‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 36 sur 52 · CHAPITRE TROiSIÀMB l · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROiSIÀMB l

de ïllUistrated London Nem; il collabore» pendant longtemps, avec Thomas Hansard, à la publication des comptes-rendus parlementaires. Malgré ce que ces tâches ont d'absorbant, il prend part, en qualité de conférencier populaire, à Fagitation « charti&te » pour rétablissement du suffrage universel. Mais sans doute les violences des ch artistes, comme aussi leurs appels à Tintervention de TÉtaten matière de législation sociale, le dégoûtent du radicalisme révolutionnaire et socialiste et le rallient, avec tant d'autres, au parti de Cobden et à l'agitation libre-échangiste. C'est le moment où nous le voyons, en 1846, entrer à YJBeonomist, nouvellement fondé par Wilson :

de nouveau, sinon par le livre, du moins par des articles médités, il va pouvoir faire œuvre de théoricien et de philosophe social.

Chargé d* analyser les ouvrages nouveaux de science sociale et d'économie politique, il continue à affirmer que l'économie politique, avec ses démonstrations rigoureuses et ses conclusions optimistes, mérite seule, parmi les prétendues sciences de Thomnie, le nom de science,

tout le reste n*étant que tradition, tâtonnement,

pétition de principe, caprice, usurpation, opportunisme ; il n 'y a de science en politique que Téconomie politique (i).

(i) 7 avril i865, pp. 390371.

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Politique, o» plutôt sociale : la première épithète l'ait contre-sens lorsqu'il s'agit de désigne une science qui précisément postule la nonintervention des hommes politiques dans les phénomènes sociaux (i). « Qu'il n'existe ni ne peut exister une science de la politique », c'est le thème développé par Hodgskin dans l'étude qu'il consacre, en i85a (a), au traité de Gomewall Lewis a sur les méthodes de raisonnement et d'obserration en politique ». La politique est une routine, qui change sans cesse, mais dont on ne peut dire qu'elle lasse des progrès parallèles au progrès de la société, dont on peut raconter r histoire, mais dont on ne peut faire la théorie.

Le gouvernement est manifestement analogue à tous les arts que les hommes commencent instinctivement et empiriquement, à ces arts qui conduisent plus tard aux sciences de ragricnltur^ delà navigation, de la métallurgie, etc. Mais les sciences en question concernent piulôt les propriétés des tti i ams et les lois de la vie végclale, la conformation de la terre et les mouvements des corps célestes sur lesquels se guident les vaisseaux^ les propriétés des métaux, du feu et des fluides ; ce ne sont pas des sdences de toutes les pratiques grossières que l'on peut avoir appliquées à mettre le sol en culture, à employer la voile ou la rame pour se déplacer, à fondre ou forger

(1) lit décembre pp. iGai-aa.

(2) !àj novemhre isôa, pp. làu^-'jj.

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les métaux. Si Ton fait abstraction des procédés employés de tout temps par les hommes dans la pratique de ces arts, procédés dont il n'y a pas de science qui se distingue de leur histoire, il y a, dans tous les arts qui donnent naissance à la science, une matière distincte de l'homme loi-même. Ën politique, il y a seulement Thomme, ses arts et ses procédés ; autant de sujets qui, si on les considère exclusivement comme distincts de la science de la nature humaine» ne peuvent devenir la matière d'une science séparée. U y a une science de la production et de la distribution des richesses; mais c'est une science qui, comme les sciences de la navigation et de l'agriculture, concerne des objets matériels distincts de l'homme. Cette science a beau être liée, par des rapports étroits, aux arts, aux mobiles, à l existence de l'homme; elle n'est pas exclusivement bornée, cependant, à ces arts, aux procédés pratiques qu'il emploie, ou à son existence; elle a une matière; visible et tangible en laquelle le travail s'incorpore, et qui devient la richesse, distincte de l'homme lui-même.

En outre, et surtout, peut-on, sans se contredire, allii'iner à lu lois que la science politique

implique la notion de nationalité et que le progrès du genre humain tend à effacer les nationalités? r\ politique perdrait donc son objet propre, au fur et à mesure des progrès que ferait la civilisation.

La politique repose tout entière, comme dil Mr. Lewis, sur la nationalité. Son essence, c'est que chaque peuple souverain ait un gouvernement à lui. . . . Or, le progrès de la société, sinon le progrès politique^ a consisté, depuis le commencement de

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l'histoire, à étendre continuellement les limites de la nationalité, — à incorj)orer les tribus dans les communautés, les communautés dans les nations, jusqu'au moment où une seule nation en a absorbé plusieurs, h y a, donc eu annihilation graduelle, naturelle, et nécessaire» de cette circonstance spéciale, de ce principe, sur lequel toute politique est fondée* . . . 11 est possible, quoique la chose soit douteuse, que la nature humaine ait été dillércntc à des époques difl'ér en tes ; mais la base de la politique est é vanouissanle. 11 n'y a de science que du permanent ; puisque la nationalité n'est pas permanente. il ne peut y avoir de science politique. — 11 peut être vrai, comme dît Mr. Lewis, que la science de Téconomie politique se rapporte aux relations des hommes qui vivent en société politique cl ne puisse se rapporter qu*à eux si les hommes, depuis les débuts de Thistoire, ont toujours vécu en société politique. Mais il peut, en même temps, être vrai que les principes de la science de la production de la richesse soient absolument contraires, comme nous savons qu'ils le sont en bien des cas, aux pratiques de lu science politique, et, loin de lui être subordonnés, soient peut-être destinés à l'abolir.

L'historien ne devra donc pas expliquer le progrès social par les interventions, accidentelles

et incohérentes, des législateurs et des sages. Seule, la « présomption des classes lettrées » attribue à riniluence des penseurs et des philosophes le progrès de l'Europe moderne (i).

(I) ai octobre 184S, pp. iigo-oi.

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C'est sans le secours direct d'une science quelconque, nienlale ou autre, que, depuis le temps de Locke, Vesprit ou la société a échappé à une multitude de préjugés et s'est développé en tous sens. Avec le temps et par le temps, VetprU s'agrandit ou se développe. Les découvertes scientifiques et les arts qui sont fondés sur elles ne sont Tœuvre ni du hasard ni des desseins de l'homme ; elles sont un déveloj)pement régulier et progressif que nulle direction imprimée par l'entendement humain ne pouvait produire, — quelle que puisse être l'eâicacité des attentions prises à cet égard pour rendre les individus bons, instruits et sages (i).

Hodgskin ne veut pas que TÉtat, par un

système d'instruction gouvernementale, assume la tâche de diriger ou d'accélérer le progrès ; il mène campagne, en iS^'j et 1848, contre l'Education Bill y qui soutient Macaulay (s), oppose à Macaulay les principes de sa propre philosophie de Thistoire. Macaulay n'a-t-il pas nié que les grandes révolutions d'Angleterre puissent avoir été produites «par une réglementation législative ou par remploi de la force physique » ? Macaulay a eu tort seulement de considérer les causes générales, en histoire, comme des causes d*ordre moral et religieux : si l'Angleterre s'est plus vite civilisée et émancipéeque les nations du continent,

(i) 16 septembre i854, p. loai.

{2) ao mars 1847, pp. 323-324; 24 avril 1847. pp. 46^^-464 i I» mai iâ47, pp. 49^64; 3o décembre 1848, pp. 147 1 3.

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c'est simplement parce que la population, enfermée dans les limites d*une lie, y est devenue de bonne heure plus dense que dans le reste de l'Europe. Bref, parmi les facteurs de Thistoire, celui dont l'action est prédominante» ce n'est ni le facteur politique ou juridique, ni le facteur normal ou religieux, c'est le facteur économique; la philosophie de l'histoire, chez Hodgskin, ce qu'il appelle « l'histoire de la civilisation », ou « l'histoire naturelle de l'homme considéré comme un animal progressif », constitue» au sens propre du mot, un matérialisme historique, excellemment déûni par Hodgskin lorsqu'il félicite Thiers d'avoir bien observé

que le fait de la propriété existait à Tortue de la société, avant que Tidée de propriété fût formée. En d'autres termes, le fait que la propriété est un droit

précéda l'opinion qu'clh? devait être garantie et conservée. Ou peut donc aflirmer que des translorniations de fait, subies par la propriété, devront, à toutes les époques futures» précéder toutes les opinions politiques et toutes les transformations qui s'y trouvent liées. Cette hypothèse concorde avec ce fait général que touies les connaissances de rhomme, politiques et autres, et, en dernière analyse, toutes les opinions de l'homme sont corrigées par les faits du monde matériel et, par suite, se modèlent sur eux. L'esprit» à son plus haut degré de perfection, est une exacte réflexion de la nature extérieure. Par conséquent, à la longue, la nature extérieure, dont l'homme doit savoir respecter les lois pour vivre.

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