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CHAPITRE DEUXIÈME

terre disponible est limitée absolument; comment, dans ces conditions, la misère serait-elle évitable? Voilà le fond du pessimisme malthusien ; mais on sait que Hodgskin tient pour une interprétation optimiste du principe de population.

A mesure que le monde devient vieux et que les hommes croissent et multiplient, il y a une tendance constante, naturelle et nécessaire^ à un accroissement de leur savoir et,par suite,de leur pouvoir productif (i).

La condition nécessaire et suffisante du progrès en richesse et en bonheur, c'est la division du travail : elle ne peut avoir, quoi qu*en disent certains économistes, d'effets immoraux ou dégradants. L'ouvrier des champs, le seul peut-être qui, à lui tout seul, achève un produit, est-il moins dégradé que l'ouvrier fabricant d'épingles ?

La dépendance que l'on dénonce et que Ton déplore, c'est la dépendance de la pauvreté et de l'esclavage, et non la dépendance mutuelle qu'occasionne la division du travail... Ce n'est pas une partie, mais la totalité de la misère attribuée par Storck et par d'autres à la division du travail, qui a pour cause des règlements vexatoires. Si je vois clcdr dans cette question compliquée, je dirais que la division du ti'avail est un admirable moyen pour chaque personne de connaître toutes choses ; tandis que, pour pouvoir subsister,

(i) Pop. Pol. Ec, p. 95; Cf. pp. iii5-iii6: cité par Karl Marx, KapitaL 1. I, 3* éd., p. 3i7 ; trad. fr., p. iô3.

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elle n'a besoin d'accomplir qu*nne petite partie de la production sociale (i).

Mais quelles sont les causes de la division du travail elle-même? C'est d'abord la science et rinvention des machines : or, la science progresse à mesure que la population s'accroît sur un espace donné, et que les échanges d'idées se multiplient, en conséquence, entre les individus. C'est ^ ensuite, l'étendue du marché : mais ce qui fait l'étendue du marché, c'est le nombre des individus qui demandent le produit, — c'est, en d'autres termes, dans une société naturelle, le nombre des travailleurs.

La marchandise produite par un travailleur... conbtitue, en réalité et en dernier ressort, le marché des marchandises que produisent les autres travailleurs; eux et les produits de leur travail jouent les uns par rapport aux autres le rôle de marché. Mais toulcb les marchandises, étant le produit du travail, doivent être abondantes dans la mesure où les travailleurs se multiplient^ ou encore dans la mesure où leur pouvoir productif augmente. L'étendue du marché signiiie, par conséquent, soit le nombre des travailleurs, soit leur pouvoir productif, et plutôt ceci que cela, car les besoins de chacun sont limités ; par suite, à moins d'un accroissement numérique de

(I) Vop, Pol. Ec, pp. i38-i39. — Le passage pessimiste emprunté par Karl Marx {Kap. 1, 3' éd., pp. 3iSh3ao; tra<i. l'r , p. i54,) au Labour Defended. p. a5, risque de tromper sur la véritable pensée de Hodgskin.

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