‹ Thomas HodgskinChapitre 32 sur 87 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

soit comme distincts de cette classe, soit comme des travaillem^s, sont le fondement de la différence qui existe entre les opinions d'Adam Smith et de Mr. Ricardo sur la question de savoir si la rente et les profits n'entrent pas dans le prix. Une autre source de cette différence semble consister dans Tabsence d'une distinction précise entre le prix naturel et le valeur échangeable. Le prix naturel est mesuré par la quantité de travail nécessaire pour produire un objet. Sa valeur échangeable, ce qu'un autre est disposé ou obligé à donner, pour cet objet une fois produit, peut être ou n'être pas égal à la quantité de travail employée à sa production. Mr. Ricardo a commis, je crois, une erreur en supposant ces deux choses égales. Elles ne le sont pas, ou bien le salaire du travail serait toujours égal au produit du travail. 11 faut, par exemple, une certaine portion de travail pour produire un quarter de blé. Ce quarter de blé, cependant, quand il est produit et possédé par un homme qui est en même temps propriétaire foncier et fermier, s'échange à présent contre une quantité prodigieusement plus grande qu'il n'en coûte de le produire. Il y a donc une grande différence entre le prix naturel réel et la valeur échangeable, et c'est en ne faisant pas attention à cela que Mr.Ricardo a été, je crois, entraîné à de graves erreurs relatives à la décroissance du profit dans un état progressif de la société.

J'ai déjà dit plus haut quelle était son opinion à ce sujet ; et vous verrez à quel point elle est dénuée de fondement si vous réfléchissez un instant au prix naturel réel du produit brut actuellement et à son prix naturel réel il y a un ou deux siècles, c'est à-dire à la quantité de travail aujourd'hui et autrefois néces-

saire ponr obtenir de la nature nn produit. Par des perfectionnements apportés à l'agriculture et aux machines, on ne saurait douter que moins de travail est requis pour produire des quantités égales de blé en Angleterre ou dans un pays quelconque, maintenant soumis à la culture, qu'il n'en fallait il y a deux ou trois siècles. Ce n*est pas seulement dans la mesure où les machines et Fingéniosité ont été directement appliquées à Tagriculture que le coût de production a été diminué, mais dans la mesure où ses appUcalions ont, de mille manières différentes, diminué le coût de production de tous ces instruments et de tous ces produits qui, ou bien aident la production, ou bien sont consommés par le travailleur pendant qu'il est employé à l'œuvre de production. C'est ainsi que les améliorations qui permettent aux hommes de fabriquer les charrues, les bas, les vêtements à meilleur marché, ou d'amener les denrées alimentaires à meilleur marché d'un pays étranger, permettent aux hommes engagés dans le travail de production de produire à moins de frais, parce que ce qu'ils consomment, pendant qu'ils produisent, coûte moins. Que tel est le vrai état de choses, c'est ce que prouve le fait que les travailleurs productifs entretiennent à présent une armée de travailleurs improductifs de toute espèce, alors que, dans les périodes primitives de la société, chaque homme était obligé de travailler pour avoir de quoi vivre. En d'autres termes, une quantité de capital aujourd'hui employée à l'œuvre de production est restituée après avoir subi une multiplication beaucoup plus forte qu'une quantité égale de capital il y a plusieurs siècles ; ou encore, là où le travail d'un sauvage produit à peine assez pour sa subsistance, le travail d'un paysan européen

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