‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 10 sur 52 · CHAPITRE PRBIIIBR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRBIIIBR

Le propriétaire foncier et le capitaliste ne produisent rien. Le capital est le produit du tr;ivail, et le profit ii*est rien qu'une portion «le ce produit, impitoyablement extorquée contre la permission accordée au travailleur de consommer une partie de ce "que laimême a produit. Quand cela lui est accordé à titre d*aumône, s*il n'est pas opprimé, il est toul an moins insulté. Ceux qui s'imaginent être bienfaisants, parce qu'ils concèdent au travciilleur une bribe de ce qu'ils lui ont extorqué, se paient d'un ca/it hypocrite, qui, même s'il est consacré par les lois, même s'il s'accorde avec les habitudes de la société., n'a jamais été surpassé par le eant des religions les plus absurdes. Par votre travail, vous mangerez votre pain ; voilà le langage de la sagesse divine, et celui qui ne gagne pas ce qu'il consomme par sa propre industrie,mangc un pain dont la nature a l'ait la propriété d'un autre. Les pauvres sont la terreur des riches et le fléau de la société. Mais ceux qui vivent dans l'abondance n'ont guère le droit de se plaindre quand leur repos est troublé ; car c'est eux qui infligent la pauvreté à leurs semblables et, en mùnie temps, leur enseignent à désirer la richesse. Les maux de la société ne sauraient trouver de remèdes dans des lois du Parlement. On paraît généralement supposer, parce que les riches font les lois, que les pauvres ont seulement besoin d être réprimés et réformés. C'est une erreur. C'est la classe gouvernante de la société qui a besoin d'une réforme et qui mérite le plus de blâme pour les maux sociaux existants (i).

L'erreur allemande réside, en dernière analy se ,

(I) TraveU, vol. U, pp. 97-98.

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dans une fausse conception de Féconomie politique, entendue comme « la connaissance des moyens de développer la prospérité du peuple, au moyen du gouvernement » (i), alors qu^en réalité elle consiste dans la connaissance des lois naturelles, conformément auxquelles se réalise, sans- intervention gouvernementale, 1 intérêt général (12), La conséquence de cette méprise, c'est que Ion rejette sur la nature la responsabilité des crimes dont les gouvernements et les lois sont les véritables auteurs. Au lieu d'expliquer le crime et la misère par un état «artiiiciel» de la société, où une « aristocratie de richesse » exerce une influence peut-être aussi pernicieuse que celle de Fancienne « aristoci^atie de naissance » (3), où « celui qui produit tout ne reçoit presque rien, tandis que ceux qui ne produisent rien abondent en superiluitésx>, où « Tindustrie estresclave de la paresse et, par son association constante avec les idées de pauvreté et de mépris, est devenue plus détestée, plus abhorrée que le crime » (4), on aime mieux faire retomber tout le mal sur I mdustrie et le commerce. Cependant,

(1) Travels, vol. I, 4i4'

(2) Vol. I, p. 467.

(3) Vol. II, p. m.

(4) Vol. 1, p. 3o2.

CHAPITRB PREMIER

le fait d'employer des espèces différentes de travail à la satisfaction de besoins différents ne peut jamais produire la pauvreté et la détresse. Et, dans l'intérêt de i'humanitéy si Ton veut que nulle espèce d'industrie ne soit injustement discréditée, il faut livrer à la censure les règlements sodaux qui nous ont infligé tant de pauvreté et de détresse. Toutes les espèces diverses de travail productif doivent être bienfaisantes, mais la manière dont le produit du travail est distribué dans la société est distincte du travail lui-même et résulte des règlements sociaux. C'est pour avoir confondu ces deux choses, et avec la préoccupation sincère du bien-être national, que j'ai entendu plusieurs hommes intelligents, au Hanovre, exprimer le vœu de ne pas voir leur patrie devenir commerçante (i).

Mais, si la distribution actuelle de la propriété est à la fois (au tond, pour Hodgskin, les deux choses se ramènent à une seule) injuste et artificielle; si elle est due à llntervention législative « d'un petit nombre d'individus séparés et distincts, agissant, en tant que gouvernement, au nom de la société entière » (a), c'est une illusion de considérer le mouvement général de l'Europe vers l'émancipation industrielle et commerciale comme autre chose qu'une révolte irrésistible des lois de la nature contre les lois de l'homme.

(1) Travela, vol. II, pp. iiz«ii9.

[2) Vol. I. p. a^.

THOMAS HODOSKIN

Ceux-là seuls, dans la société actuelle, ont raison

de s en alarmer,

qui mettent tout leur bonheur à voir leurs besoins satisfaits par des esclaves impayés et tremblants. A leur point de vue, la moralité consiste dans l'acceptation paisible de la misère si elle est infligée conformément à la loi, et toute tentative faite par les hommes pour échapper à cette misère légitimement infligée est flétrie comme immorale (i).

Gèux-là seuls peuvent espérer entraver le mouvement qui croient à raction des causes accidentelles dans rhistoire.

Les mœurs d'une nation ne peu vent être changées subitement ou détruites par un événement isolé. . • Jamais événement miraculeux ne s'est produit ni ne peut se produire dans les démarches d*une nation

tout entière. . . Les lois morales de la nature sont aussi régulières et inaltérables que ses lois physiques. Le pouvoir qui gouverne le monde n'est pas un tyran sanguinaire qui fait ses délices, par des orages subits et inattendus, de ruiner les plus belles espérances de l'humanité. Des lois régulières sont établies dans le monde moral, et nous avons la faculté de les découvrir et de régler sur elles notre conduite assez bien pour pouvoir diminuer ou détruire le mai sous toutes ses formes (a).

Pendant que paraissent les <( Voyages dans le Nord de T Allemagne », Hodgsldn travaille à

(i) Travels, vol. II, pp. 40i-46a.

(a) Vol. U, p. 465.

CHAPtTRB PRBBOBR 36

organiser son existence dans la grande ville intellectuelle, fière de ses grands hommes, de son Université, de ses Revues critiques, oà, depuis un an, il s'est fixé. Il est en relations avec Constable, Téditeur de la « Revue d*Édimboui^ » ; avec Napier, le directeur du u Supplément de rEucyclopédie Britannique » ; avec MacCulloch, le rédacteur en chef du Scotsman, 11 cherche à gagner sa vie par des articles de Revue : sa connaissance de la langue et de la civilisation allemandes ne doit-elle pas Taider à trouver des occasions ? Sa femme, en même temps, apprend l'anglais et cherche à donner des leçons d'allemand. Il continue cependant — et jamais son travail ne fut plus fécond — ses recherches per^ sonnelles. Le point de départ de ses reflexions, c est le radicalisme utilitaire. Depuis le moment où il a été conseillé et protégé par Francis Place, ses relations avec le groupe des amis de Bentham ont été étroites et constantes ; et, en fait , snr tous les points où les Benthamites défendent la cause du libéralisme, le radicalisme de Hodgskinne diffère pas du leur. Il se félicite du progrès que fait, en Angleterre, l'idée du libre-échange. Il écrit à la suite d'une discussion à la Chambre des Lords sur le commerce extérieur :

La confession, faite des deux côtés, que notre législation a jusqu'ici été mauvaise et que, si les

THOMAS HODGftKDf

lois devenaient permanentes, les hommes conformeraient à elles leur conduite, m'a paru importante. Le premier aveu est un aveu d insuffisance, et le second prouve que les hommes s'accommoderaient môme des lois de la Nature si lord Liverpool voulait nons permettre de les snivre : rien n'offre plu» de constance qu'elles n'en ont, et rien qui ressemble à une loi n'est plus changeant que les règlements des deux Chambres (i).

Il applaudit à la campagne libre - échangiste que mène MacGulloch dans la a Revue d^Édimbourg » (a), <( Cela ue fait pas de doute x), éciit-il à Place»

l'abolition de toutes les restrictions , quelles qu'elles soient, est le grand but à atteindre. Ce qu'il nous faut, c'est une législature destructive, dont la grande alfaire soit d'en Unir avec les lois promulguées par les précédentes (3).

Entre MacGulloch, qu'il voit constamment, et Francis Place, avec lequel il est en correspondance, il sert d'intermédiaire, lorsqne Mac- Gulloch, d'accord avec les radicaux de Westminster, commence à faire campagne en faveur de

(i) Uodgskin à Place, 3o mai iSjo, BriU Mua., add. mss. 33.153, f. j59, verso.

(a) Hodgskin à Place, avril i8ao, Brit, Mus, add. mss. 33.163, f. i3j verso.

(3) Hodgskin à Place, 27 août 1819, Brit, Mas, add, mss. 33.163, f. 98 verso.

CUAPlïlŒ PUËMIER

l'abolition de la loi sur les coalitions (x). Avec les radicaux, il s'indigne contre la réaction régnante, proteste conti*e le massacre de Manchester, étonné seulement de voir que Toppo-

sitioii libérale se prt3occupe surtout de chei*clier si le massacre n'a pas été contraire aux lois»

L^horrible violation des lois à Manchester semble n'avoir servi que de cri de guerre et de mot d'ordre

pour les défendre. Quelque uiisère qu'elle ail produite, e'esl notre misérable Conslilulion que l'on enjoint maintenant de déi'endre et de soutenir. 1* raucheuient» ces bôtises me font mal au cœur. Je voudrais connaître une loiy une seule loi, qui vaille qu'un honaôle homme se donne du mal pour la défendre. Ce n'est pas la loi du Parlement, ni la loi des juges, ni les lois relatives au libre-échange, ou à la liberté de parler et d'écrire ; moi, Je n'en connais pas une qui vaille la peine d'être soutenue, mais tout le monde semble croire qu'il vaut mieux être sabré par des hussards ou enfermé dans des Bastilles selon les règles que d*avoir confiance en ses semblables. Ils semblent croire qu'il vaut mieux être tondu selon les règles que de courir le plus léger risque de vivre selon la raison (2).

Dans un article qu'il porte au Scotsman^ en janvier 1820, et que le Scotsiuan refuse , Hodgskia

(i) Hodgskin à Place, !«' septembre 1S19, BriU Mus* add. mss. 33.i53, t ^.

(a) Hodgskin à Placera sept. 18199 BriL Mas. add. mss.

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