CHAPITRE TROISIÈBfB I7I
Le nombre des crimes a baissé chaque fois — vers 1825, vers 1843 — que Tapplication de la politique libre-échangiste a produit, en dépit de la phrase célèbre de Gladstone sur les dangers de la concentration des capitaux, une distribution plus égale des fortunes (i). Il peut même être arrivé, dans ces années de baisse de la criminalité, que le nombre des crimes de violence soit resté stationnaire : mais cela n'infirme pas la thèse de Hodgskin ; car
on n'attendait pas que le libre-échangisme amoin- , drirait la colère, la honte, la jalousie, la vengeance ou toute autre émotion de ce genre ; il ne faisait concurrence à aucone loi criminelle ; mais il visait à diminuer la misère, et avec elle les tentations de violer le droit de propriété : en conséquence, le nombre des délits contre la propriété a diminué (a).
A ces augmentations de la richesse publique, dues à l'émancipation de Tindustrie nationale, a correspondu, d'ailleurs, une augmentation de population,
preuve à Tappui de ce principe important, que le principe moral se développe dans la mesure où l'espèce se multiplie... Ce principe est fécond en brillantes espérances pour l'avenir, puisqu'il nous conduit
(i) i5 mars i856, pp. 280-2281; 222 mars i856, pp. 3o6-3o8; 14 juin i856, pp. 645-646; a6 juillet i856, pp. 8i3-8i4. (2) 14 mai i8ô3, p. 53^.
à croire que l'âge d'or de nos ancêtres était un simple idéal prophétique, qu'il appartiendra à nos descendants de réaliser (i).
Bref, pour supprimer le crime, il est nécessaire et suffisant de supprimer la misère; et, pour supprimer la misère, il suffît de la laisser s'éliminer spontanément, après abrogation des lois qui prétendent protéger le commerce et l'industrie : par où se trouvent implicitement condamnés tous les procédés législatifs sur lesquels on compte pour devancer cette élimination graduelle et nécessaire du crime. Car toutes les raisons qui valent contre l'efficacité des lois économiques valent, a fortiori, contre l'efficacité de toutes les lois.
Dans presque tous les ordres de règlements commerciaux — la loi sur les céréales, par exemple, tout le tarif douanier, la loi fameuse de iB44> un des fruits les plus récents des délibérations paisibles du Parlement sous la direction du plus sûr de tous les hommes d'État du siècle —, le Parlement a échoué. Pourtant ces lois concernent toutes des objets matériels et mesurables, aliments, or, monnaie, vêtements, nombre d'habitants, etc ; elles étaient toutes des lois modernes, faites à une époque où les sujets auxquels elles se rapportaient devaient être l'objet d'investigations nombreuses et étaient supposés parfaitement connus. Si donc les plus sages commettent de telles
(i) ao juillet i85o, pp. ;86-787.