CHAPITRE PREMIER
organiser son existence dans la grande ville intellectuelle, fîère de ses grands hommes, de son Université, de ses Revues critiques, où, depuis un an, il s'est fixé. Il est en relations avec Constable, l'éditeur de la « Revue d'Edimbourg » ; avec Napier, le directeur du « Supplément de l'Encyclopédie Britannique » ; avec MacCuUoch, le rédacteur en chef du Scotsman, 11 cherche à gagner sa vie par des articles de Revue : sa connaissance de la langue et de la civilisation allemandes ne doit-elle pas l'aider à trouver des occasions ? Sa femme, en même temps, apprend l'anglais et cherche à donner des leçons d'allemand. Il continue cependant — et jamais son travail ne fut plus fécond — ses recherches personnelles. Le point de départ de ses réflexions, c'est le radicalisme utilitaire. Depuis le moment où il a été conseillé et protégé par Francis Place, ses relations avec le groupe des amis de Bentham ont été étroites et constantes ; et, en fait , sur tous les points où les Benthamites défendent la cause du libéralisme, le radicalisme de Hodgskinne difl^ère pas du leur. 11 se félicite du progrès que fait, en Angleterre, l'idée du libre-échange. Il écrit à la suite d'une discussion à la Chambre des Lords sur le commerce extérieur :
La confession, faite des deux côtés, que notre législation a jusqu'ici été mauvaise et que, si les
lois devenaient permanentes, les honunes conformeraient à elles leur conduite, m'a paru importante. Le premier aveu est un aveu d'insuffisance, et le second prouve que les hommes s'accommoderaient même des lois de la Nature si lord Liverpool voulait nous permettre de les suivre : rien n'offre plus de constance qu'elles n*en ont, et rien qui ressemble à une loi n'est plus changeant que les règlements des deux Chambres (i).
Il applaudit à la campagne libre - échangiste que mène MacCulloch dans la m Revue d'Edimbourg » (2). « Gela ne fait pas de doute », écrit-il à Place,
l'abolition de tontes les restrictions , quelles qu'elles soient, est le grand but à atteindre. Ce qu'il nous faut, c'est une législature destructive, dont la grande affaire soit d'en unir avec les lois promulguées par les précédentes (3).
Entre MacCulloch, qu'il voit constamment, et Francis Place, avec lequel il est en correspondance, il sert d'intermédiaire, lorsque Mac- Culloch, d'accord avec les radicaux de Westminster, commence à faire campagne en faveur de
(i) Hodgskin à Place, 3o mai i8ao, BriU Mus.f add. mss. 33.153, f. 169, verso.
(a) Hodgskin à Place, 23 avril i8ao, Brit, Mus, add. mss. 33.IÔ3, f. i37 verso.
(3) Hodgskin à Place, 27 août 1819, Brit Mas. add. mss. 33.153, f. 78 verso.
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1 abolition de la loi sur les coalitions (i). Avec les radicaux, il slndigne contre la riîaction régnante, proteste contre le massacre de Manchester, étonné seulement de voir que l'opposition libérale se préoccupe surtout de chercher si le massacre n'a pas été contraire aux lois.
L'horrible violation des lois à Manchester semble n'avoir servi que de cri de guerre et de mot d'ordre pour les défendre. Quelque misère qu'elle ait produite, c'est notre ruisérable Constitution que l'on enjoinl maintenant de détendre et de soutenir. Franchement^ ces bôdses me font mal au cœur. Je voudrais connaître une loi, une seule loi, qui vaille qu'un honnôle homme se donne du mal pour la détendre. Ce n'est pas la loi du Parlement, ni la loi des juges, ni les lois relatives au libre- échange, ou à la Uberté de parler et d'écrire ; moi, je n'en connais pas une qui vaille la peine d'être soutenue, mais tout le monde semble croire qu'il vaut mieux être sabré par des hussards ou enfermé dans des Bastilles selon les règles que d'avoir confiance en ses semblables. Ils semblent croire qu'il vaut mieux être tondu selon les règles que de courir le plus léger risque de vivre selon la raison (a).
Dans un article qu'il porte au Scotsman, en janvier 1820, et que le Scotsman refuse, Hodgskin
(i) Hodgskin à Place, v^ septembre 1819, Brit, Mus. add. mss. 33.i53, f. 79.
{'j) Hodgskin à Place, 2 sept. 1819, BriL Mua, add. mss. 33.154, f. 8a.
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développe cette idée que la grande œuvre accoiupliepar les nouveaux philosophes, «Adam Smith, Malthus, Bentham et tous les économistes politiques, et tous ceux qui ont écrit sur la législation depuis un demi-siècle », c'est d'avoir discrédité les lois existantes et profondément modifié « les sentiments éprouvés par les peuples à l'égard des gouvernements » (i). Mais son anai^ chisme va plus loin que leur réformisme : il n'attaque pas les lois existantes en détail, mais toutes les lois sans exception ou, mieux encore^ la notion même de loi.
La philosophie économique des Benthamites est antilégislative : pourquoi en est-il autrement de leur philosophie juridique ? C'est d'une façon absolue que la notion de loi positive est inconciliable avec l'existence de lois natu- • relies : voilà l'idée qui s'est emparée de l'esprit ■ de Hodgskin dès ses premières réflexions, dès ses premières lectures. Mais, alors, comment expliquer l'existence, l'origine des lois posit tives ? Hodgskin étend à toutes les lois sans restriction l'explication, donnée par les Benthamites, de l'origine des lois mauvaises ou, comme ils disaient en leur langage, « sinistres». Elles ont été faites par des oligarchies pour
(i) Hodgskin à Place, ao janv. i8ao. Brit, Mus, add. mss. 35.153, f. lao verso.