‹ Thomas HodgskinChapitre 73 sur 87 · CHAPITRE TROISIÂMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÂMB

ropinion consent à Tappropriation individuelle du sol, c'est qu'elle croit y voir un bien social. Enfin

donner le sol au public et faire payer l'usage de la terre à ceux qui la cultivent, ce serait soustraire en fait aux cultivateurs une partie du produit de leur travail, — car c'est une erreur de supposer que le sol produit quelque chose, — et la conférer à d'autres hommes, ou, ce qui revient au même, au public. Ce serait une violation de la propriété et, pour Tinduslrie, une terrible entrave. La persistance de certains préjuprés inspirés par le landlordisme, peut expliquer l'erreur où l'écrivain tombe sur ce point. 11 accepte, croyons-nous, sans s'en rendre compte, la notion que la rente actuellement payée pour la jouissance du sol est la représentation et l'équivalent du capital engagé dans le sol par les générations successives et de la conquête injuste dont les possesseurs originels furent auteurs. Mais le sol de l'Angleterre n'a pas cessé d'être tout entier acheté et racheté. Le sol. nous le répétons, pas plus que l'Océan ou l'atmosphère, ne produit rien pour la satisfaction des besoins humains. En général, il doit être défriché avant de pouvoir être exploité. Ce qu'on appelle, habituellement, le produit du sol, c'est le produit du travail appliqué au sol; et prélever le produit du travail individuel appliqué au sol. ou une partie de ce produit, pour en faire présent au public, c'est violer le droit à la propriété du travail ou de ses produits.

Or, vingt ans plus tôt, Hodgskin n'aurait pas taxé de « préjugé » l'opinion suivant laquelle la rente exprimerait un ancien droit légal, le droit

Itk) THOMAS HODGSKIN

de la force et de la conquête. Mais une phrase, écrite à la légère, n'empêche pas que le développement, pris dans son ensemble, soit conforme aux principes de la philosophie économique de Hodgskin : si vraiment le travail seul, à l'exclusion des qualités naturelles du sol, est la cause réelle et la mesure de la valeur, l'État, pas plus que le propriétaire, ne saurait prélever une partie du produit du travail du cultivateur. Hodgskin ne se sépare pas des simples radicaux, de Cobden ou de Bright, lorsqu'il se borne à préconiser la suppression, en matière de propriété foncière, d'une législation surannée, et la libération du sol, dont une multitude de lois entravent l'achat et la vente; lorsqu'il applaudit à VEncumbered Estâtes Act irlandais (i), et demande, dans un siècle de libre-échange universel, l'établissement d'un libre-échange foncier (2). Mais il reste fidèle à ses principes lorsqu'il borne les obligations du législateur à cette tâche négative : car il a été démontré, et par Hodgskin lui-même,

que les portions selon lesquelles la terre doit être réparlie entre les individus... n'est rien que l'Etat puisse fixer à Tavance, parce que cela dépend à chaque instant du chiffre de la population pour un espace donnée ainsi que du savoir et de l'habileté des

(i) Our chief crime: cause and cure, 1867; pp. ii-i3 (2) i3 déc. i856, p. 1371.

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hommes . état de choses dont l'État , comme tout groupement d'hommes, doit rester ignorant, tant qu'il n'existe pas effectivement (i).

Restent les bénéfices du capitalisme : ne semble- t-il pas que Hodgskin, en vieillissant, leur soit devenu très indulgent? En i8i5, il s'était fondé, dans sa critique du capital, sur la loi, énoncée par Ricardo, de la variation inverse des profits et des salaires : c'est maintenant un des reproches qu'il adresse à Ricardo,

de mettre en opposition le salaire du travailleur et le profit du capitaliste, et de regarder celui-ci comme un prélèvement fait sur l'autre . Ce sont là des erreurs funestes. Nous savons parfaitement bien aujourd'hui. . . que les capitalistes et les travailleurs peuvent, les uns et les autres, obtenir davantage et être mieux pourvus, par le progrès du pouvoir productif (a).

En 1825, il comptait sur les coalitions ouvrières pour protéger les intérêts des salariés contre les exigences des capitalistes ; maintenant, il condamne en bloc

l'intervention entre le capital et le travail des communistes, des socialistes et des ouvriers coalisés (toutes ces interventions sont mauvaises) ... Le principe qui commande d'observer les lois naturelles, et

(i) ao janvier 1849, pp. 72-73.

(S) a8 novemhre 1846. p. i658.

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de ne pas intervenir dans leur opération, s'adresse autant aux gouvernements qu'aux communistes, aux socialistes et aux ouvriers coalisés. En fait, la première intervention est la mère des autres (i).

Mais si ces expressions trahissent une évolution de sa pensée, ne trahissent-elles pas, plus encore, Tinfirmité radicale de sa doctrine ? La justice et la nature veulent, nous dit Hodgskin, que chaque individu reçoive le produit intégral de son travail. Mais chaque individu sera t-il tenu de consommer tout ce produit ? ou bien d'exploiter lui-même le capital fixe que son travail aura produit en sus de la quantité de produit nécessaire à sa consommation ? ou bien enfin sera-t-il libre d'avancer ce capital à d'autres travailleurs (Hodgskin semble admettre la légitimité de ces avances), et, dans ce dernier cas, faut-il admettre qu'un régime de parfaite liberté suffise, à la longue, pour assurer à chacun des deux contractants, le producteur et l'exploitant du capital, la part de salaire qui lui est due ? Mais le producteur du premier capital fixe n'est pas immortel : lui disparu, à qui revient le bénéfice de ses épargnes et de ses inventions ? A l'État ? La philosophie de Hodgskin lui interdit d'envisager cette hypothèse. Aux exploitants de son capital et de ses procédés ? Il faut donc que l'État

(I) 26 avril 1854, pp. 458-459.

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