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CHAPITRE PREMIER 5l

énorme, égale peut-être à cette moitié des produits du sol exigée des anciens métayers. La rente différentielle est un élément négligeable de la rente réelle ; la rente foncière s'explique par ce fait historique qu'un petit nombre de conquérants, ayant occupé toute la surface du sol, ont été en mesure d'exiger, des cultivateurs de tous les terrains sans exception, une somme dont le montant a été limité par la nécessité seule de laisser les cultivateurs vivre et travailler.

Par suite, la théorie ricardienne du salaire naturel est fausse, elle aussi. Les premiers cultivateurs du sol de l'Europe ayant vécu en esclaves, leurs descendants, affranchis, ont conservé les habitudes de vie de leurs ancêtres; ils ont continué à accepter, sous le nom de salaire, l'équivalent de ce que le maître abandonnait jadis à l'esclave : une coutume servile, perpétuée par la loi des hommes, à cela se réduit, en fin de compte, le prétendu salaire naturel des Ricardiens.

Fausse enfin, la prétendue loi de la décroissance naturelle des profits. Si la nature n'était pas contrariée dans ses opérations, le travail, aidé du capital, deviendrait sans cesse plus productif avec le progrès de l'ingéniosité humaine et des machines. S'il semble, cependant, qu'il le devienne de moins en moins, c'est que l'intervention des lois humaines masque l'opération

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des lois naturelles ; c'est que, dans la société actuelle, le travailleur ne reçoit pas tout le produit de son travail, sur lequel il voit prélever d'abord un profit et une rente. La théorie ricardienne de la valeur crée, sur ce point, une confusion d'idées ; et Ricardo a tort de vouloir, contre l'opinion plus sage d'Adam Smith, identifier la valeur échangeable au prix naturel (i). Pour bien juger de la valeur échangeable, il faut considérer réchange comme ayant lieu non pas entre les objets échangés , entre des valeurs abstraites, mais entre les individus qui sont les auteurs des produits échangés et les auteurs de l'échange. Or, dans le monde de l'échange, tel qu'il est réellement constitué, les producteurs peuvent occuper des positions économiques très diverses. Deux individus sont supposés fournir des quantités de travail égales ; mais l'un, propriétaire de sa terre et de son capital, reçoit tout le produit de son travail, tandis que l'autre doit, sur le produit d'une quantité de travail égale, rémunérer un propriétaire foncier et un capitaliste. Donc celui-ci, avec ce qui représente le produit final de son travail, à savoir son salaire, ne peut acheter qu'une partie de la valeur produite par l'autre, au prix d'une quantité égale

(i) Cf Hodgskin à Place, 29 avril 1821. Brit. Mas. add. mss. 33.i53, f. 198. Voir plus bas, chap. III, p. i5o.

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