‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 9 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

part, en effet, il iaut rétribuer les fonctionnaires chargés de veiller à l'exécution des lois ; et cette rélributioa dérange I harmonic naturelle des intérêts. Pour prévenir le crime, on institue une police ; on prélève' la rémunération des policiers sur le produit du travail national ; la police coûte d'autant plus cher que la profession est impopulaire et que le nombre des agents est accru. « Le travailleur est réduit à la pauvreté ; i, inégalité de sa condition est encore augmentée ; d*où un nombre de crimes plus grand que n'en peut supprimer la poUce la mieux organisée (1)». D'antre part , passer de la constatation d'une loi de la nature à la promulgation d une peine contre celui qui Tenfreint, c'est entretenir, dans r intelligence des administrés , uue confusion funeste d'idées.

Les auteurs des lois sur les corporations ont erré, comme errent presque tous les faiseurs de lois, pour n'avoir pas distingué deux choses, qui sont en ellesmêmes essentiellement distinctes. Ce sont une liffne de conduite que l'on désire voir suivre, et une loi pour imposer cette ligne de conduite. C'est une chose de dire qu'un homme doit accomplir un certain acte; c'en est une autre de faire une loi pour lui imposer de raecompliTy et de le punir sH néglige de Taccomplir. [n est, par exemple, désirable que l'on ne fabrique pas de fausse monnaie.] Mais ce sont deux

(z) TraveU, vol. p. 333.

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choses parfaitement distinctes de faire une loi pour interdire aux hommes de fabriquer de faux billets de banque et de les condamner à être pendus 8*ils sont pris sur le fait. Le résultat de cette manière de procéder, c'est d'encourager une ligne de conduite directement contraire à celle qu'on désire. L'expérience l'a prouvé ; et, lorsqu on dit aux hommes qu'ils ne doivent pas accomplir une certaine action sous peine d'ôtre pendus, on les persuade immédiatement qu*il y aurapour eux grand avantage à Faocomplir, pourvu qu'ils évitent d*étre sorpris (i) .

Les gouvernemeuts allemands protègent les lettres et les sciences : ils ont tort. Sans doute le régime des universités allemandes est préférable à celui des universités anglaises, pour toujours soumises à des lois plusieurs fois séculaires, « gothiques y> : les universités allemandes obéissent à rimpulsion capricieuse du souverain et de son ministre, qui, du moins, appartiennent à leur siècle et peuvent avoir, par accident, le goût des i lumières (a). Mais, en principe, tout enseignei ment d'État est conservateur et routinier (3). 11 coûte cher, en outre, et contredit les leçons de Féconomie politique. Dans la mesure où les \ sciences et les arts sont utiles, ils sont Tobjet d'une ; demande et trouvent, sur le marché, la rémuné-

(I) TravelSy vol. II, p. 179.

V2) Vol. II, pp. 266-267.

(3} Vol. 11, p. a58.

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ration qui leur est due ; et le fait même que bien

des savants, bien des artistes, ue ti^ouvent pas l'emploi de leurs talent8,prouye,non qu'ils doivent être secourus, mais que l'oUVe, en ces uialières, a été forcée au-delà de ce qu'exigeait la demande (i).

Les gouvernements allemands protègent l'industrie, règlent la distribution de la propriété foncière. Mais les pépinières d'État, les salines d*État, que Hodgskin a visitées, lui ont paru médiocrement prospères. Les lois du Hanovre sur la propriété foncière ont eu, Hodgskin le reconnaît, quelques bons eflets : elles ont empêché l'émiettement, empêché aussi une concentration excessive des propriétés. Mais ces maux euxmêmes, contre lesquels certaines lois peuvent avoir utilement réagi, proviennent, en dernière analyse, selon Hodgskin, d'autres lois : car les lois, œuvre des riches, ont pour fonction essentielle de protéger la richesse. « Ne subvenir aux besoins d'aucun homme etlaisserà chaque homme le produit de son propre travail, voilà quelle serait la meilleure loi agraire » (2) ; et Hodgskin, non sans quelque apparence de paradoxe, oppose à l'exemple de l'Allemagne celui de l'Angleterre, où, à l'en croire «la propriété i'uncière est restée entièrement libre », où « le possesseur est resté

(l) TraçelSf vol. II, p. 378.

(a) Vol. U, pp. 86-8;.

THOMAS HODOSRnr

libre de disposer de son bien comme il a jugé à propos », où, par suite, « Tintérêt personnel a effectué un grand bien général, sans restriction ni prescription législative » (i).

Les gouvemements allemands ont voulu 'prévenir la misère par des règlements d'assistance publique : c'est toujours la même volonté absurde de substituer les prescriptions de la loi à celles de la nature. Hodgskin, qui déjà se détacbe de Malthus, continue à penser, en ceci, comme Malthus. On ne peut se marier entre pauvres, au Hanovre, qu'avec la permission du magistrat. On en conclut que tout mariage autorisé par le magistrat est légitime et sacré. En réalité, la misère qui en résultera, voilà la seule raison naturelle pour laquelle il ne devrait pas être conclu ; et « le magistrat, par la substitution de son autorisation à la raison naturelle, empêche les parties contractantes de connaître cette importante vérité » (a). Les classes gouvernantes, qui sont aussi les classes rîches,ont la vanité de croire qu'il est en leur pouvoir, par des lois, de soulager la misère ; mais la loi, œuvre des riches, est, par essence, la cause de la misère; comment pourrait-elle, sinon par accident, diminuer la misère ?

(i) Travcls, vol. II, p. 96, (âj Vol. 11. pp. 94^100.

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