‹ Thomas HodgskinChapitre 61 sur 87 · CHAPITRE DBUXlÈBiE l3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE DBUXlÈBiE l3l

longue, les lois naturelles doivent triompher. Qu'est-ce que la loi prise en soi ? Un morceau de parchemin. Quelle en est Tefficacité, abstraction faite de Topinion publique, qui en assure Texécution ? La loi n* existe, n'est, en définitive, constituée que par la tolérance du public. Supprimez la loi, l'opinion suffît à garantir le respect des droits.

Faites un instant abstraction du statute-book, du législateur et du juge, et regardez la société : vous verrez que la plupart des droits, droits des hommes et des femmes, des voisins et des amis, des parents et des enfants, des simples connaissances et même de ceux qui vivent à l'état d'hoslilité, — car eux aussi ont des droits —, vous verrez, dis-je, que la plupart de nos droits domestiques et civils, les plus chers et les meilleurs, ne sont garantis par aucune loi et n'ont d'autre sûreté que le respect mutuel de l'homme pour l'homme et les sentiments moraux des individus (i).

Supposez, au contraire, que la loi, non supportée par l'opinion, est l'œuvre du pouvoir arbitraire d'un législateur ; elle est caduque.

Le législateur individuel achève bientôt sa carrière; son successeur a ses caprices propres et ne se soucie pas d'employer son pouvoir militaire à imposer l'exécution d'un caprice de son prédécesseur (2).

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Mais l'opinion, qui commande au législateur, obéit elle-même à des « circonstances physiques », à des lois de la nature. En fait,

lorsque nous voyons le grand nombre de lois restrictives de rindustrie et le grand nombre de lois faites pour lever le revenu du gouvernement, la rente du propriétaire foncier, la dîme du prêtre et le profit du capitaliste, nous sommes plus étonnés de voir que l'industrie a survécu aux charges immenses qu'on lui impose, que nous ne le sommes de voir quelques voleurs choisissant de vivre ouvertement par le pillage, au risque d'être punis par les lois, plutôt que de mener une vie de travail rémunéré. Que les hommes travaillent encore, voilà qui contredit merveilleusement Ja vile assertion des législateurs, — je dis vile, parce qu'elle est faite à une fin vile — , suivant laquelle les hommes ont une aversion naturelle pour le travail (i).

Si nous voulons donc écrire l'histoire des sociétés, n'écrivons pas l'histoire des lois positives : car le progrès de la société s'est accompli selon une loi naturelle, malgré les gouvernements ; mais faisons porter nos recherches sur « quelques-unes des grandes altérations sociales, dont elles sont les copies imparfaites (o) ». Malgré la loi, la propriété foncière s'est subdivisée, les revenus du clergé, les revenus du

(a) P. ii5.

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