CHAPITRE PREMIER
le fait d'employer des espèces dififérentes de travail à la satisfaction de besoins différents ne peut jamais produire la pauvreté et la détresse. Et, dans l'intérêt de l'humanité, si l'on veut que nulle espèce d'industrie ne soit injustement discréditée, il faut livrer à la censure les règlements sociaux qui nous ont infligé tant de pauvreté et de détresse. Toutes les espèces diverses de travail productif doivent être bienfaisantes, mais la manière dont le produit du travail est distribué dans la société est distincte du travail lui-même et résulte des règlements sociaux. C'est pour avoir confondu ces deux choses, et avec la préoccupation sincère du bien-être national, que j*ai entendu plusieurs hommes intelligents, au Hanovre, exprimer le vœu de ne pas voir leur patrie devenir commerçante (i).
Mais, si la distribution actuelle de la propriété est à la fois (au fond, pour Hodgskin, les deux choses se ramènent à une seule) injuste et artificielle ; si elle est due à l'intervention législative « d'un petit nombre d'individus séparés et distincts, agissant, en tant que gouvernement, au nom de la société entière » (2), c'est une illusion de considérer le mouvement général de l'Europe vers l'émancipation industrielle et commerciale comme autre chose qu'une révolte irrésistible des lois de la nature contre les lois de Thonmie.
(i) Travels, vol. II, pp. iii-iia.
(2) Vol. I. p. 292.
% THOMAS HODOSKIN
Ceux-là seuls, dans la société actuelle, ont raison de s'en alarmer,
qui mettent tout leur bonheur avoir leurs besoins satisfaits par des esclaves impayés et tremblants. A leur point de vue, la morcdité consiste dans Tacceptation paisible de la misère si elle est infligée conformément à la loi, et toute tentative faite par les hommes pour échapper à cette misère légitimement infligée est flétrie comme immorale (i).
Ceux-là seuls peuvent espérer entraver le mouvement qui croient à Faction des causes accidentelles dans rhistoire.
Les mœurs d'une nation ne peuvent être changées subitement ou détruites par un événement isolé. . . Jamais événement miraculeux ne s'est produit ni ne peut se produire dans les démarches d'une nation tout entière... Les lois morales de la nature sont aussi régulières et inaltérables que ses lois physiques. Le pouvoir qui gouverne le monde n'est pas un tyran sanguinaire qui fait ses délices, par des orages subits et inattendus, de ruiner les plus belles espérances de l'humanité. Des lois régulières sont établies dans le monde moral, et nous avons la faculté de les découvrir et de régler sur elles notre conduite assez bien pour pouvoir diminuer ou détruire le mal sous toutes ses formes (a).
Pendant que paraissent les « Voyages dans le Nord de F Allemagne », Hodgskin travaille à
(i) Traçels, vol. II, pp. 46i-46a.
(2) Vol. II, p. 465.