CHAPITRE DBUXiàMB
d'Église et d'État, et à tous ces termes généraux inventés par ceux qui tondent les autres hommes, afin de dissimuler la main qui les tond. C'est une sorte d'idole devant laquelle on invite les hommes à se prosterner, pendant que le prêtre rusé, derrière l'autel, profanant le Dieu qu'il prétend servir...., tend la main pour recevoir et s'approprier les offrandes qu'il réclame uu nom de la religion (i).
La destruction de cette idole, la critique de cette illusion verbale, deux fois entreprise, dans la a Défense du Travail » et dans F « Économie politique populaire », constitue la thèse fondamentale de la doctrine économique de Hodgskin.
Les économistes, depuis Adam Smith, distinguent le capital ûxe et le capital circulant : Mac- Gulloch, dans le Supplément de Y « Encyclopédie Britannique », vient d'en réviser la définition. Le capital circulant comprend « tous les aliments et autres objets applicables à la subsistance humaine »; le capital fixe comprend « tous les instruments, toutes les machines qui assistent ou peuvent assister la production ». Hodgskin accepte la double définition et prétend que le profit ne peut pas exprimer la productivité réelle de cette chose, qui serait le capital, fixe ou circulant.
Le travailleur, pendant qu'il travaille, avant
(I) Lab, de/.f pp. 16-17.
g6 THOMAS hodgskin
rachèvement du produit, a besoin de subsister. Faut-il donc qu'il existe, d'abord, un capital circulant, somme de provisions accumulées à l'avance, visibles et palpables, nécessaires à sa subsistance (i) ? C'est ainsi que les économistes sont portés à le considérer. Mais tout leur raisonnement se fonde sur ce postulat, inspiré par les analogies de la vie agricole, que « ce qui est annuellement produit est annuellement consommé » : alors, le produit de chaque récolte serait le capital sur lequel vivraient, pendant un an, les laboureurs, les semeurs, les moissonneurs de la récolte suivante, et ainsi de suite à l'infini. Or, tel n'est pas le cas. Beaucoup de cycles économiques sont plus rapides : si les cultivateurs achèvent en un an le produit de leur travail, ils vivent de pain au jour le jour ; et le boulanger ne cuit lepain qu'au jour le jour, escomptant pour être remboursé de ses avances quotidiennes, le produit annuel du travail du cultivateur. Inversement, il existe un grand nombre d'opérations économiques dont l'achèvement demande plus, et beaucoup plus, qu'une année : au travailleur qui se trouve engagé dans ces opérations, le producteur de blé et de vin avance le produit annuel de son travail, dans l'attente du jour où lui sera fait, en bloc, le paiement de
(i) Lah, def., p. 8 sqq. — Pop, Pol. Ec, p. 247 sqq.