ETAT DES ESPRITS
d’être conquis sur la France par les efforts combinés des colonies et de la métropole. Le repos et la prospérité des provinces anglaises de l’Amérique du Nord, longtemps troublés par les entreprises de leurs braves et aventureux voisins, semblaient définitivement assurés. Mais en dépit de tels motifs de satisfaction, les esprits étaient mécontents et inquiets, surtout dans la Nouvelle-Angleterre. Des bruits alarmants circulaient à Boston : les chartes étaient menacées, la Grande-Bretagne allait profiter du prestige que lui donnaient ses succès et delà présence de ses troupes en Amérique pour opérer de vastes réformes, remanier les constitutions des provinces, ctendre les pouvoirs royaux, frapper de mort l’esprit de liberté. «Ces Anglais vont nous jouer des tours du diable, » disait à John Adams un jeune avocat nommé Sewall, qui fut plus tard proscrit par ses concitoyens en qualité de loyaliste : « Ils vont tout mettre sens dessus dessous. 11 faut leur résister, et par la force. Vous devriez bien écrire dans les journaux et appeler l’attention sur la milice, les exercices et Indiscipline; car il faudra résister les armes à la main. — Tout ceci n’est que trop vrai, répondait John Adams, mais que n’écrivez- vous vous-même 1 1 » Ils hésitaient tous deux; John Adams se défiait de son talent; Sewall craignait de se compromettre. On était arrivé à cette période qui précède les révolutions où les esprits, commençant à fermenter, attendent encore en suspens, agités et perplexes, qu’une forte secousse extérieure vienne les lancer dans leur voie, les classer et les diviser.
1 Life and Works of John Adams , t. II, p. 78, t. IV, p. G.