‹ Thomas HodgskinChapitre 19 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et délèguent à un petit nombre le pouvoir nécessaire pour les protéger tous. Concédez-lui cela, et toute la suite de ses raisonnements est magistrale, elle fournit des arguments nouveaux et bons contre le mauvais gouvernement. Mais je ne suis pas disposé à lui concéder cela. L'expérience me dit que les hommes peuvent s'associer pour se protéger l'un l'autre sans délégation de pouvoir à un petit nombre. C'est ainsi qu'à présent le peuple, mû par un désir commun, s'est uni pour la protection de la reine et l'a en fait protégée contre le pouvoir d'un mauvais gouvernement sans délégation de pouvoir. Semblablement, je crois que Ton ne saurait postuler, en argumentant contre la démocratie, que le peuple doit être assemblé pour faire des lois.

Dans l'état actuel de la société, il n'y a pas de raison pour cela. L'opinion d'un individu quelconque sur un sujet donné quelconque pourrait être connue en peu de mois, sans réunir la nation. Et cette transmission d'opinion serait assez rapide pour servir à la confection des lois. Je suis donc porté à me séparer de Mr. Mill sur cette partie de son sujet et à penser que, dans la mesure où il s'agit de Législation, m la collectivité en masse n'est pas mal adaptée aux i onctions du gouvernement». Je crois que l'analogie d'une société de secours mutuels (benefit club) n'est pas complète. Car une société de secours mutuels, si je ne me trompe, ne fait que nommer des fonctionnaires, et ne permet ni à eux, ni au conseil d'administration, de fcdre des lois ; or cela est impliqué dans l'idée courante des pouvoirs gouvernementaux et semble être compté au nombre de ces pouvoirs par Mr. Mill. Si la législation n'est pas un des pouvoirs qu'il faut remettre au petit nombre, je n'ai presque

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pas d'objections à faire au système; mais si elle l'est, alors le système paraît mal fondé, parce que les institutions de contrôle (checks) établies par le peuple, et à qui Ton attribue ensuite la fonction de faire en sorte que le gouvernement ait les mêmes intérêts que le peuple, pourraient certainement protéger le peuple sans intervention de ce gouvernement (ou du petit nombre des délégués) aussi bien qu'elles le protègent contre lui ou contre eux. Ou encore, le contrôle qui suppose qu'on laisse au peuple un pouvoir de déclarer ce qui est juste est, en vérité, l'essence de la législation, et non seulement ne doit pas, mais semble ne pouvoir pas, pendant que Ton conserve des contrôles, être délégué. Si l'on retient le pouvoir de légiférer sur ce point important, qui consiste à exercer un contrôle sur le petit nombre des délégués, je ne vois pas pourquoi on ne le conserverait pas sur tous les points, — je ne vois pas, en d^autres termes, de raison pour que le pouvoir de la législation ne soit pas exercé par la nation tout entière sans délégués aucuns. Le cas est différent cependant en ce qui concerne les deux branches de l'Administration et de la Justice. Elles doivent être confiées à des individus délégués, mais toutes deux probablement, considérées au point de vue national, seraient enfermées dans des limites beaucoup plus étroites que leurs limites actuelles, et très différentes. Je ne prétends pas dire, cependant, jusqu'à quel point, mais je suppose que les relations des nations entre elles, seule occasion où soit requise une administration nationale consistant en rois et en ministres, seraient très rares.

Mr. Mill semble avoir été quelque peu induit en erreur pour n'avoir pas pris garde à la vraie source

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