‹ Thomas JeffersonChapitre 100 sur 212 · NAISSANCE · texte numérisé non relu

NAISSANCE

fort obérés. Pendant la domination anglaise, ils avaient contracté à Londres des dettes écrasantes, et pendant la période révolutionnaire ils avaient pris l’babitude de ne les pas payer. Elles n’en subsistaient pas moins, grossies d’un énorme arriéré. Arracher l’Amérique au désordre, c’était les menacer de ruine. De là leur humeur contre les principes fédéralistes, humeur que de récents débats sur la question de l’esclavage et sur celle des tarifs de douaue avaient encore accrue, en mettant en lumière lu diversité de mœurs et d’intérêts économiques qui les séparait de ces États du Nord avec lesquels on prétendait les unir. Le but auquel tendait llumilton leur était odieux ; les moyens par lesquels il se proposait de l'atteindre leur semblaient profondément iniques. Ils étaient agriculteurs, riches en terres, mais pauvres en capitaux. Toujours pressés d’argent, ils avaient été contraints de se défaire à vil prix de leurs titres contre le trésor C’étaient les porteurs de ces titres, des spéculateurs sans moralité, qui allaient s’enrichir de tout ce que les créanciers primitifs avaient perdu, et ces spéculateurs appartenaient presque tous aux États commerçants du Nordl Ce serait donc au profit du Nord que s’opérerait la consolidation de la dette fédérale ; ce serait également à son profit que s’établirait l’union financière entre les divers États, car c’était le Nord qui avait le pins souffert de la guerre, c’était le Nord qui avait le plus de dettes à mettre à la charge du trésor commun. Le Sud avait assez des siennes ! — Tels étaient les sentiments des populations méridionales. Madison chercha vainement à les atténuer en s’en faisant lecho. Toute la courtoisie de son langage ne put dissimuler ce qu’il y avait d’ai-

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greur dans son argumentation. Les représentants de la Nouvelle-Angleterre s’irritèrent et firent entendre des menaces Si l’on voulait la banqueroute, plutôt que de s’associer à un tel déshonneur, ils se retireraient du congrès; si l’on repoussait l’union financière, ils briseraient l’union politique ! — On put croire, et Jefferson crut un instant, qu’il n’y avait dans leurs paroles aucune exagération oratoire. A la prière de Hamillon, il consentit à intervenir .entre les combattants. Leurs chefs étaient au fond assez inquiets des extrémités auxquelles ils en étaient venus. Tout en se gardant profondément rancune, ils sentaient la nécessité de recourir à l’une de ces transactions auxquelles aboutissent presque toujours les querelles politiques dans ce pays, où, depuis qu’il existe, on se menace de les vider l’épée à la main. Par une singulière bonne fortune, le bill financier n’était pas le seul qui divisât le congrès en sections géographiques. Deux points étaient à la fois en litige entre le Nord et le Sud, ce qui devait rendre plus facile un échange de concessions et de compensations. La résidence du gouvernement des États-Unis était à choisir. Placerait-on la cité fédérale sur les bords de l’IIudson, sur ceux de la Delaware ou sur ceux du Potomac, au sein des États libres et commerçants, ou au sein des États agricoles et à esclaves? Depuis près d’un an que le sujet était à l’ordre du jour, les députés du New-York, de la Pensylvanie et de la Virginie faisaient valoir avec véhémence les prétentions opposées de leurs États respectifs sans pouvoir se vaincre. Promettre gain de cause à la Virginie sur la question de la résidence, si elle promettait de céder sur la question financière, telle fut la

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