CHAPITRE PREMIER
férent d'un homme sauvage et ne connaît presque aucune des passions furieuses de celui-ci. On en tire cette hypothèse que toute passion peut être diminuée ou plutôt contenue jusqu'au niveau où l'opinion autorise l'indulgence ;
II* Conclusion. Un accroissement de population développe l'industrie, l'ingéniosité et le savoir; il développe en conséquence aussi les moyens de produire l'alimentation. Le pouvoir du principe de peuplement peut donc être considéré comme le grand stimulant de Teffort et comme le grand moyen d'augmenter le bonheur de l'individu et de l'espèce.
Du principe malthusien de population dérive la loi malthusienne de la rente différentielle : elle implique que la rente foncière n'est pas un monopole factice, mais résulte nécessairement de l'opération des lois économiques naturelles. Il faut donc admettre, après cela, ou bien que la nature est injuste et qu'il appartient à la législation d'en corriger les imperfections (l'optimisme naturaliste de Hodgskin lui interdit d'accepter cette hypothèse), ou bien que la rente foncière et, par suite, l'existence d'une aristocratie de propriétaires, est juste, puisqu'elle est naturelle (les physiocrates l'avaient admis, mais Hodgskin est trop démocrate pour l'admettre). 11 reste, pour échapper au dilemme, de rejeter la théorie : ce qui implique le rejet de tout le système ricardien. Car Ricardo, aggravant l'erreur de Malthus, non
seulement adopte la théorie de la rente diCTérentielle, mais en fait la base de toute une théorie nouvelle de la distribution des richesses. Il subordonne la loi des profits à la loi de la rente, en admettant que le taux moyen des profits est réglé par le profit du capital employé sur le plus pauvre des terrains cultivés, et que le profit est condamné à décroître indéfiniment par la nécessité où se trouve le genre humain de recourir à la culture de terrains sans cesse plus pauvres. Il subordonne la loi des salaires à la loi de la rente ; le salaire strictement nécessaire à l'entretien du travailleur et de sa famille, il l'appelle le salaire naturel, parce qu'il le considère comme naturellement maintenu à ce taux misérable par l'accroissement indéfini de la rente foncière. Toutes ces prétendues lois naturelles sont contestées par Thomas Hodgskin.
Il rejette la loi de la rente différentielle. Sans doute il est possible d'expliquer l'apparition de la rente et d'une classe de propriétaires par la différence de fertilité des terrains ; mais l'expérience seule peut nous dire si cette explication possible est conforme à la réalité. Ricardo et ses disciples dédaignent l'expérience ; cependant, selon Hodgskin, si l'on défalque des fermages actuels cet élément différentiel sur lequel insiste l'école malthusienne, il reste encore une somme