aurillac, 12 juillet 1772.
Monsieur,
Les bienfaits que notre ville a reçus de M. de Montyon pendant le temps qu'il a. été Intendant de cette province excitent toute notre reconnaissance. Nous voudrions, Monsieur, en consacrer le souvenir à la postérité. Les malheureux secourus par des travaux publics auxquels on les a employés ont embelli notre ville ; il eu résulte surtout une des plus belles promenades du royaume. Nous y avons fait élever une (sic) obélisque à laquelle nous voulons adosser une plaque de marbre et y faire graver quatre ou six vers au plus en rhonneur de ce bienfaiteur.
L'union qu'il y a entre vous et lui, Monsieur, et votre réputation nous encouragent à nous adresser à vous pour vous prier de vouloir bien nous donner ce morceau de votre composition. Cette province que vous aimez et qui a l'avantage d'être la vôtre peut bien espérer. Monsieur, que vous voudrez bien lui procurer encore celui de vous avoir pour exprimer ses sentiments en cette occasion.
Nos esprits s'étaient escrimés pour produire quelque chose ; ils n'y ont pas réussi. Gomme vous verrez par les
(i) Dans une lettre du 3i niai 1771, passée récemment en \enie dans un catalogue d'autographes, Marmontel remercie les habitants de Mauriac de lui avoir demandé de composer une inscription en l'honneur de M. de Mont von.
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vers dont j'ai l'honneur de vous envoyer la copie, ce sont ceux que Monsieur de Montyon paraissait avoir adoptés comme les moins mauvais :
La disette affligea nos cantons malheureux. Par des travaux publics une charité sage Nourrit le pauvre actif et embellit ces lieux. De ce double bienfait reçois le témoignage, Montyon, et qu'il passe à nos derniers neveux !
Les officiers municipaux de Mauriac ont prié M. Marmontel, leur compatriote, de faire quelque chose pour eux sur le même sujet, et il. l'a fait. Peut-être ne serez- vous point fâché de les voir. J'ai l'honneur de vous en envoyer la copie:
Ce fut dans les horreurs de la calamité
Qu'un ami de l'humanité A ces heureux travaux occupa l'indigence. De Montyon, ton active et sage intelligence Eclairait Tournemine ; il t'a bien imité. Qu'à jamais cette pierre inviolable et sainte
Fasse lire aux siècles futurs Que tout un peuple eut péri dans les murs
Dont il a décoré l'enceinte.
Nous avons l'honneur d'être avec respect. Monsieur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
Gourlat de Saint-Etienne, maire, Juthe, échevin.
Daudé, échevin.
Thomas s'empresse de répondre aux maire et échevins, et soumet en même temps à Montyon les vers qu'il a composés. De ces deux correspondances nous avons retrouvé les brouillons ; comme tous ceux émanés de sa main, ils sont surchargés de ratures, de renvois, d'interversions, qui les rendent fort pénibles à déchilTrer. Thomas ne pouvait pas écrire de premier jet; sa manière était trop artificielle, son style trop
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apprêté. Même dans ses correspondances intimes, on
constate souvent l'effort et le manque de spontanéité.
Aux ofïiciers municipaux d'Aurillac Thomas dit :
J'aurais répondu plus tôt à la lettre dont vous m'avez honoré ; mais elle ne m'est parvenue que depuis peu de jours. J'étais en Auvergne, aux eaux du Mont-Dore, quand vous m'avez lait l'honneur de m'écrire, et votre lettre ne m'a été remise qu'à mon retour à Paris.
Je suis très flatté d'avoir été choisi par la ville d'Aurillac pour rendre un hommage public au bienfaiteur de ma patrie et de la vôtre. Le monument que vous élevez à M. de Montyon est digne également de ce magistrat et de vous. Il annonce des âmes reconnaissantes et sensibles. On ne peut ainsi honorer Thumanité sans la porter soi-même dans son cœur.
Ceux qui font le bien n'obtiennent pas toujours les hommages auxquels ils ont le plus de droit; il faut quelquefois qu'ils attendent ces hommages du temps, et souvent qu'ils aient le triste courage de faire du bien à l'ingratitude même. Le caractère noble et ferme et l'élévation d'âme de M. de Montyon lui auraient aisément donné- cette espèce de courage ; mais il n'a pas eu besoin d'en faire usage, et après avoir contribué au bonheur... (La suite du brouillon est perdue.)
Quant à Montyon, il reçoit de Paris, datée du 17 août 1772, une lettre de Thomas, conservée dans le fond des archives de l'Administration générale de lAssistance publique qui a hérité des papiers de l'Intendant. Elle ne diffère pas sensiblement du brouillon dont nous donnons ci-dessous le texte :
Monsieur,
J'ai reçu il y a quelques jours de la bonne ville d'Aurillac oîi vous avez fait tant de bien, et qui s'en souvient avec tant de reconnaissance, une commission qui m'a extrêmement
flatté ; c'est de faire une inscription pour l'obélisque que la ville vous élève.
Je ne suis rien dans l'univers, je ne puis faire aucun bien, mais je chante celui que font les autres ; c'est un dédommagement pour mon cœur. Si tous ceux dont vous faites le bonheur s'adressaient à mci, je serais souvent occupé. Je vous avoue que je n'ai jamais fait de vers avec plus de plaisir ; les voici :
ÎNourrir un peuple entier de famine expirant, Par les mains de ce peuple embellir notre ville,
Rendre le malheur même utile, Enfin par tes vertus faire adorer ton rang,
Ce fut là ton heureux ouvrage, Montyon ; que ce marbre à jamais respecté
Transmette à la postérité Nos maux et tes bienfaits, ta gloire et notre hommage !
Le compliment a reçu l'approbation de Montyon ; son texte est aussitôt envoyé aux autorités locales, qui s'empressent d'en remercier l'auteur en ces termes :
Monsieur,
L'inscription que vous avez envoyée justifie bien les motifs qui nous avaient déterminé à vous prier de vous en charger. Elle a été accueillie. Monsieur, avec les plus grands éloges de la part de tous nos concitoyens. Si nous pouvions croire qu'il y eût eu quelque mérite de notre part à vous adresser notre prière, les compliments que nous en recevons de tous les côtés nous le persuaderaient. ?yous vous prions d'en agréer nos plus humbles remerciements.
Le monument que nous élevons est un témoignage de noire reconnaissance. L'inscription qu'on y lira en sera un de vos sentiments ; on ne les peint si bien que par la force de l'impression qu'ils font sur le cœur. Le marbre transmettra le nom de M. de Montyon à la postérité. Il y transmettra encore le vôtre, que vos ouvrages y ont déjà dévoués. Mais ce sera toujours pour nous une vraie satisfaction de voir qu'on lira sur la même table le nom du bienfaiteur de cette province joint à celui qui y fait tant d'honneur.
rs'ous avons l'honneur d'être avec respect, Monsieur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
Gourlat de Saint-Etienne, maire.
Juthe, échevin.
Daudé, échevin.
A Auvillac, le 27 septembre 1772.
Dans ses moments de loisir, M. de Montyon aimait à consigner dans des papiers conservés en liasses des notes de lectures, des fragments d'études littéraires, des portraits, réflexions morales et essais de toutes sortes, conservés aujourd'hui dans les archives de l'Administration de l'Assistance publique. Ces notes ont été étudiées par son biographe, M. Guimbaud.
Parmi les observations subtiles et les traits déhcats, fréquents dans ces écrits intimes, on peut citer une page brillante sur un sujet à la mode au xviii' siècle : les femmes, leur caractère, leurs qualités, leurs défauts, leur comparaison avec les hommes, etc.. « La science dans laquelle les femmes excellent, écrit Montyon, c est la connaissance du cœur humain et l'art de diriger et de fléchir les volontés. Les femmes, forcées par nos mœurs à cacher le sentiment dont elles sont pénétrées, quelquefois même à feindre et montrer un sentiment qu'elles n'ont pas, placées par les lois dans la dépendance des hommes, obligées par conséquent à un sacrifice perpétuel de leurs volontés, ont un grand intérêt d'étudier la force et la faiblesse des hommes, d'être dans une observation perpétuelle de leurs pensées et de rechercher avec industrie les moyens d'influer sur leurs déterminations. Or, comme l'intérêt fut toujours le germe de l'art, et que l'observation
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et l'expérience sont les iuslrumenls de son progrès, il est naturel que dans cet art les femmes aient une grande supériorité sur les hommes; ainsi tandis que sur celte matière, les hommes spéculent et dissertent, les femmes pratiquent et régnent... »
Le psychologue qui raisonne avec une telle acuité sur l'intluence des femmes et leur pouvoir, devait porter un vif intérêt à l'ouvrage que Thomas leur consacrait. C'est seulement en mars 1772 que parut l'Essai sur le caractère, les mœurs el V esprit des femmes dans les différents siècles. Thomas en adressa aussitôt un exemplaire à Montyon, qui le remercia en ces termes :
Aix, ce 18 mars 1 -"2.
Mille remerciements, Monsieur, de votre présent. Ce n'est pas peu de chose qu'apprendre à connaître les femmes, et c'est une science que je vous devrai.
La lecture de quelques parties de rouvrage(i) me faisait attendre Timprimé avec impatience, et je l'ai reçu avec une vraie satisfaction. J'ai déclaré aux provençales que j'avais le secret de leur cœur et de leur caractère ; le plaisir avec lequel elles ont entendu quelques passages me fait croire qu'elles sont dignes de vous lire, et je les en aime davantage.
Il n'appartient qu'à vous de plaire en critiquant, et il me parait que vous avez gagné la moitié du genre humain qui aime le plus à être flattée, en ne lui disant que des vérités.
La maladie de Madame Necker; son voyage au Mont- Dore (2), tout m'afflige et me contrarie. Soyez, je vous prie, l'interprète de ces sentiments. Je voudrais qu'on lui ordonnât la Provence comme à Monsieur Trudaine. Si ce remède devenait à la mode ; j'aurais bien de la peine à faire des vœux pour la santé de mes amis, et vous savez bien que
(i) Thomas avait lu des fragments de son Essai sur les femmes le II mai 1771, le jour de la réception de l'abbé Arnaud à l'Acadciuie française.
(2) Ce voyage n'a eu lieu qu'en juillet 1772.
VOUS ne seriez pas oublié dans cette imprécation. La mienne n'est p s encore trop bonne.
Je ne sais encore dans quelle année ou dans quel siècle j'aurai le plaisir de vous revoir et de vous embrasser. Soyez bien persuadé de la sincère amitié que je vous ai vouée ; écrivez-moi lorsque vous aurez un peu de temps à pprdre, et ne me faites pas toujours l'injure de me complimenter avec cérémonial.
Plaire aux femmes en leur disant la vérité, tel était le but de Thomas. M. de Montyon avait donc tort de considérer la chose comme impossible, et de dire : (( L'empire des femmes dégénère en un despotisme tellement oppressif,, que tout homme sage le redoute, et n'ose critiquer les femmes qu'en prenant le langage des cours où on ne reproche aux rois que les défauts qu'ils veulent bien avouer. Celui-là rendra un grand service au siècle, qui publiera cette conspiration d'un sexe contre l'autre, qui attaquera ces tyrans qu'on ne craint pas assez parce qu'ils sont faibles et jolis, qui fera connaître à combien de malheurs elles se dévouent, de combien de maux elles sont cause. »
Thomas n'avait pas les mêmes préventions contre les femmes de son temps. Il n'était cependant pas un féministe selon l'expression moderne, car il leur refuse l'aptitude aux études profondes, tout en leur reconnaissant a une sensibihté d'inslinct qui agit avant de raisonner, et a déjà secouru quand l'homme délibère encore ».
Dix années se sont écoulées. Montyon, après avoir passé, en septembre 1773, par suite de cabales injustes, de l'intendance de Provence en celle d'Aunis,- avait rendu dans ses trois postes d'immenses services à ses
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administrés: mais son incorrigible indépendance l'empêchait d'être goûté en haut Heu. Il s'aperçut qu'en somme les fonctions d'Intendant n'étaient pas précisément sonaiFaire. Il désira rentrer à Paris et à la cour, et futnommé en 1776 conseiller d'Etat. Certes, il était ambitieux, mais il s'elTorçait de servir Louis XVI avec bonne foi; il. prétendait mériter titres et honneurs, et ne voulait point, nous dit son érudit biographe, « d'une gloire usurpée » (i). Il écrit un ouvrage d'économie politique : Recherches sur la popahttion de la France ; il voyage en Angleterre et admire chez les insulaires leur (( amour de l'humanité ». « On ne peut considérer sans un sentiment de respect et d'admiration, dit-il, un pays où l'on voit de tous côtés des dons faits par de simples citoyens en faveur de l humanité indigente, souffrante, malheureuse, en faveur des arts, des sciences, des lettres... Que ma patrie donne des preuves de sentiments aussi grands, aussi nobles, et mon admiration sera partagée ! »
Ainsi il a rapporté d'Angleterre cette philanthropie éclairée et pratique qui a immortalisé son nom ; c'est chez nos loyaux alliés d'aujourd'hui qu'il a puisé l'idée des prix de vertu : secours pécuniaires aux auteurs d'ouvrages utiles aux mœurs, et subventions aux savants pour leurs expériences.
En avril 1782, par un mémoire anonyme, il charge l'Académie française de la distribution de diverses récompenses. Le « prix d'utilité », consistant en une médaille d'or de douze cents livres, est accordé pour la première fois dans la séance du i3 janvier 1783 à Mme d'Epinay pour ses Conversations cV Emilie.
A ce moment-là, nous retrouvons l'académicien en
(i) P?ge 160.
contact avec l'homme de bien. Thomas, envoyé à Hyères à cause du cHmat — car la Provence est devenue et restera longtemps « un remède à la mode » — s intéresse à un homme de loi qui a maille à partir avec le ministre de la justice, M. de Miromesnil ; il charge M. de Montyon. que ses nouvelles fonctions de conseiller d'Etat et de chancelier du comte d'Artois mettent en rapports avec la cour, de faire parvenir au garde des sceaux la supplique suivante, dont nous avons retrouvé le brouillon :
Monseigneur,
Vous avez bien voulu m'honorer de vos bontés, toutes les fois que j'ai eu l'honneur de vous faire ma cour. Je tiens de vous des bienfaits et des grâces (i) pour lesquels je conserverai une éternelle reconnaissance. J'ai été privé de vous l'aller témoigner moi-même depuis longtemps parle mauvais état de ma santé qui me retient dans les provinces méridionales de la France.
Habitant de la ville d'Hyères pendant six mois, j'ai été prié de faire parvenir jusqu'à vous le malheur, et, à ce que
tout le monde assure, l innocence du sieur G , notaire
royal et avocat de cette ville. Il exerçait depuis vingt-six ans la commission de contrôleur des actes avec la plus grande réputation d'intelligence et de probité. Il vient toutefois d'être destitué de cette place, sans qu'on lui ait fait part d'aucuns motifs de plainte.
Dans ces circonstances qui privent un père de famille honnête et malheureux d'une place nécessaire à sa subsistance et à celle de ses enfants, il ne peut s'empêcher de croire que quelque ennemi secret Va calomnié peut être auprès du chef respectable de la justice, et l'a accvisé de quelque abus dans l'exercice de sa place.
Sûr de son innocence, comme de votre justice. Monseigneur, il ose réclamer vos bontés, pour que vous daigniez faire examiner sa conduite avec sévérité, se soumettant à être
(i) Le oarrlc de sceaux avait fait obtenir à Thniiias une pension de douze cents livres sur le Journal de Bouillon.
puni s'il est coupable, mais implorant avec confiance vos bontés s'il est innocent.
Il suppose que Timputalion principale qui a été faite contre lui, est d'aider ses clients, comme avocat, des testaments ou autres pièces dont il a eu connaissance comme contrôleur. Mais, pour se justifier, il répond qu'il est défendu à l'avocat de s'aider dans son ministère de pièces qui n'ont pas été contrôlées, et que du moment qu'un titre est sous le contrôle, il devient un acte public, que dès lors un avocat peut le citer sans crime, toutes les fois que cela peut intéresser sa partie.
Voilà, Monseigneur, le seul objet sur lequel le sieur G — puisse soupçonner qu'on ait entrepris de l'accuser auprès de vous ; et il ose croire que cette imputation bien approfondie ne peut être regardée comme un crime. Comme chef supérieur de la magistrature et des lois, et aussi distingué, Monseigneur, par votre bonté que par votre justice, il ose attendre de votre souveraine équité que vous voudrez bien ne pas le condamner tout à fait sans avoir jugé sa conduite, ni admettre contre lui des imputations qui paraissent sans preuve. Il oserait solliciter et implorer la restitution de sa place, s'il avait eu le bonheur de vous convaincre qu'il n'en a point abusé.
Pour moi, Monseigneur, je m'applaudirais d'avoir pu être auprès de vous l'interprète et l'organe d'un homme innocent et malheureux, opprimé peut-être par des haines particulières, plus communes encore dans les petites villes que dans les grandes, et d'avoir eu une occasion de plus de vous témoisfner les sentiments, etc
Thomas avait affirmé solennellement l'innocence de G... sur des racontai^s intéresses de ses partisans. N'était-ce pas tentant, après tout, pour un philosophe enclin à la sensiblerie larmo vente, de mise à cette époque, de voir en tout prévenu un innocent? Toulouse venait de posséder en Calas sa viclime d'une erreur judiciaire; il en était de même à Castres pour Sirven et à Abbe ville avec le procès du chevalier de la
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Barre; pourquoi la ville d'Hyères ne s enorgueilliraitelle pas un jour du sieur G. . . ?
Pourquoi? Hékis ! G... était coupable! Plus habitué que Thomas aux affaires, M. de Montyon, ami de la justice et respectueux des règlements, est un magistrat qui ne "se paie pas de mots, fussent-ils ronflants ; il contrôle les protestations trop empressées de Thomas, prend connaissance du dossier G... et découvre que cet homme, grâce au cumul de ses fonctions de notaire, d'avocat et d'agent de l'enregistrement, a commis une série de violations formelles du secret professionnel dans un but intéressé. Montyon en prévient Thomas dans les termes les plus courtois; il lui adresse ensuite ses condoléances à l'occasion du décès de sa mère, et, selon l'usage en un temps où les nouvelles ne parvenaient pas facilement dans les provinces éloignées, lui fait part des événements politiques et littéraires d'actualité.
Je n'ai point voulu, Monsieur, envoyer votre Ictlre à Monsieur le Garde des sceaux, je la lui ai remise et j'y ai joint les expressions de l'intérêt que m'ins[)irera toujours tout ce qui viendra de vous Je doute que votre sollicitation réussisse, et en eil'et je ne puis vous dissimuler que votre contrôleur a eu un tort grave de se servir pour des intérêts particuliers de ce qu'il ne savait et ne devait savoir que comme homme public. Mais Monsieur le Garde des Sceaux vous répondra, et vous serez aussi content de sa lettre qu'on peut l'être quand on n'obtient pas ce qu'on demande. J'ai saisi cette occasion pour lui parler de vous. Je lui ai dit tout ce que peut inspirer l'amitié et l'admiration ; mais je lui ai peu appris, et j'ai été réellement satisfait de sa manière de penser sur ce qui vous concerne.
Je vois avec regret la douleur dont vous pénètre la perte que vous venez de faire (i), et je reconnais voire sensibilité;
(i) La mère de Thouias était morle en juin 1782 à Paris, dans son domicile de la rue Copeau, quartier Sainl- Victor.
elle est trop juste pour la contredire, mais il ne faut pas y succomber. Vous avez trop réfléchi sur la vie humaine pour ne pas savoir que c'est un état de malheur, et que nous n'achetons chaque moment d'existence que par des pertes. Si cet événement-ci vous donnait quelques affaires à Paris, et que je puisse vous être utile, je me flatte que vous ne m'oublieriez pas.
Portez-vous bien, soignez votre santé, végétez quelque temps ; goûtez le plaisir de la solitude qui a tant d'attraits pour vous, et ménagez-vous pour vos amis, Ils sont peutêtre plus nombreux que n'est ordinairement cette classe d'hommes, mais je crois pouvoir me mettre à la tète.
L'Académie a adjugé avant-hier le prix de poésie à une pièce de vers sur V Abolition de la servitude, dont M. de Florian (i) est l'auteur.
La vieille duchesse de Phalaris, entre les bras de qui est mort le Régent, est morte ces jours-ci sans être dans les bras de personne (2). On prétend que le fils du comte d'Yenne s'est tué de désespoir; j'espère qu'il n'en est rien.
Adieu, Monsieur ; c'est au moins une consolation de causer par lettres. Si votre concierge d'Auteuil vous mande des nouvelles de son quartier, il aura pu m'entendre souvent parler de vous chez Madame Helvétius (3), qui vous aime comme on doit vous aimer.
J'aurai bien du plaisir à vous voir et à vous embrasser. Ce 21 juillet 1782.
(1) A la séance solennelle du aS août 1782, Florian a remporté le prix de poésie pour un poème sur un sujet que l'Académie désirait voir traiter : La servitude abolie dans les domaines du roi. Aucun accessit n'a été décerné. Le duc de Pcnlhièvre et la duchesse de Chartres assistaient à l'ovation qui fut faite à Florian, leur protégé.
(2) Bachaumont écrit, à la date du 20 juillet 1782 : « Madame la duchesse de Phalaris vient de mourir. On peut juger de son âge en se rappelant qu'elle avait été maîtresse du Régent, expiré dans ses bras en 1728 » (^Mémoires secrets, tome XXI, p. 27).
(3) Thomas et Ducis partageaient à Auteuil, près de l'église, une résidence d'été à quelques pas du logis de Mme Helvétius. C'est ainsi que le concierge de Thomas pouvait entendre — ou à peu près — ce qui se disait dans le salon de sa voisine.
Etre utile à ses amis d'abord, à l'humanité tout entière ensuite, tel a toujours été le but de Montyon. Après avoir fait ses offres de service à Thomas pour le cas où il pourrait faire en sa faveur quelque démarche à Paris, il apprend bientôt que celui-ci ne reviendra pas encore dans cette ville et songe même à s'en éloigner davantage, puisqu'il se dispose à hiverner hors de France, à Nice.
On ne franchissait pas la frontière, à cette époque, aussi facilement que de nos jours. Montyon veut y aider Thomas dans la mesure de son pouvoir; il s'entremet pour recommander le digne académicien au gouverneur de Nice, et en avertit Thomas par la lettre suivante :
J'ai su, Monsieur, que vous vouliez aller passer l'hiver à Nice (i). 11 est superflu de vous dire combien je suis affligé que vous passiez si longtemps éloigné de ce pays-ci. Si votre santé l'exige, je me plains et vous approuve.
J'ai imaginé qu'il vous serait agréable d'avoir une lettre de recommandation pour le gouverneur. C'est une précaution utile en pays étranger, et j'ai demandé à l'ambassadeur de Sardaigne une lettre de recommandation pour le gouverneur de Nice. Comme il ne. le connaît pas, il n'a pu m'en donner une lui-même ; mais il a écrit à un de ses amis à la cour de Turin, et je la joins ici. Elle ne s'exprime pas sur ce qui vous concerne avec les termes qu'on doit employer quand on parle d'un homme tel que vous. Mais c'est un militaire qui parle à un militaire. Il eût mieux fait encore de vous nommer simplement; il est des hommes qu'il n'est pas nécessaire de louer ; c'est un commentaire superflu.
Adieu, Monsieur. Portez-vous bien, revenez le plus tôt
(i) Thomas a fait un premier séjour à Nice d'octobre 1782 à avril 1783, et un second pendant l'hiver 178/1- [780.
qu'il vous sera possible, et ne m'oubliez jamais entre tout ce qui doit vous demander de l'amitié.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
De Moi^TTon.
Ce 2 novembre 1782.
Suscription : Monsieur Thomas, de l'Académie française, à Hyères en Provence.
Cette lettre termine la correspondance inédite entre M. de Montyon et Thomas. Ce dernier mourait le 17 septembre 1786, ayant conservé jusqu'au bout ses illusions humanitaires. Moins heureux, peut-être, Montyon connut toutes les vicissitudes de la Révolution et de .1 émigration. Quand il put rentrer sur le sol de la patrie, son domaine de la Brie avait été vendu. « Quoique je ne possède plus rien, écrivait-il le 9 janvier 181 8, je tiens toujours par le sentiment aux habitants de ce pays, et j'ai toujours aimé vos pères et grandpères. )) Il s'employa, sans y réussir, à racheter ses anciennes terres, ses bois et ses prairies d'antan.
Le plus important de ses soins, c'est maintenant l'administration de ses aumônes. Il envoie un secours de six cents livres au curé de sa paroisse pour la population de son ancienne seigneurie. « Je désirerais, écrit-il, que ceux des habitants qui, pendant les troubles, et avant que la terre fut confisquée, se sont bien conduits, eussent de préférence part à ce petit secours. Mais ceux qui ont eu des torts, s'ils sont dans une grande misère, doivent participer à ce don. »
Il cherche avant tout à rétablir ses fondations académiques ruinées par la Révolution. Il rappelle au Ministre
de rintérieur (i) que (c des fondations faites pour l'utilité publique doiyent être comme des fondations religieuses, que le gouvernement a toujours maintenues, tant que la religion a été respectée », et il apporte à M. Decazes, le ministre, « des millions qu'il sème sur la terre, pour le malheur, la science, la vertu (2) ».
M. de Montyon mourut à Paris le 29 décembre 1820. Cet ancien philosophe avait jusque-là considéré les religions exclusivement au point de vue de l'utilité sociale ; mais, sentant sa fin approcher, il demande, dans le préambule de son testament du 12 novembre 181 9, (( pardon à Dieu de n'avoir pas rempli exactement ses devoirs religieux, et pardon aux hoinmes de ne leur avoir pas fait tout le bien qu'il pouvait, et que par conséquent, il devait leur faire ».
D'un sceptique les épreuves avaient fait un croyant ; la philanthropie de M. de Montyon s'était transformée en charité chrétienne.