VUES POLITIQUES ET FINANCIÈRES
née en lui de l’impatience de vaincre. En voyant les opérations militaires sans cesse entravées par les conflits d’autorité et les désordres administratifs inhérents au régime fédéral, il avait souvent porté un regard d’envie sur la forte unité et la belle ordonnance des monarchies européennes, et il s’était d’autant moins défendu contre ce sentiment qu’il savait que les libertés locales étaient impérissables en Amérique. Il n’y avait pas à craindre pour elles que la cohésion des provinces pût jamais devenir trop forte. En poussant le pays dans la voie de l’unité nationale, on pouvait aller jusqu’au bout de ce qui était possible sans tomber dans l’excès. Les penchants naturels du peuple ne suffisaient que trop à le mettre en garde contre les dangers de la centralisation. Hamilton en était convaincu, et il s’était voué sans scrupule à la cause du pouvoir central: « Il faut bien, » écrivait-il au milieu des loisirs forcés de la campagne de 1780, « il faut bien se garder de confondre notre situation avec celle d’un empire gouverné |>ar une hiérarchie de fonctionnaires se bornant à exécuter les décrets du souverain commun. Dans des États aussi simplement constitués, on peut craindre que le pouvoir ne soit trop énergique, cl que les parties ne soient opprimées par le tout; mais c’est contre la tendance opposée que nous avons à lutter. Le danger pour nous, c’est que le souverain commun n’ait pas les pouvoirs nécessaires pour lier entre eux les divers membres et en diriger les forces dans l’intérêt général1. » Et il ébauchait dès lors le plan
* Hamilton àJamesDuane; Liberty Pôle, 3 septembre 1780. —Works of Hamilton , t. I, p. 152.
DE H AM tl.TON.
de la réforme constitutionnelle et du système financier qui ont fondé et consolidé l’Union.
Le grand mérite de Hamilton comme secrétaire du trésor, c’est d’avoir fait servir ses combinaisons financières à la grande pensée qui avait inspiré la constitution. En proposant au congrès de mettre à la charge de l’Union et d’acquitter intégralement toutes les dettes contractées pour la cause commune, celles des États particuliers comme celles de la confédération, il ne voulait pas seulement sauvegarder l'honneur national, relever le crédit américain, et donner au pays une leçon de probité par ce grand exemple de respect pour les engagements publics; il prétendait encore créer des lions entre les provinces en les unissant financièrement, fortifier le gouvernement central en ralliant autour de lui les capitalistes, introduire un nouvel élément de durée dans les institutions en intéressant à leur maintien tous les créanciers des États.
C’est ce caractère politique du projet qui aurait dû lui assurer l’appui de Madison. Personne n’avait plus activement concouru que Madison à battre en brèche l’ancien régime fédéral et à établir le nouveau. Personne n’avait autant mérité la haine des antifédéralistes et la confiance de Washington, il avait refusé d’entrer dans le cabinet, mais on pouvait croire que c’était pour prendre le rôle de leader dans la chambre des représentants, dont l’entrée était interdite aux ministres. 11 préféra se faire l’avocat des passions de ses électeurs virginiens et rétablir ainsi sa popularité, qui avait été compromise par son dévouement à la bonne politique. Les planteurs virginiens étaient en général
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