‹ Thomas HodgskinChapitre 79 sur 87 · CHAPITRE TROISIÂMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÂMB

méprises alors qu'il s'agit de choses mesur«ibles, n'esl-on pas en droit de supposer que des lois et des règlements mis en vigueur il y a longtemps, alors que Ton ne pouvait se figurer, même en rêve, les conditions sociales d'aujourd'hui, ne sont pas les meilleurs moyens pour développer, dans le présent et l'avenir, la moralité et le bien-être publics (i) ?

Hodgskin reprend donc, une fois de plus, sa critique de la notion de loi. Les lois sont toujours coûteuses dans leur application ; elles produisent de la pauvreté, et la pauvreté est la cause du crime (2). Elles sont immobiles dans une société qui se transforme à chaque instant. Elles sont rigides et elles s'appliquent à une matière infiniment variée (3). Surtout elles entretiennent dans les esprits, par leur existence même, la confusion entre ce que la nature interdit et ce que la loi condamne, entre Fimmoral et Tillégal, entre le droit naturel et le droit positif.

Les notions que nous avons du crime et de la

peine sont en train d'acculer à d'extraordinaires

contradictions ceux qui mènent la société, ceux qui aspirent à en diriger l'action globale, action distincte des actions isolées des individus, qui sont la cause de toute sa richesse. On commence par postuler que le crime, c'est ce qui est défendu ; et, sans s'inquiéter

(i) T^ novembre i865, pp. i36o-ia6i.

(a) 7 juin 1866, pp. 616-617.

(3) 3o mars i85o, pp. 339-34o.

beaucoup de savoir ce qui est défendu ou quelles espèces particulières d'actions sont défendues, on conclut instinctivement que les actions qui blessent ceux qui agissent au nom de la société globale sont des crimes ; et, par suite, au lieu de veiller seulement à ce que les défenses de la nature soient respectées, un nombre immense d'actions — par exemple yendre ou boire un verre de bière à une heure déterminée, lorsqu'un homme* a chaud ou soif — sont classées comme crimes et punies (i).

, Par où s'explique rimmoralité manifeste des î gens de loi : ayant pour métier de défendre la • loi parce qu'elle est ancienne, parce qu elle est loi, leur sens moral retarde toujours sur celui du reste des hommes, et en particulier des commerçants, qui créent, progressivement et insensiblement, la morale spontanée de la société Naturelle (2). Ceux qui font la loi, ce sont les riches.

Notre jurisprudence pénale, dans la mesure où elle concerne la propriété, est une espèce de législation de classe (3).

Ceux qui l'ont créée, ce sont ceux qui, avant l'apparition de la richesse mobilière, détenaient

(i) 3o septembre. i854, pp. io65-io66. Cf. 27 mars 1862, pp. 337-338

(2) 23 juin i855 : pp. 671-673 Cf. i5 septembre et 3 novembre l855, pp. 101 1, I:204-I205.

(3) 6 septembre i856, p. 982.

GHAPltRB TROISIÈME I^Ô

le pouvoir : les propriétaires du sol, maîtres d'esclaves.

Sur ce point comme sur tous les autres, les hommes ont commencé d'agir avant d'avoir acquis, ou pu acquérir, la connaissance des cons(^quences de leurs actions. Dans tous les États de l'antiquité et du moyen-âge, l'esclavage régnait en Europe, et c'est dans cet état social que les principes de notre législation pénale furent adoptés ; c'est à lui qu'ils furent adaptés. A l'origine, les lois furent naturellement et nécessairement l'expression de la volonté arrogante des maîtres. . . Alors. . . la simple force brutale— la vigueur d'un Hercule ou d'un Samson — était de toutes Jes qualit es la plus admirée et la plus honorée. . . Il était alors naturel que rhorarae considérât cette qualité dominatrice comme le moyen d'obtenir le succès en toutes choses, et, s'il visait à atteindre une fin morale, c'était encore par les mêmes moyens physiques. La force brute fut incorporée à des lois, et, dans le monde moral comme dans le monde physique, on attendit d'heureux effets de l'emploi de la violence. . . En dépit de la longue expérience contraire que nous offre, en particulier, le spectacle de la vie domestiqua, en dépit de l'expérience des écoles et des universités, de la marine, des armées et des universités, expérience qui, à tous les degrés, tendait à nous convaincre que, de tous les moyens à employer pour atteindre un but moral, la violence était le pire, nous continuons à vénérer, dans le principe de la violence, le fondement de notre code actuel; et nous demandons la sécurité, la vertu» la réforme des mœurs, aux violences que le code prescrit sous forme de peines : emprisonnements, déportations, pendaisons.

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