‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 27 sur 52 · CHAPITRE DiEUXlÈMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE DiEUXlÈMB

lOI

même taux, malgré la diflKrence des fonctions ^*elle9 remplissent, 1 industrie productive d'une nation variant, selon la quantité du capital

circulaut et la qualité du capital ILxe ?

Dire qu'il y a dans les salaires et dans les instruments un même pouvoir produciit, parce que le capitaliste obtient un proUt sur les uns et les autres, c*est, à mon sens, une sottise extraordinaire. Intentionnelle» elle mériterait notre réprobation la plus sévère, car sou elfet est de justilier l'approprialion par le capiialiste de cette grande part qui lui éclioit actuelieiuent sur le produit annuel. Elle assigne purement et simplement à sa propriété^ soit qu'il remploie à payer des salaires» soit qu'elle consiste en instruments utiles» tout ce vaste secours que prêtent au travail le savoir et l'adresse, réalisés sous iorme de machines (i).

A sa propriété, c'est-à-dire au privilège qui lui est accordé, par les lois de la société à laquelle il appai*tieiit, de prélever mie portion du produit du travail. De ce qu^il y a sépai*ation du profit et du salaire, de ce que les profits, ainsi prélevés, constituent euiin, par leur accumulation, un capital» comment conclure, sans absurdité» que le capital joue un rôle dans la production de la richesse ? La théorie de la distribution actuelle des richesses» considérée par les Ricardiens comme naturelle» a besoin d'être révisée.

» (I) Pop. Pol, Ec, pp. 249-250; cf. Lab, de/, pp. ly-ao.

THOMAS HODG8KIM

Le prétenda salaire naturel des Ricardiens,

Hodgskin le déiiuit^ comme en iS^o, la quantité de produits nécessaire à Tentretien d*un esclave. La nature, pour donner à I homme un objet donné , exige de lui une certaine quantité de travail : prix réel, ou naturel, de Tobjet. Le capitaliste, pour abandonner le même objet au travailleur, exige de lui, en sus de la quantité exigée par la nature » une quantité de travail encore plus grande.

|Les travailleurs reçoivent seulement, et de tout temps ont seulement reçu, ce qui est nécessaire à leur subsistance; les propriétaires fonciers reçoivent le surproduit (mrplas prodaee) des terres les plus fertiles, et tout le reste du produit total du travail, dans ce pays-ci comme dans les autres, va au capitaliste sous le nom de proiit pour l'emploi de son capital (i).

Les exigences du capitalisme faussent les lois

naturelles de la production, font du salaire une quantité fixe» quelle que soit la productivité du travail, et font, par suite, du profit une quantité indéfiniment croissante» puisque les Ricardiens ont raison de dire que le profit et le salaire varient eu raison inverse l'un de l'autre. Actuellement le travailleur achète six pence la miche de pain que la nature lui donnerait contre un

(I) Lab. De/., p. 6,

CHAPITIIB DEUXIÈtlB lo3

penny. Institues le libre-échange, il y anra hausse

des protits, et voilà tout.

Qu'il y ait ou dou des lois sur les blés, il faut que le capitaliste permette aux travailleurs de subsister, et» tant que ses exigences seront tenues pour légitimes et respectées, il ne leur en accordera pas davantage. Bref, le travailleur donnera toujours à peu près la même quantité de travail au capitaliste pour une miche de pain, que cette miche soit le produit d'une heure ou d'un jour de travail. Lorsqu'on sait la vaste intluence que les capitalistes exercent dans la société, on n'est pas surpris des anathèmes qui ont dernièrement été lancés contre les lois sur les blés, ni du silence qui a été observé sur leurs propres extorsions, plus iortcs et, pour le travailleur^ plus funestes (i).

Il ne faut pas parler d'une loi naturelle de la baisse des profits. 11 n'y a pas de profit naturel : comment y aurait-il une loi naturelle des profits ? Ce qui est vx*ai, c'est que les ciûgeaces des capitalistes sont indéfinies : on sait le calcul dePrice évaluant la somme fantastique que devrait rapporter, au bout de dix-huit siècles, un penny placé à 5 o/o le jour de la naissance du Christ. Ces prétentions, étant démesui'ées, doivent nécessairement être tenues en échec par la nature : car il faut bien, enfin, que les capitalistes laissent vivre les travailleurs dont ils vivent. Cette limite

(I) Lab, def.f p. aa.

THOMAS HQDOSKIN

imposée par la nature à raocnmnlatioii des profits, c'est ce que les capitalistes appellent la baisse des proûts.

Il ne faut, en tout cas, imputer ni la misère

des ouvriers, ni la prétendue baisse des profits, à Tenrichissement progressif et fatal des propriétaires du sol. Les capitalistes mystifient le public lorsqu ils essaient de donner le change sur la situation respective des pi opriétaires fonciers et d'eux-mêmes. Les capitalistes sont les plus forts : après avoir prélevé sur les travailleurs tout ce qui, du produit de leur travail, n'est pas nécessaire à leur subsistance, ils égalisent entre eux les profits par l'abandon qu'ils font, aux propriétaires du sol, des dift'érences de profit dues aux différences de fertilité du sol. Hodgskin revient donc à la définition de la rente proposée par Kicardo : ce qui n implique pas nécessairement une révolution de sa pensée, subie depuis i8ao. 11 admettrait encore, comme en 1820, que le propriétaii*e foncier, lors de la première appropriation du sol, prélevait tout le surproduit à titre de rente : mais, dans la suite, avec le progrès de la richesse mobilièi'e, tout ce qui, du produit du travail, ne va pas au travailleur, tend à devenir profit, sauf ce résidu dill'érentiel, ce reste des dépouilles, qui constitue excellemment la définition actuelle du lei'mage. Entre le propriétaire

G0APITRB DEUXIÈME Io5

foncier et le capitaliste^ il s est produit un renyersement des positions,non aperça par réconomie pulili(|ue de lUcai'do. A présent, coiume l'écrira Hodgskin quelques années plus taini,

louie la richease de la société va d*abord aux mains

du capitaliste, et mOine la plus grande partie du soi a été achetée par lui ; il paie au propriétaire Ibucier sa rente, au travailleur son salaire, au percepteur de rimpôtet de la dlme ce qu'il réclame, et conserve pour lui-même une grande part, la plus grande en vérité, et continuellement augmentante, du produit annuel du travail. On peut dire aujourd'hui du capitaliste qu'il est le premier possesseur de toute la richesse de la collectivité (i).

Les capitalistes mystifient encore le public lorsqu'ils entretiennent une contusion entre le profit du capital et le salaire dû au travail de direction de i'industiie. Ce salaire lui-même, s'il est justifié» si les ouvriers manuels ont trop souvent le tort d'en méconnaître la légitimité, les capitalistes» de leur côté, Testiment à plus haut prix qu'il ne convient : car, d'une part, le travail mental et le travail manuel sont également nécessaires à la production, et, d'autre part, le travail manuel implique lui-même un élément mental 9 dont l'importance augmente avec le

(I) iXat. and, arl, r. of Prop., p. yO. Cité par Marx, Kapitai, I, 3' éd., y. 715 ; trad. fr., p. 336.

ûiyitizea by ^OOglc

THOBfAS HODG9KUI

progrès de l'industrie. U y a là comme un double

préjugé, qui se dissipera par le progrès naturel des lumières ; c'est un préjugé qui

rend et rendra longtemps difficile, même aux tra« vailleurSy de répartir avec Justice la récompense sociale, le salaire, de chaque travailleur individuel. Nul homme d*État ne peut venir à bout de cela, et les travailleurs ne doivent permellre à aucun homme d'État d'y intervenir. Le travail est à eux, le produit du travail doit être à eux, et eux seuls doivent décider combien chacun mérite de recevoir sur ce qui a été produit par tous (i). ^

Ce qu'il faut, c*est qpie, par les institutions

dVnseignement populaire, les ouvriers travaillent sans cesse à intellectualiser le travail ; qu'ils s'attachent à diminuer, comme il convient dans le siècle des machines, la distance qui sépare le travail physique du travail mental ; et puis que, groupés en Trade-Unions, ils réussissent à faire baisser les profits du patron jusqu^au point où ils représenteront le juste salaire de son travail de surveillant et de directeur.

Les capitalistes, en résumé, mystifient le public lorsque, dans la misère, effet de Tappropriation des profits, ils veulent faille voir Topération normale des lois de la nature. Le nombre des hommes croit sans limite; la quantité de

(I) Lab. dej., p. 96.

CHAPITKE DEUXIÈME IQ7

terre disponible est limitée absolmnent; comment, dans ces conditions, la misère serait-elle évitabie ? Voilà le i'oud du pessimisme malthusien ; mais on sait qne Hodgskin tient pour une interprétation optimiste duprincipe de population.

A mesure que le monde devient vieux et que les hommes croissent et multiplient, il y a une tendance constante, naturelle et nécessaire, à un accroissement de leur savoir et,par suite^de leur pouvoir productif ( i ) .

La condition nécessaire et suilisante du progrès en richesse et en bonheur^ c*est la division du travail : elle ne peut avoir, quoi qu'en disent certains économistes, d'eil'ets immoraux ou dégradants. Uonvrier des champs, le seul peut-être qui^ à lui tout seul, achève un produit, est-il moins dégradé que Touvrier fabricant d'épingles ?

La dépendance que l'on dénonce et que l'on déplore, c'est la dépendance de la pauvreté et de l'esclavage, et

non la dépendance mutuelle qu'occasionne la division du travail... Ce n'est pas une partie, mais la totalité de la misère attribuée par biorck et par d'autres à lu division du travail, qui a pour cause des règlements vexatoires. Si je vois clair dans cette question compliquée, je dirais que la division du travail' est un admirable moyen pour chaque personne de connaître toutes choses ; tandis que, pour pouvoir subsister,

(i) Pop. Pol. Ec, p. 95; Cf. pp. 125-12O: cité par Karl Marx, KapitaL 1. 1, 3* éd., p. 317 ; irad. Ir., p. i&3.

TBOMAS aoDOMcnr

elle n'a besoin d'accomplir qu'une petite partie de la producUon sociale (i)«

Mais quelles sont les causes de la division du travaii eUe-même? C'est d'abord la science et rinvention des machines : or, la science progresse à mesure que la population s'accroît sur un espace donné, et que les échanges d'idées se multiplient, en conséquence, entre les individus. C'est, ensuite, Tétendue du marché : mais ce qui fait retendue du marché, c'est le nombre des individus qui demandent le produit, — c'est, en d'autres termes, dans une société naturelle, le nombre des travailleurs.

La marchandise produite par un travailleur... constitue, en réalité et en dernier ressort, le marché des mardiandises que produisent les autres travailleurs; eux et les produits de leur travail Jouent les uns par rapport aux autres le rôle de marché. Mais toulcîï les maixhan dises, étant le produit du travail, doivent être abondantes dans la mesure où les tra> vailleurs se muliipheut^ ou encore dans la mesure où leur pouvoir productii' augmente. L'étendue du marché signiile, par conséquent, soit le nombre des travailleurs, soit leur pouvoir productif^ et plutôt ceci que cela, car les besoins de chacun sont limités ; . par suite, à moins d'un accroissement numérique de

(I) l'op. Fol. Ec, pp. i38-i39. — Le passage pessimiste emprunté pai- Karl Marx {Kap. 1, 3* éd., pp. 3i9-32o; trad. l'r . p. 154,) au Labour Defended. x). 220, risque de tromper sur ia véritable pensée de Hodgskin.

Page 1