THOMAS H0D08K1N
de la force et de la conquête. Mais une phrase, écrite à la légère, empêche pas qae le développement, pris dans son ensemble, soit conforme aux principes de la philosophie économique de Hodgskin : si vraiment le travail seul, à l'exclusion des qualités naturelles du sol, est la cause réelle et la mesure de la valeur, TÉtat, pas plus que le propriétaire, ne saurait prélever une partie du produit du travail du cultivateur, Hodgskin ne se sépare pas des simples radicaux, de Gobden ou de Bright, lorsqu'il se borne à préconiser la suppression, en matière de propriété foncière, d'une législation surannée, 'et la libération du sol, dont une multitude de lois entravent Tachât et la vente; lorsqu'il applaudit à ïEn* cumbered Estâtes Act irlandais (i), et demande, dans un siècle de libre-échange universel, rétablissement d'un libre-échange foncier (a). Mais il reste fidèle à ses principes lorsqu'il borne les obligations du législateur à cette tâche négative : car il a été démontré, et par Hodgskin lui-même,
que les portions selon lesquelles la terre doit être
répai Lie entre les individus... n'est rien que l'Etat puisse fixer à Tavîmce, parce que cela dépend à chaque instant du chiiTre de la population pour un espace donnée ainsi que du savoir et de Thahileté des
(I) Oor ehief crime: cause and cnre, iB&^; pp. xi-i3 (a) i3 déc. i856, p. iS^i.
GBAPrm TROlSlàMB l6l
hommes . état de choses dont l'État , comme tout
groupement d'hommes, doit rester ignorant, tant qu'il n'existe pas effectivement (i).
Restent les bénéfices du capitalisme : ne semble-t-ilpasqne Hodg^kin, en vieillissant, lear soit devenu très indulgent? En i8i5, il s'était fondé, dans sa critiqae du capital, snr la loi^ énoncée par Ricardo, de la variation inverse des profits et des salaires : c*est maintenant un des reproches qu'il adresse à Ricardo,
de mettre en opposition le salaire du travailleur
et le profit du capitaliste, et de regarder celui-ci comme un prélèvement fait sur l'autre. Ce sont là des erreurs funestes. Nous savons parfaitement bien aujourd'hui. . . que les capitalistes et les travailleurs peuvent, les uns et les antres, obtenir davantage et être mieux pourvus, par le progrès du pouvoir productif (a).
En 1826, il comptait sur les coalitions ouvrières pour protéger les intérêts des salariés contre les exigences des capitalistes; maintenant, il condamne en bloc
l'intervention entre le capital et le travail des communistes, des socialistes et des ouvriers coalisés (toutes ces interventions sont mauvaises). . . Le principe qui commande d'observer les lois naturelles, et
II) ao janvier 1849, pp. 72-73.
(3j a8 novembre 1846. p. i558.
THOMAS HODOSKOr
de ne pas intervenir dans lenr opération, s'adresse autant aux ^ouverneinenls qu'aux communîsles, aux socialistes et aux ouvriers coalisés. En tail, la première intervention est la mère des autres (i).
Mais si ces expressions trahissent une évolution de sa pensée, ne trahissent-elles pas, plus encore, Tinfirmité radicale de sa doctrine ? La justice et la nature veulent, nous dit Uodgskin, que chaque individu reçoive le produit intégral de son travail. Mais chaque individu sera t-il tenu de consommer tout ce produit ? ou bien d'exploiter lui-même le capital fixe que son travail aura produit en sus de la quantité de produit nécessaire à sa consommation? ou bien enlin sera-t-il libre d'avancer ce capital à d^autres travailleurs (Hodgskin semble admettre la légitimité de ces avances), et, dans ce dernier cas, faut-il admettre qu un régime de parfaite liberté suffise, à la longue, pour assurer à chacun des deux contractants, le producteur et l'exploitant du capital, la part de salaire qui lui est due ? Mais le producteur du premier capital fixe n*est pas immortel : lui disparu, à qui revient le bénéfice de ses épargnes et de ses inventions? A TÉtat? La philosophie de Hodgskin lid interdit d'envisager cette hypothèse. Aux exploitants de son capital et de ses procédés ? Il faut donc que FÉtat *
(I) a6 avrU i8{»4, pp. 458-469.
CUAPITHB THOISlàMB
interyienne pour limiter la liberté que pourrait revendiquer le producteur de transmettre sa
richesse par donation, héritage et testament. Ou bien, si cela n'est pas admis, il faut admettre la légitimité de cette transmission et, du même coup, de raccuniulation capitaliste. Uodgskiu, qui ne veut pas de nouvelles lois contra Tusure* se borne à espérer que
le progrès graduel de la société, par où le capital
et le travail semblent de plus (;n plus se réunir dans les mêmes mains, est peul-être la solulion la plus appropriée, la plus juste, la plus aisée,de la difficulté.
Il compte sur la multiplication des sociétés par actions, sur Tassociation des patrons et des ouvriers, et se rapproche singulièrement, par là, des simples radicaux (i). C'est que, depuis i832, les socialistes anglais sont devenus, ou bien des révolutionnaires qui croient préparer le règne de la justice par une révolution subite et violente et non par une évolution graduelle, ou bien des interventionnistes, réclamant, avec Tappui de certains tories^ de nouvelles lois, de nouveaux règlements, pour les protéger contre les patrons. Le public s'est remis à considérer avec laveur
la fausse notion qu'un ou deux grands esprits — un Louis Blanc, un Lamartine, un lord Ashley — peuvent modeler la société, et que la société ne peut
(I) 17 mars 1849» PP* ^ 4-