CHAPITRE PREMIER
tomberaient s'il n'y avait ni prohibition, ni monopole d'aucune espèce, serait encore assurément bien supérieure à la simple différence qui existe entre le produit des pires et des meilleurs sols en culture. 11 a convenu à Mr. Ricardo d'établir que le prix natur^el du travail est ce qui évite au travailleur de mourir de faim (v. chap. V) ; que les profits du capital sont presque égaux dans tous les emplois, — ce qui est vrai — ; après quoi, il considère la rente comme la somme qui demeure, une fois les salaires du travailleur esclave et le profit du capitaliste payés. C'est là la rente moderne, mais elle est un peu supérieure à la différence du produit des terres bonnes et mauvaises. Je ne crois pas avoir jamais vu un livre plus vide de faits que celui de Mr. Ricardo, et qui, en même temps, ait exercé autant d'action. Il me semblera moi,quil repose tout entier sur des définitions arbitraires et des postulats étranges. Les deux premières phrases du livre (i) sont radicalement fausses. Les circonstances qui y sont décrites ont indubitablement une merveilleuse influence sur la quantité totale du produit, mais la manière dont le produit est distribué dépendra entièrement et exclusivement des règlements politiques. 11 n'y a pas de circonstances de soZ, de capital, ni d'ingéniosité, qui feront que la distribution de la richesse soil la même dans ceux des États-Unis d'Amérique où l'esclavage est inconnu, et dans notre empire de l'Inde. Sa définition de la valeur est fausse. Le travail est la mesure du prix, et, quoique la valeur
(i) Les deux premières phrases de la préface, visiblement, où il est traité de la distribution nécessaire entre les trois classes : propriétaires fonciers, capitalistes, travailleurs.
échangeable ne puisse jamais être moins qu'égale an paiement du travaillenr, elle pent être, et elle est supérieure à celle-ci à presque tons les degfrés conceva bles.Selon sapropre défini tion,lespowwirs indestructibles du sol, qui ne sont pas du travail, ont une valeur échangeable très considérable. Son explication de la manière dont le capital fixe tend à abaisser le prix de tous les objets où il entre, est ce que je tiens pour la meilleure et seule bonne partie de son livre (i). 11 ne peut nier que Timpôt relève le prix, et cependant, selon sa définition, il ne le doit pas, car, pas plus que la rente ou la dime, il n'augmente la quantité de travail nécessaire pour amener le produit brut au marché. Je puis avoir eu, en lisant son livre, des préjugés contre lui. Je crois en avoir eu. Mais j'ai beau tenir tout le compte qu'on voudra de mes préjugés, le livre me paraît toujours n'être fondé sur aucune espèce de faits, en contredire beaucoup et n'avoir pas beaucoup d'autre mérite que celui d'une déconcertante subtilité.
Vous n'êtes pas d'accord avec Mr. Ricardo sur la valeur, mais je n'entends pas exactement ce que vous entendez par l'usage du capital (2). J'aimerais être éclairé là-dessus. Les profits n'accroissent pas le travail nécessaire pour amener un objet au marché, mais ils en relèvent le prix pour le travailleur et la valeur échangeable pour toute personne qui n'est pas un capitaliste. Et l'on ne saurait douter que la quantité de capital existant dans la société et la manière dont il est distribué auront une influence
(i) PrincipleSj chap. I, sect. IV.
(2) Allusion à une lettre de Place, que nous ne possédons pas.