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THOMAS UODGSKUl
à croire que i'àge d'or de nos ancêtres était un simple idéal propliétique, qu'il appartiendra à nos descendants de réaliser (i).
Bref, pour supprimer le crime, il est nécessaire et suliisant de supprimer la misère ; et, pour supprimer la misère, il suffit de la laisser s'éliminer spontanément, après abrogation des lois qui prétendent protéger le commerce et l'industrie : par où se trouvent implicitement condamnés tous les procédés légisiatiTs sur lesquels on compte pour devancer cette élimination graduelle et nécessaire du crime. Car toutes les raisons qui valent contre Teilicacité des lois économiques valent, a fortiori, contre Tefficacité de toutes les lois.
Dans presque tous les ordres de règleinenls commerciaux ~ la loi sur les céréales, par exemple, tout le tarif douanier» la loi fameuse de iâ44* fruits les plus récents des délibérations paisibles du Parlement sous la direction du plus sûr de tons les hommes d'État du siècle —, le Parlement a échoué. Pourtant ces lois concernent toutes des objets matériels et mesurables, aliments, or, monnaie, vêtements, nombre d'habitants, etc ; elles étaient toutes des lois modernes, faites à une époque où les sujets auxquels elles se rapportaient devaient être l'objet d'investigations nombreuses et étaient supposés parfaitement connus. Si donc les plus sages commettent de telles
(I) ao juillet i8ôo, pp. ^^7^0.
Oigitizeci by
CHAPITaS TROISlàMB
méprises alors qa*il s*agit de choses mesurables, n'est-on pas en droit de supposer que des lois et des
règlements mis en vigueur il y a longlemps. alors que l'on ne pouvait se ligurer, même en rôve, les conditions sociales d'aujourd'hui, ne sont pas les meilleiirs moyens pour développer, dans le présent et l'avenir, la moralité et le bien-être poblics (i) ?
Hodgskin reprend donc, une fois de plus, sa
critique de la notion de loi. Les lois sont toujoui*s coûteuses dans leur application ; elles produisent de la pauvreté, et la pauvreté est la eause du crime (a). Elles sont immobiles dans une société qui se transforme à chaque instant. Elles sont rigides et elles s'appliquent à une matière intiniment variée (3). Surtout elles entretiennent dans les esprits, par leur existence même, la coulusion entre ce que la nature interdit et ce que la loi condamne, entre Fimmoral et l'illégal, entre le droit naturel et le droit positif.
Les notions que nous avons du crime et de la
peine sont en train d'acculer à d'extraordinaires
contradictions ceux qui mènent la société, ceux qui aspirent à en diriger l'action globale, action distincte des aetions isolées des individus, qui sont la cause de toute sa richesse. On commence par postuler que le crioie, c'est ce qui est détendu ; et, sans s'inquiéter
(i) novembre i855, pp. i96o-i96f.
ia] 7 Juin iS66, pp. 61M19.
(3) 3o mars 1860, pp. 339-34a
THOMAS HODOSKOr
beaucoup de savoir ce qui est défendu ou quelles
espèces particulières d'actions sont défendues, on conclut instinctivement que les actions qui blessent ceux qui agissent au nom de la société globale sont des crimes; et, par suite, au lieu de veiller seulement à ce que les défenses de la nature soient respectées, un nombre immense d'actions — par exemple yendre ou boire un verre de bière à une heure déterminée, lorsqu'un homme a chaud ou soit' — sont classées comme crimes et punies (i).
. Par où s'explique l'immoralité manifeste des I gens de loi : ayant pour métier de défendre la
' loi parce qu'elle est ancienne, parce qu elle est . loi, leur sens moral retarde toujours sur celui du reste des hommes, et en particulier des commerçants, qui créent, progressivement et insen- .siblement, la morale spontanée de la société naturelle (2). Ceux qui font la loi, ce sont les riches.
Notre jurisprudence pénale, dans la mesure où elle concerne la propriété, est une espèce de législation de classe (3).
Ceux qui l'ont créée, ce sont ceux qui, avant rappai*ition de la richesse mobilière^ détenaient
(i) 3o septembre. i8ft4» pp* io65-tofi6. Cf. 37 mars i859, pp. 337^
fa) sS juin i855 : pp. 671-673 Cf. i5 septembre et 3 novembre iS56, pp. lozi, iaîo4-xso5.
(3) 6 septembre i856, p. 989.
GHAPltRB TROlSlàMB 1^5
le pouvoir : les propriétaires du sol, mailres d'esclaves.
Sur ce point comme sur tous les autres, les hommes ont commencé d'agir avant d'avoir acquis, ou pu acquérir, la connaissance des conséquences de leurs actions. Dans tous les Étais de Tantiquité et du
nioyen-âg-c, resclavage r(''gnail en Euro[)e, et c'est dans cet état social que les principes de notre législation pénale furent adoptés; c'est à lui qu'ils lurent adaptés. A Torigine, les lois furent naturellement et nécessairement Texpression de la volonté arrogante des maîtres. . . Alors. . . la simple force brutale— la vigueur d'un Hercule ou d'un Saïuson — était de toutes les qualii és lu [)lus a<lmirée et la plus honorée . . 11 était alors naturel que l'homme considérât cette qualité dominatrice comme le moyen d'obtenir le succès en toutes choses, et, s'il visait à atteindre une fin morale, c'était encore par les mêmes moyens physiques. La force brute fut incorporée à des lois, et, dans le inonde moral coiiiine dans le monde physique, on attendit d'heureux eilets de l'emploi de la violence. . . En dépit de la longue expérience contraire que nous offre, en particulier, le spectacle de la vie domestiqué, en dépit de l'expérience des écoles et des universités, de la marine, des armées et des universités, expérience qui, à tous les degrés, tendait à nous convaincre que, de tous les moyens à employer pour atteindre un but moral, la violence étail le pire, nous continuons à vénérer, dans le principe de la violence, le tondemcnt de notre code actuel; et nous demandons la sécurité, la vertu, la réforme des mœurs, aux violences que le code prescrit sous forme de peines : emprisonnements, déportations, pendaisons.
THOMAS BOOOS&Uf
fusillades. • . Le principe de la violence» l'espoir de
réaliser un progrès moral par l'emploi de la force physique, était à la base <ie toutes les perséculions religieuses, aujourd'hui si justement stigmatisées. Le même principe est encore la base de toute notre législation pénale (i).
Mais, après le triomphe du principe de la
tolérance en matière religieuse, il est naturel et nécessaire que la ruine du principe de la violence soit un jour consommée par la disparition de toute espèce de législation pénale.
En détail, Hodgskin démonti*e la vanité des diverses pénalités imaginées pour prévenir le crime. Si la peine de mort a une efficacité, ce n*est pas celle que cherchait le législateur en l'instituant. Reprenant une théorie déjà formulée par lui*méme, autrefois, dans son « Voyage en Allemagne », Hodgskin distingue deux éléments dans la loi : d'une part, la déclaration solennelle de ce que la nature interdit, ou est supposée interdire, et, d'autre part, la menace d'une peine infligée par les agents du gouvernement, menace destinée à intimider ceux qui éprouvent une tentation réelle de commettre lacté interdit. Avertir que telle action déterminée constitue un crime capital, c'est avejtir tous les citoyens, tous ceux qui considèrent d'ailleurs leur déca-
(i) 219 décembre i855, p. 1428; 17 novembre i855,p. is6i.