‹ Thomas Hodgskin 17871869Chapitre 45 sur 52 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

pitation comme infiniment invraisemblable et iuintaine, c[ue l'acle en question est tenu^ par la société à laquelle il appartient, pour particulièrement détestable ; c'est inspirer, à l'égard de cet acte, une aversion exceptionnelle ; c'est détruire; chez quiconque craint la réprobation de ses semblables, la tentation de le commettre. Mais^ pour les criminels professionnels, pour ceux qui sont tentés de commettre le crime, qui sont sm* le point de le commettre, la crainte de la mort, que le législateur avait précisément le dessein d'inspirer, n exerce qu'une influence insignifiante : la menace du châtiment n'est qu'un risque ajouté à tant d'auti'es, un charme de plus dans une vie de dangers et d'aventures. L'action éducative de la peine capitale est réelle, mais ce n*est pas dans la mesure où son action consiste non pas à supprimer le coupable ou à lui faire craindre sa suppression, c'est dans la mesure où elle le frappe d'infamie ou, mieux encore, Tavertit qu il est frappé d'infamie par ses semblables (i).

Avec la mort toute peine terrestre, tout chftiiment

prend fin. Il faut pcriuettre au pécheur de vivre pour qu'il souHre et serve de leyon aux autres (2),

La peine de mort n'est-elle pas, d'ailleurs,

(I) a mai 1867, pp. 475-476.

(aM7 mai 1866, pp. 53i-633; cf. 3i mai x856, pp. 587-58S.

IjS THOMAS HODGBKIM

déjà virtuellement abolie (i) ? Les jurys| ne Commencent-ils pas à éprouver des scrupules religieux lorsqu'ils se voient obligés par la loi d'en

demander rapplication ?

Ce n'est pas à nous, ni à aucun homme, de préférer ce que notre imagination peut conjecturer de Tavenir aux prescriptions simples de la moralité. Nous devons tous essayer de bien agir, et puis nous fier, pour l'événement, à celui des mains de qui dépendent tons les événements de cette vie.... Le jury de Devizer et le public en général chérissent la croyance à l'immortalité, à des peines et des récompenses après la mort, et la trouvent incompatible avec rinfliction de la peine de mort : tôt ou tard, et, pour une part» en raison de cette incompatibilité, il faudra que Ton y renonce (a).

A défaut de la peine de mort, conservera-t-on

ce que le droit anglais appelle les peines secondaires ? la prison ? la déportation ? La prison crée le récidiviste, le criminel professionnel, et le droit pénal moderne n a pas encore découvert les procédés qui débarrasseront la société du criminel professionnel. C'est d'ailleurs une loi, en économie politique, qu'en subvenant à Tentretien d'une certaine classe d'hommes, on assure la reproduction constante, i'oilï*e régulière de la classe d'hommes en question. Tout l'argent que

(i) 29 janvier i853, pp. Ii4-ii5.

(a) 18 août 1849, pp. 909-910; cf. 2G janvier i856, p. 84.

OBAPITBK T&OlSlàlfB

coûtent il 1 Etat la déportation et les prisons constitue une demande perpétuelle de criminels : d*o(i une ofAre correspondante. La prison est « ce qui nourrit le crime (i) ».

Mais la philanthropie moderne a imaginé, pour lutter contre la criminalité, des remèdes purement préventifs, des établissements pour la « réforme » des jeunes détenus, un système général d éducation du pt'uple par TEtat. Malheureusement, les reformatories n*atteignent pas leur but. On veut mettre les enfants en état de gagner, plus tard, honnêtement leur yie ; et on leur impose, en attendant, une existence d*esclaves, radicalement différente de leur existence future d'hommes libres (a). S'il s'agit d'élever paternellement les enfants, mieux valait s'adresser aux parents.

— Mais ces pai^ents élevaient mal leurs enfants.

— C'est trop souvent parce qn*ils étaient misérables : voici qu'on les appauvrit encore, en demandant à la nation de subvenir, par 1 impôt, à Tentretien des reformatories (3). Quant à Fenseignement du peuple par TËtat, on sait déjà que Hodgskin s*est déclaré hostile à ce procédé gouvernemental de moralisation des masses, coûteux

(I) 10^ mai x856 : pp. 5o3-5c4; cf. 90 avril 1866, aS sept. i856, p. 1178.

(a) 99 déc. i865, pp. i4a7-i49B.

(3) 6 sept. 18S6, pp. 981-a.

THOMAS HOOGaKUf

et nuisible comme les autres. Si les statistiques prouvent, dans une certaine mesui^e, qu'il existe un rapport inverse entre le nombre des criminels et le développement de Téducation, c'est qu'il s'agit de Téducation privée. Mais le progrès de l'éducation privée, le fait que, spontanément, les parents sont disposés à donner plus d argent pour réducation de leurs enfants, implique un accrois* sèment général de la richesse et de la prévoyance populaires : et voilà la véritable cause de la diminution du nombre des crimes (i).

Ni) as observons, depuis les origines de l'iiisloire, un progrès graduel du savoir, qui, se développant naturel iement et nécessairement à mesure que la population augmente, amène avec soi la civilisation. Nous espérons, certainement, qu'à la fin, et à une date peu éloignée, ce progrès enseignera aux hommes à se passer de policiers, de soldats et de geôliers. Ce genre de progrès, nous le voyons partout, et peul-èlre toujours. L'éducation, qui enrégimente consciencieusement les hommes dans la stricte adhésion aux connaissances antérieurement acquises, qui les dresse à accepter les vues et servir les fins des éducateurs, nous en avons le spectacle au Paraguay. L'éducation, alors, est tout entière ténèbres et destruction; — le progrès du savoir est tout entier lumière et vie. Mais ces deux chose&r dilTérentes et opposées, lorsqu'elles se rapprochent Tune de l'autre et que l'éducation est employée à répandre tfne petite

(i) 12 avril j856, pp. 3t)3-3y4*

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