‹ Thomas HodgskinChapitre 27 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

celle qni existe à présent, aucune espèce de démocratie n'est possible. Nous sommes tous les sujets de la Nature, et nous ne pouvons être heureux ou grands qu'en obéissant à ses lois ; mais si la Rente, telle qu'elle existe à présent, est, conformément à la théorie de Mr. Ricardo, le résultat naturel du progrès de la société, alors toute tentative pour nous affranchir de la domination d'une aristocratie riche doit, en fin de compte, échouer et n'avoir que des effets funestes. — Je suis un démocrate; les doctrines de Mr. Ricardo sont le plus solide soutien que je connaisse, dans l'ordre théorique, de l'aristocratie, et c'est pourquoi elles me déplaisent. Telle est la source d'un de mes préjugés contre elles : je l'ai honnêtement et ouvertement confessé.

Les opinions de Mr. Ricardo imposent des limites à notre espérance d'un progrès futur du genre humain, d'une manière encore plus définie que les opinions de Mr. Malthus elles-mêmes. C'est, en effet, l'opinion de Mr, Ricardo que le taux de tous les profits est déterminé, en dernière instance, par le taux du profit qu'obtient le capital employé sur le sol, que celui-ci diminue constamment, en raison de la nécessité d'avoir recours à des terrains pins pauvres, et qu'il y a un point limité par l'intérêt naturel du capital, et dont la plupart des sociétés européennes ne sont pas très éloignées, où le progrès doit s'arrêter. J'ai toujours supposé, en me fondant sur le progrès que les hommes ont fait jusqu'ici, qu'il nous est impossible de limiter leur progrès futur. C'est exactement ce que font les doctrines de Mr. Ricardo, et elles le font en s'appuyant sur des raisons naturelles ; et, parce qu'elles s'opposent ainsi à cet autre de mes préjugés , elles me déplaisent

beaucoup. Vous ayant donc montré sur quoi se fonde mon préjugé contre elles, je vais essayer de le justifier par des raisonnements et des faits.

Je ne nie pas, en premier lieu, qu'il puisse y avoir, entre des sois différents, une différence qui rende le produit de quelques-uns plus grand que celui des autres^ — que la nécessité d*avoir recours à ces terrains de qualité pire ait accru la rente dans les temps modernes, — et que les doctrines de Mr. Ricardo expliquent d'une façon très heureuse le grand accroissement de la Rente dans ce dernier demi-siècle. Mais je nie que la Rente ait eu son origine dans cette différence des terrains et que la Renie qui se paie aujourd'hui ne soit rien que la différence entre le produit de quantités égaies de capital employées sur des terrains de pouvoirs productifs dift'érents. Car Adam Smith a dit, et a dit avec vérité, que les hommes paient une rente pour des étangs poissonneux, pour des rivières^ pour la récolte du varech et pour des landes nues. Ou encore, ce qui revient au même, ils paient quelques monopoleurs pour obtenir la permission de pêcher dans des rivières, de récolter le varech sur la plage, ou de cultiver ce qui est, sans travail, un désert nu. Incontestablement, une Rente plus grande se paie pour un bon terrain que pour un mauvais terrain, mais ce que, maintenant, on appelle Rente est plus grand que la différence entre le produit des bons et des mauvais terrains d'une somme largement égale, peut-être, à cette moitié du produit que les anciens propriétaires fonciers de l'Europe arrachaient à leurs esclaves.

J'avais déjà eu l'attention attirée, avant votre communication, par ce qu'on rapporte des sables du

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