CHAPITRE TROIUÀMB
Gomplèlemeiit du paupérisme, une succession de mesures libre-échangistes, ou de mesures propres à écarter les obstacles que l'ignorance et la présomption ont, jusqu'ici, dressés sur la route de ilndépendance individuelle et du progrès social (x).
En i855, Hodgskin cesse de donner à ïEconomisi des études critiques : ses vues d'économie politique théorique,trop excentriques encore, ontelies fini par indisposer Wilson, le directeur de la Revue ? Mais il n'y pas encore brouille entre Wilson et Hodgskin, qui, de novembre i855 à avril 1857, poursuit, dans une série d'articles de fond, une campagne, depuis longtemps commencée, pour la l'éi'orme du droit pénal. Cest toujours, aux yeux de Hodgskin, le problème capital ; sur ce point, sa pensée n'a jamais été troublée par la moindre incertitude. — On est frappé de la multiplicité des crimes ; on est porté à croire que le nombre eu augmente ; les réactionnaires, naturellement timides, rendent responsable de cet accroissement présumé de criminalité la nouvelle civilisation industrielle et commerciale. On dénonce la spéculation» mais
sans spéculation nous n'aurions ni chemins de
fer, ni docks, ni grandes conipa<^nies. . Quelques-uns des individus les plus utiles, les plus grands, les plus riches d'aujourd'hui — les Stephensou, les Peto»
(I) 18 février p. 170
THOMAS HODGBKIN
les Brassey, les Baring, les Thoruton, les Rothsdiiid — sont des spéculateurs (i).
On dénonce le désir de la richesse ; mais,
ce désir bien analysé, on trouve qu'il se ramène, ou peu s'en faut, au désir du respect mutuel. En dehors de cela, la richesse se ramène à la nourriture, au vêtement et an chauffage. Le désir honnête de ht richesse consiste à recevoir des services et des honneurs en échange de services et d'honnenrs rendus. 11 est une partie intégrante et nécessaire delà société; sans lui, les hommes ne pourraient vivre en communauté (a).
On dénonce le conuuerce, mais
nous sommes tous des commerçants... et... le commerce ne consiste qu'en services mutuels par marché réciproque (3).
On dénonce la concurrence ; mais
elle est le principe d'excellence et donne à chaque homme sa juste récompense (4).
On dénonce la civilisation elle-même,
mais les traits caractéristiques des sauvages, de ceux qu'on découvre de nos jours, de ceux que l'antiquité connaissait sont un parfait égoisme, l'absence dniuniaiiiié el plusdcruse que d^honnêtelé (5).
(I) mars i8.56, p. qoS.
(a) Oar chivf criine^ i^ô7, p. 2.
(3) Oar chief crinie^ 1867, p. 2, i" mars i856, p.iiaS. (4t Oar chief crime, 1867, p. 3.
(5; Ibid.
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GHAPITRB TROmÈMB
On s en prend à la grande industrie, aux grandes Tilles : lord Grey voit, dans Taugmentation de la criminalité, « la conséquence naturelle d'une densité croissante de population et de richesse ». Mais
que la population croisse en densité, c'est la con< séquence naturelle et nécessaire des plus puissants
instincts de noire espè(!e ; qu'elle se soit jusqu'ici accrue, c'est un l'ait cerlain; qu'elle soit destinée à s'accroître par la suite, cela semble aussi certain qu'il est certain que le soleil continuera à se lever; que tons les hommes s'efforcent de devenir riches, cela est également certain; si, par conséquent, comme lord Grey l'a établi et comme l'opinion publique l'admet, de l'accroissement de la population et de la richesse découle un accroissement de la criminalité, il est déraisonnable d'espérer qu'un système quelconque de lois pénales ou de maisons de correction peut arrêter le flot (i).
Après tant de déclamations confuses, la philosophie du droit pénal reste à constituer.
Hodgskin s'essaie à cette tâche; ou, plus exactement, il vérifie ses préjugés, depuis longtemps ûxés en ces matières, par des recherches statistiques approfondies. Dès le début de sa collaboration à V Economiste il s'est chargé des articles de statistique morale sur le nombre des mariages et des naissances, sur le nombre
(i) ij janvier iSô6, pp. 3i-3fl.
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des pauvres assistés, sur le nombre des erinies commis et des condamnations prononcées. Il connaît les difiicnltés de ces recherches. Les phénomènes sociaux sont complexes et les causes continuent à se prolonger dans leurs effets longteuips après avoir cessé d'exister. On ne doit pas juger du nombre des crimes par le nombre des condamnations : il pourrait arriver qu'une nation très criminelle lût, en raison de son insensibilité morale elle - même, très peu sévère dans la répression du crime (i). Les statistiques officielles sont, en outre, mai faites, et dépourvues de caractère scientifique. Uodgskin croit cependant pouvoir établir, par l'analyse approlondie et prolongée de ces statistiques, que la criminalité a pour cause la mauvaise distribution de la richesse, la misère; que la misère elle-même a pour cause la violation des lois naturelles par la législation humaine; que i on ne saurait donc compter sur la législation pénale poui* combattre la criminalité, effet indirect de la législation économique et, qui plus est, eilet direct de la législation pénale.
La criminalité, dit-on, a augmenté. Mais les statistiques criminelles, mieux faites, mettraient en lumière le fait que tous les délits n ont pas subi l'augmentation dont on se plaint. Le nombre des crimes conti^e la personne est l'esté statiou-
(1) aa septembre i849» pp« 106S-1061.