‹ Thomas HodgskinChapitre 26 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de travail. Donc, enfin, pour les individus qui pratiquent rechange, les produits ne s'échangent pas proportionnellement à la quantité du travail productif : pour que cela fût, il faudrait que toujours le salaire du travail fût égal au produit du travail. La rente et le profit sont, pour le travailleur, la cause artificielle du relèvement des prix ; et la misère du travailleur résulte non de l'opération des lois naturelles, mais de certaines institutions positives et de certains accidents historiques.

Dès le mois de juin 1819(1), Hodgskin soumet à Place le plan d'un ouvrage qui consisterait en observations critiques sur le système de Ricardo : Francis Place est trop ricardien pour ne pas détourner Hodgskin d'accomplir ce dessein. Mais, une fois débarrassé des soucis que lui cause l'impression de son livre, le problème de la rente attire de nouveau son attention : il le discute une première fois, dans une lettre assez brève, du 20 avril 1820 (2), puis dans une seconde lettre, plus développée, du 28 mai (3), que nous reproduisons tout entière. Jusqu'ici inédite, elle marque avec précision le point de maturité où étaient parvenues, à cette date, les idées de Thomas

(i) Le 4 juin. Brit. Mus. add. mss. 33.i53, f. 67. (a) Brit. Mua. add. mss. 33.i53, ff. i35, verso sqq. (3) Brit. Mus. add, mss. 33,r53, f. i4a sqq.

Hodgskin. Bien documentée et raisonnée, malgré une rédaction rapide, et parfois prolixe, elle est intéressante autant par son contenu que par la date où elle fut écrite, moins de trois ans après la publication des « Principes de l'Économie Politique et de l'Impôt ».

Je vous suis très obligé, mon bon ami, de votre longue lettre du 23 mai que j'ai reçue avant-hier et qui m'a donné à réfléchir depuis qu'elle est arrivée. Je n'admets cependant pas encore la doctrine de la rente, et je voudrais, si vous avez la patience de lire mes remarques jusqu'au bout, vous expliquer plus longuement les motifs de mon dissentiment. Je suis heureux d'avoir une opportunité de discuter avec vous, sûr que, si, finalement, j'étais vaincu, la victoire serait à mon avantage.

Je crois qu'il est ridicule généralement pour un homme de parler d'impartialité soit qu'il examine, soit qu'il discute les opinions d'une autre personne. Nous avons tous nos opinions préconçues que nous préférons en général aux opinions des autres, et nous n'approuvons ou ne condamnons celles-ci que dans la mesure où elles diffèrent des autres ou s'accordent avec elles. Je n'éprouve donc aucune hésitation à dire que les opinions de Mr. Ricardo me déplaisent parce qu'elles tendent à justifier la situation politique actuelle de la société et à mettre des limites à nos espérances de progrès futur. — Elles ont le premier résultat en justifiant nos grands Léviathans fonciers dans leurs extorsions énormes. La richesse n'est qu'un autre nom du pouvoir politique, et, avec une aristocratie foncière telle que

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