‹ Thomas JeffersonChapitre 110 sur 212 · DU 22 AVRIL · texte numérisé non relu

DU 22 AVRIL

le gouvernement français eût manifesté l’intention de s’en prévaloir, c’était d’ailleurs se jeter comme à plaisir au-devant d’une difficulté qui, sans cet empressement à la résoudre, pouvait tarder indéfiniment à naître. Jefferson le prouva sans peine; le président se rangea à son avis en recommandant le secret sur la question qui avait été agitée dans le conseil'. M. Genet fut reçu sans autre déclaration préalable que la proclamation du 22 avril, par laquelle la neutralité des États-Unis était confirmée.

Dans l’état de l’opinion, c’était déjà beaucoup entreprendre que de vouloir maintenir une stricte neutralité; c’était déjà mettre le courage politique des amis du gouvernement à une rude épreuve. Bien ne semblait pouvoir arrêter l’élan des esprits en faveur de la France: « Les journaux monocrates eux-mêmes sont obligés de publier les plus furieuses pbilippiques contre la Grande-Bretagne, » écrivait Jefferson au colonel Monroe ; « l’autre jour, une frégate française s’empara d’un navire anglais à la hauteur des caps de la Delaware, et envoya ici sa prise. Dès qu’elle fut en vue, les quais se couvrirent de milliers et de milliers d’hommes appartenant au corps des yeomen de la cité. Jamais foule semblable ne s’était entassée dans les rues de Philadelphie, et quand on vit les couleurs anglaises renversées et le pavillon français tlottaut par-dessus, l’air fut ébranlé par de longs cris de triomphe et d'allégresse. Dieu veuille que nous puissions contenir le sentiment populaire dans les limites d’une juste neutralité*! »

i 18 avril 1793, An a* — Works of Jefferson, t. IX, p. 143.

3 5 mai 1793 . — W orks of Jefferson, t. III, p. 548.

f,E CITOYEN'

M. Genel n’avait assurément pas pour mission de faciliter cetto tâche*. Il croyait pouvoir entraîner l’Amérique dans la guerre au secours de sa patrie, et en débarquant à Charleslown *, il s’était mis aussitôt en devoir de distribuer à grand bruit des lettres de marque, d’armer des corsaires, d’ordonner des recrutements, de condamner des prises, de préparer des conquêtes ; il avait excité les habitants de l’Ouest à se jeter sur la Louisiane et le peuple de Charlestown à expulser de la ville les ennemis de la révolution ; il s’était fait tribun et proconsul. Puis, au lieu de se rendre directement au siège du pouvoir central, il s’était lentement promené à travers les États du Sud, s'arrêtant à chaque pas pour accepter ou pour provoquer des ovations populaires.

1 AI. Genet était formellement chargé par ses instructions d’cntrainer l'Amérique dans la guerro que la France soutenait alors contre l'Europe. Séduire le gouvernement des Etats-Unis par la perspective d'enlever à l'Espagne l'embouchure du M ia— sissipi, d’ouvrir aux habitant» de l'Ouest la navigation de ce fleuve et « de réunir à la constellation américaine la belle étoile du Canada, » tel était l’un des principaux objets de «a mission. En attendant que le gouvernement américain se fût décidé à faire cause eolninune avec la France, M. Genet devait soulever l’opinion contre l’Angleterre par la voie de la presse, exciter secrètement les habitants de l’Ouest h descendre le Alississipi et à chusser les Espagnols de la Louisiane, répandre l’esprit de révolte dans le Canada, délivrer des lettres de marques aux armateurs américains et français, et distribuer des brevets d’ofliciers aux chefs indiens pour les déterminer à prendre les armes contre les ennemis de la république. — Voyez le Mémoire pour servir d'instruction au citoyen Gei\et, la délibération du conseil exécutif du 17 janvier 1793, et les deux dépêches du ministre des affaires étrangères au citoyen Genet, en date du 24 février et du 10 mars 1793. — Documents historiques, n° VII.

* 8 avril 1793.

OENET.

Nom voyait; fui unu succession de fêtes civiques et de repas fraternels , entremêlés de harangues jacobines. Son entrée à Philadelphie devint le signal d'une manifestation organisée contre la politique du gouvernement américain. Six mille citoyens vinrent le féliciter à son arrivée et l’assurer qu’ils regardaient la cause de la France comme la leur. Il se vanta de cet accueil comme d’un triomphe remporté sur le président.

Cependant, averti sans doute par quelque secret •ami que l’impertinente turbulence de sa conduite n’était pas de nature à réussir auprès de Washington, il lui adressa, en remettant ses lettres de créance, un discours plein de caresses pour sa personne, de déférence pour sa politique et de vœux pour que les États Unis pussent longtemps jouir des bienfaits de la paix 1 : — La France n’avait aucun dessein de les entraîner dans la guerre; elle faisait abnégation de tout intérêt propre; elle engageait ses alliés américains à ne consulter que leur propre bien, à ne songer qu’à eux-mêmes; elle ne leur demandait que d’être heureux, prospères et libres. — Ces maladroites exagérations laissèrent le présideiiLfroidetsoupconneux’, mais elles

1 18 mai 1793.

3 c Mon audience a été froide. L’ami, le conseiller de La Fayette n’a répondu à mes ouvertures franches et loyales que par un langage diplomatique dont il n’est rien résulté qui m’ait paru digne de vous être transmis. Il ne m’a parlé que du désir que les Etats- Unis avaient selon lui de vivre en paix et en bonne harmonie avec toutes les puissances et particuliérement avec la France, et il a évité de toucher cc qui pouvait avoir rapport, soit à notre révolution, soit à la guerre que nous Soutenons seuls contre les ennemis do la liberté et des peuples. » — Le citoyen Genet au ministre des affaires étrangères. New- York, le 7 octobre 1793. N° 13 A. — Document* hwtortt jum, n* VIL*

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