CHAPITRE TROISIÈBIB
coûtent à TÉtat la déportation et les prisons constitue une demande perpétuelle de criminels : d'où une offre correspondante. La prison est « ce qui nourrit le crime (i) ».
Mais la philanthropie moderne a imaginé, pour lutter contre la criminalité, des remèdes purement préventifs, des établissements pour la « réforme » des jeunes détenus, un système général d'éducation du peuple par TÉtat. Malheureusement, les reformatories n'atteignent pas leur l>ut. On veut mettre les enfants en état de gagner, plus tard, honnêtement leur vie ; et on leur impose, en attendant, une existence d'esclaves, radicalement différente de leur existence future d'hommes libres (a). S'il s'agit d'élever paternellement les enfants, mieux valait s'adresser aux parents.
— Mais ces parents élevaient mal leurs enfants.
— C'est trop souvent parce qu'ils étaient misérables : voici qu'on les appauvrit encore, en demandant à la nation de subvenir, par l'impôt, à l'entretien des reformatories (3). Quanta l'enseignement du peuple par l'État, on sait déjà que Hodgskin s'est déclaré hostile à ce procédé gouvernemental de moralisation des masses, coûteux
(I) 10 mai i856 : pp. 5o3-5o4; cf. a6 avril i856, a5 sept. i856, p. Î178.
(3) 39 déc. i855, pp. 14^7-14^8.
(3) 6 sept. i856, pp. 981-2.
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et nuisible comme les autres. Si les statistiques pro\ivent, dans une certaine mesure, qu'il existe un rapport inverse entre le nombre des criminels et le développement de Téducation, c'est qu'il s'agit de l'éducation privée. Mais le progrès de l'éducation privée, le fait que, spontanément, les parents sont disposés à donner plus d'argent pour l'éducation de leurs enfants, implique un accroissement général de la richesse et de la prévoyance populaires : et voilà la véritable cause de la diminution du nombre des crimes (i).
Nous observons, depuis les origines de rhistoire, un progrès graduel du savoir, qui, se développant naturellement et nécessairement à mesure que la population augmente, amène avec soi la civilisation. Nous espérons, certainement, qu'à la fin, et à une date peu éloignée, ce progrès enseignera aux hommes à se passer de policiers, de soldats et de geôliers. Ce genre de progrès, nous le voyons partout, et peut-être toujours. L'éducation, qui enrégimente consciencieusement les hommes dans la stricte adhésion aux connaissances antérieurement acquises, qui les dresse à accepter les vues et servir les fins des éducateurs, nous en avons le spectacle au Paraguay. L'éducation, alors, est tout entière ténèbres et destruction; — le progrès du savoir est tout entier lumière et vie. Mais ces deux chosesr différentes et opposées, lorsqu'elles se rapprochent l'une de l'autre et que l'éducation est employée à répandre une petite
(i) la avril j856, pp. 393-394.